Bulletin n°39 : Pékin resserre les rangs, élargit son jeu
Loi sur la mobilisation de défense : la préparation en temps de paix monte d’un cran, Doctrine énergétique chinoise, Concurrence et conformité des constructeurs automobiles chinois à l'étranger, Sommet de l’OCS à Bichkek, Minth et la robotique chinoise en Europe, Argentine et Huawei
📋 Structure de ce Bulletin
- 1. [Loi sur la mobilisation de défense : la préparation en temps de paix monte d’un cran]
- 2. [Doctrine énergétique chinoise à l’aune de la nouvelle donne internationale]
- 3. [Concurrence et conformité des constructeurs automobiles chinois à l'étranger ]
- 4. [Sommet de l’OCS à Bichkek : consolider l’Eurasie, peser sur l’ordre mondial]
- 5. [Réactions chinoises au « D-Day économique » de l’administration Trump]
- 6. [A Asheville (G20) : Washington veut faire des déséquilibres chinois l’affaire de tous]
- 7. [Minth, intégrateur de filière pour la robotique chinoise en Europe]
- 8. [Argentine-Huawei : les fournisseurs de confiance dans la rivalité sino-américaine]
- 9. [Nouvelle affaire d’espionnage : le chemin de moindre résistance]
- 10. [Voyage organisé dans l’opinion mondiale]
Edito
Nous avons pris l’habitude de considérer la relation transatlantique comme l’axe le plus structurant de notre géopolitique. Mais, tandis que nous regardons vers l’ouest, ne voyons-nous pas se consolider à l’est une relation transcontinentale, portée par un espace eurasiatique qui s’organise selon ses propres priorités ?
Réunis à Bichkek pour le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), ses membres développent un agenda et une ambition distincts de ceux des puissances occidentales. Avec le format OCS+, Pékin entend donner à cette coopération une portée globale.
Malgré ses fractures internes — l’Inde ne se rallie toujours pas aux routes de la soie chinoises, les États d’Asie centrale jouent leurs propres cartes —, cette construction que nous sommes tentés, parfois, de qualifier de "baroque", nous fait la leçon : la solidarité géoéconomique peut progresser sans attendre une unité politique et stratégique totale.
Empêcher qu’une puissance rivale domine l’Eurasie constituait une préoccupation majeure de la pensée stratégique américaine moderne, notamment chez Zbigniew Brzezinski. Le risque, aujourd’hui, pourrait prendre une autre forme : des États suffisamment autonomes pour ne pas constituer un bloc, mais suffisamment interdépendants pour restreindre ensemble les moyens de pression occidentaux.
L’Iran met cette solidarité à l’épreuve. Le 24 août, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, lançait l’opération Economic Outcast, présentée comme un « D-Day » économique destiné à couper les soutiens extérieurs du régime iranien. Des équipes américaines ont contacté des gouvernements étrangers, leur transmettent des demandes précises, sous peine de mesures unilatérales. À Asheville, lors de la réunion des ministres des Finances du G20, le secrétaire au Trésor a réaffirmé cette volonté d’asphyxie économique de Téhéran.
Au même moment, l’OCS réaffirme son soutien à l'Iran et appelle à accélérer l’admission, dans son Consortium interbancaire, de la banque désignée par Téhéran pour l’y représenter. Un seuil décisif serait franchi si la Chine mobilisait ses banques et son soutien politique, avec ou sans l’OCS, pour maintenir des financements malgré les avertissements américains. Pékin devrait alors décider jusqu’où soutenir ses partenaires ; Washington, jusqu’où pousser la confrontation financière avec la Chine.
Quelle que soit l’issue de cette épreuve, les décisions intérieures chinoises montrent que Pékin se prépare à des perturbations durables, au-delà de la seule crise iranienne.
Aboutissement d’une réforme engagée plusieurs années auparavant, la révision de la loi sur la mobilisation de défense, adoptée le 28 août, renforce sous l’autorité du Parti la préparation des administrations, des entreprises et des ressources civiles à une transition rapide du temps de paix au temps de guerre.
Les nouveaux plans énergétiques associent la diversification des approvisionnements et une intégration plus fiable des renouvelables pour rendre l’économie moins vulnérable aux ruptures extérieures.
Mais la confrontation sino-américaine se joue déjà bien au-delà du Heartland : en Argentine, les pressions américaines visent déjà à interrompre une coopération avec Huawei autour d’infrastructures numériques proches du bassin énergétique de Vaca Muerta. Cette affaire réactive le « corollaire Trump » à la doctrine Monroe inscrit dans la stratégie de sécurité nationale américaine (NSS) de novembre dernier, qui entend empêcher les puissances extérieures de contrôler des actifs stratégiques dans l’hémisphère occidental. De l’Eurasie aux Amériques, le choix d’une banque, d’un réseau ou d’un fournisseur devient une question d’alignement, une question à laquelle l’Europe n’échappera pas.
▶ Politique intérieure
1. Loi sur la mobilisation de défense : la préparation en temps de paix monte d’un cran
Le 28 août 2026, le Comité permanent de l’Assemblée nationale populaire a adopté la révision de la loi sur la mobilisation de défense, dont la première version datait de 2010. Le texte, qui entrera en vigueur le 1er octobre 2026, précise l’organisation de la mobilisation, les responsabilités des autorités civiles et militaires ainsi que les obligations des entreprises et des citoyens. Il actualise notamment les dispositions relatives aux personnels de renfort, aux stocks stratégiques et aux capacités industrielles et technologiques susceptibles de soutenir l’effort de défense. (5 106 signes : Mots-clés : APL ; CMC)
Contexte
Le Comité central a décidé en 2019 d’approfondir la réforme du système de mobilisation. Le 23 octobre 2021, le Comité permanent de l’ANP a ensuite autorisé l’adaptation temporaire de certaines dispositions de quatre lois de :
- mobilisation de défense,
- défense antiaérienne civile,
- transports de défense et
- éducation à la défense nationale.
La révision de 2026 met donc la loi en accord avec une organisation de la mobilisation déjà modifiée dans les faits. Le texte tient aussi compte des changements intervenus depuis dans les forces armées, l’économie et les technologies. Il précise les responsabilités des différents acteurs et les moyens à préparer pour répondre aux besoins actuels de la défense.
Je note trois évolutions structurantes par rapport à 2010
1.Le changement principal concerne la capacité du Parti à faire travailler ensemble les administrations civiles, les acteurs économiques et les organismes militaires.
- Le pilotage direct du PCC, déjà effectif, reçoit une traduction plus explicite dans l’organisation légale de la mobilisation. Alors que la loi de 2010 mettait au premier plan la direction conjointe du Conseil des affaires d’État (CEA) et de la Commission militaire centrale (CMC), l’article 17 place la Commission nationale de mobilisation de défense sous la direction du Comité central du Parti et les commissions territoriales sous celle du comité du Parti de même échelon.
- L’ensemble vise à rendre les instructions effectivement exécutables dans des domaines où l’armée dépend de personnels, d’infrastructures et de capacités de production qu’elle ne possède pas directement.
- La participation de la Commission nationale du développement et de la réforme (NDRC) à la rédaction du projet illustre cette dimension économique et interministérielle. Selon l’exposé des motifs, elle a élaboré le projet initial avec le Département de mobilisation de défense de la CMC, avant sa révision concertée avec le ministère de la Justice et les instances juridiques militaires. Elle dispose d’ailleurs d’une direction du développement coordonné de l’économie et de la défense (经济与国防协调发展司), chargée des stratégies et plans correspondants ainsi que de la coordination de la mobilisation économique nationale.
Concrètement, les besoins militaires doivent se traduire dans des décisions civiles : quels investissements préparer, quelles capacités entretenir, quels stocks constituer et comment coordonner plusieurs secteurs ou provinces. Selon l’article 28, la NDRC élabore, avec notamment les organes concernés de la CMC, le catalogue des projets de construction et des biens industriels qui doivent répondre à des exigences particulières de défense.
2. Préparer une transition rapide et soutenir l’effort dans la durée
La nouvelle définition de la mobilisation, à l’article 2, associe explicitement la rapidité de transition à la conversion des ressources nationales en capacités de défense :
« Assurer une transition rapide entre le temps de paix et le temps de guerre, et transformer la puissance économique et sociale en puissance de défense. » (保障平战快速转换,将经济和社会实力转化为国防实力)
Le texte cherche à améliorer la possibilité de soutenir les forces après le début d’une crise ou d’un conflit. La disponibilité initiale des moyens et leur renouvellement dans la durée deviennent deux dimensions complémentaires de la préparation.
3. Préserver un vivier de renfort plus large que la réserve statutaire
Pour préserver l’étendue du recrutement possible en cas de mobilisation, la nouvelle loi emploie donc le terme "后备兵员", que l’on peut traduire par « vivier de personnels de renfort ». Il comprend les réservistes statutaires, les miliciens et d’autres citoyens recensés à des fins militaires. Ce changement évite que le resserrement juridique du statut de réserviste - la loi sur les réservistes, entrée en vigueur le 1er mars 2023 - ne réduise le champ des personnes susceptibles d’être appelées.
Analyse
Sur le plan politique, la loi renforce la capacité du Parti-État à organiser la disponibilité des ressources nationales en situation de confrontation ou de conflit. Engagée en 2019, la réforme est antérieure à l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, en février 2022. L’évolution des besoins militaires et du contexte stratégique a toutefois pu influencer le contenu de la loi et le calendrier de son adoption.
L’ajout des « intérêts de développement » (发展利益) aux intérêts protégés par la loi élargit par ailleurs le champ des motifs de mobilisation. Cette notion apparaît notamment aux articles 1, 2, 13 et 14 du texte révisé. Elle prolonge une évolution déjà inscrite dans la loi sur la défense révisée en 2020, dont l’article 47 mentionnait les menaces contre ces « intérêts » parmi les situations pouvant justifier une mobilisation. Elle donne ainsi une assise plus explicite à la prise en compte des intérêts économiques et technologiques dans l’appréciation des besoins de défense, tout en laissant une marge importante à l’interprétation. La portée de la référence aux intérêts de développement dépendra donc de la qualification de la menace par l’exécutif.
Sur le plan stratégique, les dispositions relatives aux approvisionnements, à la maintenance, aux capacités de production et à la protection des infrastructures sont cohérentes avec les enseignements généraux des conflits récents : consommation élevée de matériels, vulnérabilité des réseaux, nécessité de réparer rapidement et difficulté à soutenir un effort prolongé. Les documents consultés ne permettent toutefois pas d’attribuer un article particulier à une leçon précise tirée d’Ukraine ou du conflit au Moyen-Orient. Ils ne désignent pas davantage un scénario taïwanais.
2. Doctrine énergétique chinoise à l’aune de la nouvelle donne internationale
Le Plan de développement des énergies renouvelables pour le XVe plan quinquennal, daté du 6 juillet et publié le 23 par la Commission nationale du développement et de la réforme (NDRC) et l’Administration nationale de l’énergie (NEA), fixe la trajectoire du secteur jusqu’en 2030. Rendu public le 29 juillet, le Plan national de réponse au changement climatique a été élaboré par le ministère de l’Écologie et de l’Environnement (MEE) avec dix-huit autres administrations. Enfin, le Plan de développement du pétrole et du gaz naturel, publié le 17 août par la NDRC et la NEA, avait été arrêté dès le 3 juillet. Mis en regard, les trois documents précisent le rôle assigné à chaque composante du système énergétique chinois à l’horizon 2030. ( 6820 signes. Mots-clés : énergies ; NEA ; NDRC ; MEE ; )
Les trois documents déclinent le plan quinquennal général et les plans-cadre correspondant à leur champ. Ils précisent ainsi la répartition des fonctions au sein du futur système énergétique :
Ils se présentent comme des plans de mobilisation intérieure avant d’être des offres d’attractivité internationale. Les destinataires immédiats restent les administrations territoriales, les entreprises publiques centrales, les opérateurs de réseaux, les producteurs d’énergie et les grands groupes industriels chinois. Leur publication constitue cependant aussi un signal de marché.
Renouvelables : de la capacité installée à la puissance utile
- Le changement qualitatif central tient à la fonction désormais assignée aux renouvelables. Après une phase dominée par l’installation de capacités, la filière doit assurer une « substitution fiable » et devenir une composante opérable du système électrique.
- Le plan-cadre de référence, le « nouveau système énergétique » (新能源体系) est ainsi décliné autour d’un objectif central, celui de rendre l’éolien et le solaire prévisibles, pilotables et compatibles avec les besoins de stabilité du réseau. Les producteurs devront supporter une part des coûts induits par l’équilibrage du système. Les investissements étrangers dans la fabrication standardisée de panneaux, de turbines ou d’électrolyseurs évolueront dans un environnement marqué par la puissance des acteurs locaux, les surcapacités et une forte pression sur les prix.
Climat : la mesure du carbone devient un instrument de pilotage économique
- Le XVe plan inaugure un format absent du XIVe plan quinquennal (2021-2025) : un document public unique réunissant les différents volets de la politique climatique (atténuation, adaptation, autres gaz à effet de serre, marché carbone, empreinte des produits, financement et action internationale). Le texte de 2026 donne ainsi aux dix-neuf administrations concernées un cadre commun pour relier les objectifs d’émissions aux politiques industrielles, commerciales, financières et territoriales.
- L’objectif de baisse de l’intensité carbone passe de 18 % pendant le XIVe plan à 17 % entre 2025 et 2030. Ce recul facial accompagne un changement plus profond des instruments de pilotage : le contrôle de l’intensité doit progressivement être complété par celui du volume total des émissions. La trajectoire vers le pic carbone conserve ainsi jusqu’en 2030 une marge d’arbitrage entre croissance, sécurité énergétique et réduction des émissions.
- Le plan recherche une compatibilité internationale tout en construisant une infrastructure chinoise de données, de méthodes et de certification. L’expression « promouvoir la localisation des normes internationales » est révélatrice : Pékin entend absorber les règles existantes, les adapter aux conditions nationales, puis obtenir la reconnaissance internationale de ses propres facteurs d’émission, labels, certificats et organismes de vérification.
Pétrole et gaz : réduire l’exposition chinoise aux chocs extérieurs
- Dans un environnement international marqué par la fragilité des routes d’approvisionnement, la volatilité des marchés et les rivalités technologiques, le plan traite le pétrole et le gaz comme un même système de sécurité. Production intérieure, réserves, capacités de raffinage, corridors d’importation et réseau national doivent permettre à Pékin d’absorber une interruption sur l’un de ses axes terrestres ou maritimes et d’arbitrer plus rapidement entre les différentes sources.
- La planification identifie désormais les infrastructures qui commandent cette résilience : bassins de production terrestres et maritimes — notamment Tarim, Ordos, Sichuan et Bohai —, réserves pétrolières de l’État et des entreprises, stockages souterrains de gaz, terminaux de réception du GNL, oléoducs de brut et de produits raffinés, et gazoducs interprovinciaux. Cette précision géographique désigne les nœuds critiques du système et organise leur redondance.
- Les champs matures doivent parallèlement devenir des plateformes multi-énergies. Leurs emprises pourront accueillir des capacités solaires, éoliennes ou géothermiques ; les gisements épuisés servir au stockage du gaz, de l’hydrogène, du CO₂ ou de l’air comprimé. Les groupes pétroliers conserveraient ainsi la maîtrise d’une partie des infrastructures de flexibilité et de décarbonation appelées à succéder aux usages fossiles.
- Une capacité de raffinage et de pétrochimie modérément excédentaire constituera une réserve industrielle mobilisable en cas de perturbation. Pour le GNL, l’extension des terminaux existants est privilégiée afin d’accroître les marges d’importation sans disperser les investissements dans de nouveaux sites.
La transformation de ces actifs conduit directement à la question des normes
Les normes comme accélérateur et ballast industriel
- L’objectif central qui travers les 3 plans est celui d’un continuum entre l’échelle industrielle (scale up) et le pouvoir normatif. Le marché chinois doit servir de terrain d’essai et de validation aux solutions appelées à devenir des références techniques. La maîtrise des méthodes de mesure et de certification permet ensuite d’influer sur les conditions d’accès aux marchés internationaux.
- Les trois textes prennent acte d’un environnement international plus fragmenté : Chacun traduit le risque géopolitique (sur les approvisionnements, restrictions technologiques, multiplication des instruments carbone aux frontières et durcissement de la concurrence autour des standards) dans son propre registre.
- Le plan pétrole-gaz renforce la production intérieure et les réserves stratégiques, consolide les corridors terrestres du Nord-Est, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ainsi que les capacités maritimes d’importation, et demande aux groupes chinois de diversifier leurs fournisseurs, leurs actifs extérieurs et leurs modalités d’achat. Le réseau national et les capacités de stockage doivent permettre d’arbitrer plus rapidement entre ces différentes sources.
- Le plan sur les renouvelables cherche à transformer l’avance manufacturière en capacité d’intégration et d’exportation.
- Le plan climatique construit les outils permettant de répondre aux mécanismes carbone étrangers, de protéger l’accès des produits chinois aux marchés internationaux et d’accroître l’influence de Pékin sur les règles mondiales.
Une doctrine d’« interopérabilité souveraine » se dessine. Elle est encapsulée, en Chine, dans la formule consistant à « tenir fermement le bol de l’énergie entre ses propres mains » (能源的饭碗必须端在自己手里).
La politique climatique devient aussi un instrument de compétitivité extérieure.
Pour une entreprise européenne souhaitant s’insérer dans les écosystèmes chinois, les opportunités se situeront aux interfaces où une technologie apporte un gain immédiat. (intégration au réseau, stockage, réduction du méthane, CCUS, efficacité des opérations, traçabilité carbone, logiciels industriels ou certification, ingénierie de projets).
Une entreprise raisonnant à l’échelle mondiale devra déployer une stratégie de même amplitude que ses concurrentes chinoises, malgré des moyens souvent plus dispersés. Elle devra utiliser le marché européen et les projets réalisés dans les pays tiers comme terrains de démonstration et intervenir en amont dans les organismes de normalisation. Tout en maîtrisant les données et les systèmes de certification associés à ses produits, et constituer des coalitions industrielles et financières capables de proposer des solutions complètes. Y aller seule face aux écosystèmes chinois en place serait hasardeux.
La Chine doit alors être envisagée comme un marché et un écosystème parmi d’autres, et non comme le cadre de référence autour duquel organiser l’ensemble de la stratégie. Pour les groupes européens, l’enjeu consiste à construire leur propre continuum entre démonstration industrielle, normalisation et certification, financement et déploiement international.
3. Concurrence et conformité des constructeurs automobiles chinois à l'étranger
Le ministère du Commerce (MOFCOM), le ministère de l'Industrie et des Technologies de l'information (MIIT) et l'Administration d'État pour la régulation du marché (SAMR) ont signé le 24 août, puis largement diffusé dans la presse le 1er septembre, un texte de vingt articles prescrivant aux constructeurs et équipementiers chinois la façon de fixer leurs prix, d'animer leurs réseaux de distribution et de conduire leur communication commerciale sur les marchés étrangers. (2 716 signes. Mots-clés : MOFCOM ; MIIT ; automobile )
La question tarifaire occupe l'essentiel du texte :
- fixer les tarifs à partir des coûts,
- établir des paliers clairs entre les versions d'un même modèle,
- éviter les baisses fréquentes et brutales,
- justifier les écarts d'un pays à l'autre par la fiscalité et la logistique,
- respecter la liberté tarifaire des concessionnaires locaux tout en surveillant leur conformité,
- afficher des prix transparents sans frais ajoutés,
- encadrer promotions et offres de financement,
- proscrire la publicité mensongère...
Un second volet du texte énumère les obligations locales : sécurité, qualité et service après-vente, droit du travail, protection des données des véhicules connectés, propriété intellectuelle, droit de la concurrence, transition bas carbone. Le texte n'est assorti d'aucune sanction et se présente comme fourni « pour référence ».
Commentaire
La presse économique chinoise y a vu une opération de politique intérieure. Le Quotidien économique de Shanghai titre sur l'arrêt de la guerre des prix sur les marchés étrangers, et le Lianhe Zaobao retient qu’après s'être épuisés sur leur marché national, les constructeurs chinois auraient exporté leur guerre des prix avec leurs voitures. Mais le destinataire principal de ce texte, largement publicisé, se trouve à Bruxelles.
Depuis octobre 2024, l'Union européenne taxe les voitures électriques produites en Chine de droits compensateurs de 7,8 à 35,3 %. Le 12 janvier 2026, la Commission a publié le mode d'emploi d'un mécanisme de substitution à ces droits, l'engagement de prix : le constructeur en est exonéré s'il s'engage sur un prix plancher et sur des volumes plafonnés (ainsi que sur des canaux de vente identifiés, sur l'absence de compensations déguisées, le financement ou les primes aux distributeurs).
Le premier engagement (undertaking) a été accepté par la Commission le 10 février 2026, au bénéfice de Volkswagen (Anhui) pour le Cupra Tavascan. Les articles 4 à 9 du texte chinois du MOFCOM reprennent une à une ces exigences : Pékin fournit la garantie amont que les engagements de ses entreprises tiendront. Cette garantie s'appuie sur un dispositif contraignant déjà en vigueur depuis le 1er janvier 2026, en application d'une circulaire du 14 novembre 2025 et d'une annonce antérieure du MOFCOM, selon lesquelles l'exportation d'un véhicule électrique est subordonnée à une licence et à l'autorisation du constructeur. Le dispositif permet aux autorités de conditionner certaines exportations, notamment celles de véhicules récents présentés comme d’occasion, à une attestation du constructeur.
Analyse
En surface, la menace tarifaire européenne a produit un changement de comportement à Pékin. Mais Bruxelles a accepté un commerce administré, aux prix planchers et volumes plafonnés, c'est-à-dire une « cartellisation » de son propre marché. Le consommateur européen en paiera la facture, et les constructeurs européens ne sont protégés que du prix, non de l'écart de compétitivité qui le rend possible. Si l'on voulait être un brin ironique, on dirait que Pékin obtient de Bruxelles ce que ses propres administrations ne parvenaient pas à imposer, à savoir la fin de la guerre des prix et un marché où la marge est garantie.
▶ Politique extérieure
4. Sommet de l’OCS à Bichkek : consolider l’Eurasie, peser sur l’ordre mondial
Les 31 août et 1er septembre 2026, à Bichkek, Xi Jinping a combiné une visite d’État au Kirghizistan, plusieurs entretiens bilatéraux et sa participation au sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), puis à sa réunion élargie OCS+. Cette séquence articule la consolidation des relations de voisinage, l’organisation des coopérations eurasiatiques et l’affirmation d’une ambition mondiale. (7 426 signes. Mots-clés : OCS ; Kirghizistan ; Iran ; Russie)
Les bilatérales : un renforcement notable avec le Kirghisistan
L’entretien du 31 août avec Vladimir Poutine prolonge les orientations arrêtées lors de sa visite en Chine en mai. Au 2 septembre, aucune avancée bilatérale majeure nouvellement annoncée à Bichkek ne se dégage des informations publiques, notamment sur les conditions commerciales et financières du gazoduc Power of Siberia 2 (POS2). Interrogé expressément le 1er septembre, le ministère chinois des Affaires étrangères s’est borné à rappeler la coopération énergétique.
La proposition russe de pérenniser l’exemption de visas et l’annonce, le 2 septembre, du changement de nom de POS2 en « Force du Baïkal » ne permettent pas de conclure à un accord définitif sur le gazoduc.
Avec le Kirghizistan, la visite du n°1 chinois a produit un résultat plus concret avec la signature, le 31 août, d’un traité de bon voisinage, d’amitié et de coopération perpétuels, destiné à remplacer celui de 2002. Le nouveau texte prévoit notamment :
- Un soutien explicite aux positions concernant les « intérêts fondamentaux » des deux parties, ainsi qu’aux «modèles et stratégies de développement ».
- Un élargissement aux actions « inamicales » et aux activités portant atteinte aux intérêts du partenaire.
- Un article spécifique sur la défense, les échanges militaires et la formation.
- Le soutien à la Belt & Road (BRI), nouveaux secteurs de coopération, protection des projets et soutien au développement.
- Une inscription des quatre initiatives globales chinoises et du mécanisme Chine–Asie centrale*
*Note : les « quatre initiatives globales » (四大全球倡议) désignent l’Initiative pour le développement mondial (全球发展倡议, 2021), l’Initiative pour la sécurité mondiale (全球安全倡议, 2022), l’Initiative pour la civilisation mondiale (全球文明倡议, 2023) et l’Initiative pour la gouvernance mondiale (全球治理倡议, 2025), présentées par Pékin comme quatre volets complémentaires — développement, sécurité, civilisation et gouvernance — de sa conception de l’ordre international. Le mécanisme Chine–Asie centrale désigne le format institutionnalisé à partir du sommet de Xi’an de mai 2023, réunissant la Chine et les cinq États d’Asie centrale autour de sommets des chefs d’État et de mécanismes ministériels et sectoriels permanents.
Par ailleurs, le chemin de fer Chine–Kirghisistan–Ouzbékistan (CKU) donne à ce rapprochement sino-kirghize une dimension industrielle régionale. Il doit relier Kashgar, au Xinjiang, à Andijan, en Ouzbékistan, en passant par Torugart, Makmal et Jalal-Abad.
Pour Pékin, il ouvre une sortie ferroviaire supplémentaire vers l’ouest, diversifie les itinéraires empruntant le Kazakhstan et la Russie et facilite l’accès aux marchés centrasiatiques. Ses prolongements possibles vers la Caspienne, l’Iran et la Turquie en font un maillon de plusieurs liaisons eurasiatiques.
Bien que le CKU soit un projet ancien (2024), les perturbations maritimes, dont celles d’Ormuz, accroissent néanmoins la valeur stratégique des options terrestres. En mai 2026, le président ouzbek reliait déjà l’importance du projet aux difficultés de la logistique mondiale
Avec la Mongolie, l’appel de Xi jinping à protéger les droits et intérêts légitimes des entreprises chinoises prend un relief particulier après l’intrusion de manifestants, le 14 août, dans un camp d’exploration pétrolière de Mongolia Foison Energy. Le 18 août, l’ambassade chinoise à Oulan Baator avait demandé une protection effective de ses personnels. L’incident révèle une relation encore exposée à des tensions locales et souligne les limites de la maîtrise chinoise de son environnement économique en Mongolie, alors que Pékin institutionnalise davantage ses engagements avec les États d’Asie centrale.
L’OCS : coopération géoéconomique et visibilité accrue de la sécurité et de la défense
La Déclaration de Bichkek replace ces relations bilatérales dans un cadre eurasiatique. Elle réaffirme la mise en œuvre de la stratégie de développement économique à l’horizon 2030, la stabilité des chaînes industrielles et d’approvisionnement, ainsi que l’articulation des Routes de la soie avec l’Union économique eurasiatique..
La sécurité, déjà présente dans le discours de Tianjin en 2025, devient à Bichkek une priorité explicitement identifiée. Dans un de ses deux discours, Xi Jinping associe les menaces traditionnelles aux risques informationnels, biologiques et spatiaux, ainsi qu’aux ingérences extérieures portant atteinte à la sécurité politique.
Cette visibilité dans le champ sécuritaire s’accompagne d’une référence explicite à la mise en œuvre d’une feuille de route de coopération militaire entre ministères de la Défense. Les consultations sur les mesures de confiance militaires se poursuivent. Si ces textes viennent renforcer les cadres de coopération, ils ne permettent pas encore de mesurer une augmentation des capacités opérationnelles communes.
OCS+ : une plateforme d’influence mondiale appuyée sur un socle eurasiatique
L’objet politique du format élargi OCS+ devient (très) explicite : à Bichkek, les discussions portent sur le rôle des Nations unies et la construction d’un monde multipolaire. Xi Jinping attribue à l’OCS des fonctions concernant la « prospérité eurasiatique », le développement du Sud global et la réforme de la gouvernance mondiale, prolongeant ses propres déclarations d’intention lors du précédent sommet de l’OCS, en 2025, à Tianjin.
L’accord de libre-échange entre l’Union économique eurasiatique et l’Iran est entré en vigueur le 15 mai 2025. Il donne déjà une traduction commerciale concrète au rapprochement entre l’Iran, la Russie et les autres membres de l’UEE. La consolidation de ces échanges fournit une profondeur régionale à la résistance aux pressions économiques extérieures, même si les modalités de financement et le partage des risques restent inégalement acceptés.
L’organisation réaffirme simultanément que l’Asie centrale constitue le cœur de l’organisation élargie. Le sommet adopte cependant une décision relative à la signature d’un mémorandum avec la Commission de l’Union africaine, marquant une ouverture « intercontinentale ». Les autres textes construisent aussi une base de coopération susceptible de soutenir une influence normative plus large.
Dans le même temps, des désaccords subsistent. Le projet d’une Banque de développement reste soumis à des arbitrages sur le capital, les droits de vote, le siège et la représentation des petits États. Selon un échange d’experts organisé en juillet par le China Development Institute, la préférence chinoise pour une gouvernance pondérée par le capital rencontre les contre-propositions et demandes russe et indienne pour une répartition plus équilibrée. La réticence historique de Moscou à voir une nouvelle institution consacrer la prépondérance financière chinoise s’ajoute à la crainte d’attirer des sanctions sur la banque et ses partenaires.
L’Inde conserve, pour sa part, ses réserves envers les Routes de la soie : elle reste absente de la liste des États qui leur réaffirment leur soutien. Cette position tient notamment au passage du corridor Chine–Pakistan dans le Cachemire revendiqué par New Delhi. Dès 2023, lors de l’adoption de la stratégie économique de l’OCS à l’horizon 2030, l’Inde avait refusé d’y souscrire.
Analyse
Le renforcement des échanges, des approvisionnements et des circuits financiers de l’OCS dans l’espace « eurasiatique » contribue à réduire l’efficacité des politiques d’isolement économique, notamment contre la Russie et l’Iran. La formation lente mais continue d’une solidarité entre Etats membres de l’organisation se manifeste dans plusieurs engagements de 2026 figurant dans la déclaration de Bichkek:
- Une opposition aux mesures coercitives unilatérales que les membres jugent contraires à la Charte des Nations unies et aux règles internationales.
- Une préservation des chaînes industrielles, des approvisionnements et de la structure et volumes des échanges, qui touchent directement aux mécanismes par lesquels la pression économique produit ses effets.
- Le développement des règlements en monnaies nationales, pour les membres participant à ces travaux.
- L’appel à accélérer l’admission, au sein du Consortium interbancaire de l’OCS, de la banque désignée par l’Iran pour l’y représenter : cette intégration permettrait à Téhéran de participer au mécanisme chargé de coordonner le financement et les services bancaires des projets soutenus par les États membres*
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*Note: : créé le 26 octobre 2005, le Consortium interbancaire de l’OCS réunit les établissements désignés par les États membres afin de financer et d’accompagner leurs projets d’investissement communs ; il ne constitue ni une banque centrale commune ni, à ce stade, un système autonome de paiements. L’Iran est membre de l’OCS depuis 2023, mais sa banque représentante n’a pas encore été admise. Sa candidature est mentionnée depuis 2024 et l’appel à accélérer son traitement figurait déjà dans les textes de Tianjin et de la réunion des chefs de gouvernement de novembre 2025. Bichkek réaffirme donc un « dossier » resté en suspens. Les documents publics ne précisent ni l’identité de la banque iranienne ni la cause du retard ; ils ne permettent notamment pas de conclure que son admission fournirait automatiquement à l’Iran un moyen de contourner les sanctions.
5. Réactions chinoises au « D-Day économique » de l’administration Trump
Après l’annonce par Donald Trump, le 19 août, puis le lancement par le Trésor américain, le 24 août, de l’« Operation Economic Outcast », Pékin a dénoncé des sanctions unilatérales dépourvues de fondement juridique international et affirmé que sa coopération avec l’Iran ne devait pas être perturbée. Toutefois, la réaction officielle chinoise reste à ce jour, le 3 septembre, déclaratoire sans nouvelle mesure de blocage ou contre sanction commerciale ou financière. Pékin ne semble pas avoir transmis officiellement une protestation à l’ONU. Le ministère chinois des Affaires étrangères se limite à promettre « toutes les mesures nécessaires » si les intérêts chinois étaient effectivement atteints (1 957 signes. Mots-clés : Iran) :
La coopération entre la Chine et l'Iran s'inscrit depuis toujours dans le cadre du droit international et ne doit faire l'objet d'aucune ingérence ni d'aucune atteinte. La Chine suit de près les développements en la matière et prendra toutes les mesures nécessaires pour défendre fermement ses droits et intérêts.
Les grands médias nationaux viennent préciser la position de Pékin.
Dans le quotidien économique 21st Century Business Herald, Sun Degang, directeur du Centre d’études du Moyen-Orient de l’Université de Fudan, et Zhu Zhaoyi, directeur de l’Institut du Moyen-Orient de la Peking University-HSBC Business School, estiment que la suspension par les Émirats arabes unis de l’ensemble de leurs échanges commerciaux et financiers avec l’Iran pourrait produire, à court terme, des effets plus sévères qu’une nouvelle vague de sanctions américaines visant des entreprises, des navires et des intermédiaires supplémentaires* :
- Sun Degang résume l’importance du relais émirati : « Les Émirats arabes unis constituent, si l’on peut dire, une fenêtre de l’Iran sur l’économie extérieure » (阿联酋可以说是伊朗当前对外经济的一个重要窗口).
- Zhu Zhaoyi est plus explicite encore : « Les États-Unis avaient construit un mur mais Dubaï offrait depuis longtemps une porte latérale (de sortie) » (美国筑起了墙,迪拜长期提供了一扇侧门). Sa fermeture frappe simultanément les importations, les paiements et la logistique iranienne ; les routes turque, irakienne, pakistanaise ou russe ne peuvent reproduire l’ensemble des fonctions commerciales et financières de Dubaï.
Un autre article, publié le 28 août par le tabloïd nationaliste Guancha relève que Washington a sanctionné de petites entités chinoises, mais épargné les grandes banques. L’article fait parler Dennis Wilder, ancien responsable Chine au Conseil de sécurité nationale (NSC) américain, qui estime que
« Sanctionner une grande banque comme Bank of China reviendrait à employer une “arme nucléaire économique” » (制裁中国银行这样的主要银行,无异于动用一种“经济核武器 ).
L’économiste Xu Tianchen rappelle pour sa part que :
« La Chine conserve encore du contrôle des exportations de terres rares comme carte maîtresse » (中国手中还握有稀土出口管制这张王牌).
Commentaire
Pékin conserve ses instruments de riposte en réserve et évite de transformer cet épisode en affrontement économique direct avec les États-Unis à quelques semaines d’une rencontre bilatérale au sommet prévue à la fin du mois. Il charge ses grands médias et experts de relayer les éventuelles conséquences que produirait en cascade une mise à exécution des menaces américaines.
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* En 2024, les Émirats ont fourni 21 milliards USD de marchandises à l’Iran, soit 30,6 % de ses importations, et absorbé 7,16 milliards USD d’exportations iraniennes, soit 12,8 % du total. Ils constituaient ainsi le premier fournisseur de l’Iran et son troisième marché extérieur. Ces chiffres reflètent surtout le rôle de Dubaï comme plateforme de réexportation, de logistique et de règlement avec le reste du monde.
6. À Asheville (G20) : Washington veut faire du déséquilibre chinois l’affaire de tous
Les ministres des Finances et gouverneurs de banques centrales du G20 se sont réunis les 31 août et 1er septembre à Asheville, en Caroline du Nord, à quelques semaines de la rencontre attendue entre Donald Trump et Xi Jinping. Scott Bessent a exposé à l’ensemble du G20 une question jusqu’ici surtout traitée dans le cadre des relations bilatérales avec Pékin : celle des déséquilibres produits par le modèle économique chinois. ( 4 618 signes. Mots-clés : G7 ; G20 ; Maroš Šefčovič ; Wang Wentao ; Scott Bessent)
Dans un entretien accordé à Reuters à la veille de la réunion, le secrétaire américain au Trésor estimait que :
« Le monde ne peut pas se permettre d'avoir une Chine affichant un excédent commercial de 1 200 milliards de dollars ( the world cannot have a China with a $1.2 trillion trade surplus) ».
« Le reste du monde va devoir revoir ses conditions commerciales avec la Chine (The rest of the world is going to have to examine their terms of trade with China) ».
À Asheville, Washington a obtenu de premiers résultats. Tous les participants, à l’exception de la Chine, ont soutenu le constat selon lequel les politiques non marchandes qui faussent les échanges et entretiennent une dépendance excessive aux exportations doivent être corrigées. La déclaration de la présidence appelle également à supprimer les politiques qui contraignent la consommation intérieure et contribuent aux déséquilibres mondiaux. Les divergences entre pays excédentaires et déficitaires ont toutefois empêché l’adoption d’un langage consensuel sur ces questions.
La charge de l’administration américaine ne vient pas de nulle part et n’est pas improvisée. Au G7 d’Évian, les Européens avaient déjà posé le diagnostic des déséquilibres macroéconomiques mondiaux et relié publiquement le cas chinois aux surcapacités, aux subventions et à la faiblesse de la consommation intérieure.
Un mois plus tard, dans son rapport semestriel au Congrès publié le 23 juillet, le Trésor américain estimait déjà que l’excédent courant chinois résultait de :
« significant domestic macroeconomic imbalances that generate spillovers to the rest of the world ».
Le document associe faiblesse persistante de la consommation, taux d’épargne élevé, soutien public aux secteurs industriels prioritaires et dépendance croissante aux exportations. Pour Washington, les choix économiques chinois produisent ainsi des effets qui ne se limitent plus à la relation commerciale sino-américaine. En modifiant les prix, les capacités industrielles et les flux commerciaux dans les économies tierces, ils débordent sur le reste du monde.
Cette convergence transatlantique porte cependant davantage sur le diagnostic que sur le traitement.
Washington estime que les partenaires de la Chine doivent utiliser leurs conditions commerciales pour donner à Pékin une incitation à modifier son modèle économique. Plusieurs Européens souhaitent parallèlement, et certains en priorité, agir sur le taux de change du yuan.
En juillet, Emmanuel Macron a salué l’initiative de Friedrich Merz, lancée au G7, visant à ouvrir « un dialogue sur le change avec la Chine ». Il juge alors que la relation du renminbi à l’euro « n’est pas soutenable » au regard de l’excédent commercial chinois et de la sous-évaluation de la monnaie chinoise. Scott Bessent a qualifié l’idée d’un nouvel accord du Plaza visant une appréciation coordonnée du yuan comme un moyen d’éviter « le véritable problème commercial », qu’il situe dans les subventions industrielles chinoises et la faiblesse de la demande intérieure.
Analyse
Européens et Américains semblent néanmoins se rejoindre dans leur refus des effets de débordement - spillovers – produits par la politique économique chinoise. L’Europe y voit une pression accrue sur son industrie après le détournement des exportations chinoises du marché américain. L’Inde, le Brésil ou l’Indonésie peuvent s’y reconnaître aussi concernant certaines filières industrielles menacées par les exportations et certains investissements chinois. Asheville valide ainsi une partie du pari américain : les externalités négatives du modèle chinois peuvent être reconnues comme un problème commun bien au-delà du G7.
La prochaine étape consistera à savoir si cette communauté de diagnostic produit une action coordonnée ou une série de réponses différentes (tarifs et instruments commerciaux côté américain, pression sur le change et rééquilibrage de l’accès au marché côté européen) visant le même objectif.
Le 29 juin, Maroš Šefčovič et le ministre chinois du Commerce Wang Wentao ont créé les EU-China Trade and Investment Consultations (TIC). Leur premier groupe de travail est explicitement consacré au « trade and investment balancing ». Les deux parties ont également instauré un mécanisme conjoint de suivi des flux commerciaux et échangé des listes de difficultés d’accès au marché. Maroš Šefčovič a donné aux équipes jusqu’en octobre pour obtenir des résultats tangibles, avant une nouvelle réunion ministérielle en Chine.
Le prochain rendez-vous du TIC permettra de mesurer jusqu’où cette convergence conduit effectivement. Si Maros Šefčovič obtient cet automne des engagements chinois sur les achats européens, l’accès au marché ou certaines distorsions, tandis que Bessent parvient à inscrire les déséquilibres et leurs effets de débordement dans le langage du G20, les stratégies américaine et européenne apparaîtront comme deux modalités différentes d’un même objectif : faire du rééquilibrage de l’économie chinoise une responsabilité internationale de Pékin, non plus présentée comme une exigence américaine ou occidentale, mais comme une attente générale de contribution chinoise réelle à la stabilité de l’économie mondiale.
7. Minth, intégrateur de filière pour la robotique chinoise en Europe
Le 29 août, l’équipementier automobile chinois Minth Group a lancé dans son usine de Šabac, en Serbie, la production de robots humanoïdes développés par AGIBOT. Cette première phase doit être suivie par la construction à Inđija d’un parc industriel de robotique représentant jusqu’à 200 millions d’euros d’investissement et une capacité annoncée de 20 000 humanoïdes et robots quadrupèdes par an. Le site doit également accueillir des activités liées notamment aux batteries et aux drones pour des produits destinés aux marchés européen et mondial sous label « Made in Serbia ». Le parcours de Minth et la structure de son partenariat avec AGIBOT montrent un dispositif industriel plus large, construit à partir de capacités que le groupe possède déjà en Europe. (7 477 Signes. Mots-clés : Minth ; AGIBOT ; Serbie ; Huawei ; intelligence artificielle)
Minth est historiquement un équipementier automobile chinois de rang 1. Son implantation européenne précède largement son entrée dans la robotique. En France, Renault Group annonçait dès juin 2022 la création avec Minth d’une coentreprise destinée à produire des bacs de batteries pour véhicules électriques à la manufacture de Ruitz, dans les Hauts-de-France. Deux lignes devaient atteindre une capacité de 300 000 unités par an pour les véhicules électriques produits à Douai et Maubeuge.
Depuis 2025, Minth réemploie progressivement cette infrastructure dans la robotique. Le 20 mars 2025, le groupe signe avec AGIBOT un accord stratégique de trois ans couvrant les enveloppes et « peaux électroniques » intelligentes, la recharge sans fil, les assemblages articulaires, les structures légères des membres et les solutions de fabrication intelligente flexible.
- Minth apporte ses capacités de fabrication et sa chaîne mondiale de fournisseurs ;
- AGIBOT* apporte ses technologies robotiques et d’IA physique, c’est-à-dire des systèmes d’intelligence artificielle capables de percevoir un environnement, de prendre des décisions puis d’agir sur celui-ci par l’intermédiaire d’un robot ou d’une machine autonome.
*Note : AGIBOT (Zhiyuan Robotics - 智元机器人) a été fondée à Shanghai en février 2023 par Deng Taihua, ancien vice-président de Huawei, et Peng Zhihui, ancien membre du programme « Genius Youth » de Huawei. La société prépare une introduction à la Bourse de Hong Kong. Toujours contrôlée par son équipe fondatrice, elle associe à son capital Hillhouse, Tencent, BYD et plusieurs fonds et industriels chinois, avec l’appui de véhicules publics liés à Shanghai.
Minth devient le relais européen d’AGIBOT
Le 24 février dernier, à Munich, Minth devient partenaire stratégique mondial et distributeur à valeur ajoutée d’AGIBOT pour l’Europe. Son rôle couvre la vente, la livraison, les services sur l’ensemble du cycle de vie du produit et la localisation de la fabrication. AGIBOT présente explicitement l’empreinte industrielle européenne de Minth comme le moyen d’accélérer son déploiement régional. En Serbie, à Šabac, le groupe chinois a déjà engagé sa mue en devenant l’un des acteurs qui permettent à ses robots d’être fabriqués, testés, vendus, intégrés et entretenus en Europe.
Un marché des humanoïdes encore instable
Cette stratégie intervient cependant avant la constitution d’un véritable marché européen consolidé de l’humanoïde. En effet, les évaluations privées varient considérablement selon les périmètres retenus, les usages comptabilisés et les hypothèses de diffusion.
- Grand View Research estime le marché européen des humanoïdes à 462 millions USD en 2026, contre 265,9 millions en 2025, avec une projection à 4,09 milliards en 2033.
- MarketsandMarkets publie au contraire, en août, une estimation de 4,23 milliards USD pour l’Europe dès 2026, soit plus de neuf fois le chiffre de Grand View Research
Ces écarts interdisent de considérer comme acquise une demande européenne susceptible d’absorber rapidement les volumes industriels annoncés en Serbie. Et pour cause, l’intérêt de l’investissement pour Minth ne dépend pas entièrement du développement de ce marché final.
L’humanoïde comme intégrateur de filière
Un humanoïde concentre dans un même système de nombreuses briques technologiques (actionneurs, réducteurs, moteurs, capteurs, batteries, électronique de puissance, calculateurs embarqués...). L’industrialisation du robot oblige ainsi à réunir autour de lui une chaîne de compétences et de fournisseurs réutilisable dans d’autres secteurs.
Même si le marché de l’humanoïde demeure pendant plusieurs années inférieur aux prévisions, l’appareil industriel construit pour le produire peut servir aux robots industriels mobiles, aux quadrupèdes, aux drones, aux systèmes autonomes ou à d’autres formes d’automatisation.
Le futur parc d’Inđija - industrial and technological park in Inđija - doit accueillir non seulement des robots, mais aussi d’autres technologies avancées. Or, ce projet n’est pas né avec l’annonce robotique du 29 août. Dès juillet 2024, le gouvernement serbe avait approuvé avec Minth un programme d’investissement de 870 millions d’euros sur dix ans, prévoyant 2 220 emplois et des activités allant de l’automobile aux véhicules électriques, au photovoltaïque et aux matériaux, avec l’objectif explicite de former une chaîne de fournisseurs sur le site. En juillet 2025, Minth indiquait vouloir y développer une zone industrielle susceptible d’accueillir d’autres investisseurs asiatiques.
Le Robotics Industrial Park annoncé en 2026 ajoute donc la robotique, les drones et les batteries à une plateforme qui possédait déjà une fonction déclarée d’agrégation industrielle. Cette logique commence à se matérialiser.
Le 31 août, Jiangsu Reliance Energy Tech a signé avec le gouvernement serbe et la municipalité d’Inđija un accord portant sur 100,5 millions d’euros pour une usine de batteries à haute performance destinées notamment aux drones, robots humanoïdes et véhicules autonomes. Les sources officielles n’établissent pas à ce stade de lien contractuel avec Minth mais elles montrent bien, en revanche, la constitution sur le même territoire de capacités industrielles directement complémentaires.
Le robot humanoïde peut ainsi jouer le rôle d’intégrateur de filière : le produit final fédère autour de lui des technologies et des fournisseurs dont les débouchés excèdent largement ce sous-segment de la robotique humanoïde.
De plateforme AGIBOT à agrégateur d’écosystème
Cette évolution permet de formuler une hypothèse plus large, désormais étayée par la stratégie déclarée de Minth. Le groupe ne se positionne plus uniquement comme fournisseur d’AGIBOT. Il développe la fabrication complète, la distribution et les applications robotiques, travaille également avec Leaderdrive et dispose à Inđija d’un projet conçu depuis 2024 pour structurer une chaîne de fournisseurs et attirer d’autres investisseurs asiatiques.
Son implantation pourrait ainsi offrir progressivement à plusieurs entreprises chinoises de la robotique et des systèmes autonomes ce qu’elle apporte déjà à AGIBOT : une capacité d’industrialisation, un système de contrôle qualité et un réseau de fournisseurs.
Minth tendrait alors à devenir un agrégateur d’écosystème industriel chinois à proximité immédiate du marché de l’Union européenne. Cette évolution reste à documenter entreprise par entreprise.
L’enjeu moins visible des données industrielles
Minth indique parallèlement conduire avec ses clients robotiques des projets de développement secondaire et de collecte de données dans des « scénarios industriels », et avoir progressivement installé une ligne pilote interne utilisant des humanoïdes dans ses opérations. Ces données constituent une ressource essentielle pour l’IA physique : déplacements, manipulation de pièces, interactions avec les équipements, situations anormales ou adaptation aux contraintes réelles fournissent les exemples permettant d’améliorer les systèmes robotiques.
Analyse
Pour l’UE, la question réglementaire qui sous-tend ce type de déploiement capacitaire, notamment chinois, ne part pas d’une page blanche. Le Data Act, applicable depuis septembre 2025, encadre précisément les données produites par les produits connectés, une catégorie dans laquelle la Commission inclut notamment robots et machines industrielles. Il organise l’accès de l’utilisateur aux données générées par l’équipement, leur partage avec des tiers et la protection des secrets d’affaires.
Une question demeure néanmoins sur la frontière entre les données générées par l’usage d’un robot et les connaissances ou modèles améliorés grâce à ces données : quelles informations issues d’une usine peuvent être réutilisées pour entraîner ou perfectionner un système robotique, selon quelles conditions contractuelles, et où la valeur ainsi créée est-elle ensuite captée ?
Le cas serbe ajoute une particularité et une difficulté supplémentaire. Šabac et Inđija se situent en Europe mais hors de l’Union européenne : la plateforme se développe ainsi à proximité immédiate du marché unique, dans un État candidat qui n’est pas directement soumis à l’ensemble du cadre réglementaire européen.
L’ouverture de Šabac intervient donc alors que le marché de l’humanoïde reste encore difficile à mesurer et ses usages industriels restent peu stabilisés. La portée du projet Minth se situe au moins autant dans les capacités installées autour du robot — fournisseurs, batteries, intégration, services, données et automatisation — que dans le nombre d’humanoïdes effectivement vendus.
8. Argentine-Huawei : les fournisseurs de confiance dans la rivalité sino-américaine
Le 26 août, Le Monde consacre un article aux pressions exercées par l’ambassade des États-Unis en Argentine sur CALF, une coopérative de Neuquén engagée dans un partenariat technologique avec Huawei. Une chronologie complémentaire des faits et des décisions permet de restituer la logique politique de l’ensemble. (5 591 signes. Mot-clés : Huawei ; Argentine ; intelligence artificielle )
Timeline
- Le 21 août 2026, Juan Pablo Segura, nouveau sous-secrétaire d’État américain aux affaires de l’hémisphère occidental, publie sur X un message consacré aux risques d’espionnage, de cyberattaque et d’interruption des réseaux qu’il associe aux technologies chinoises. Il cite Huawei, ZTE, Hikvision, Hytera, Dahua et DJI et appelle les partenaires des États-Unis dans les Amériques à se tourner rapidement vers des fournisseurs jugés fiables.
- Cette déclaration intervient alors qu’une coopérative argentine vient de rendre publiques les pressions exercées sur elle par l’ambassade des États-Unis. Le 12 juillet, Andrew Dilts, attaché aux affaires économiques, commence à adresser des messages WhatsApp à Sergio Fernández Novoa, directeur des technologies de l’information et de la communication de CALF*. Il évoque la possibilité de refuser ou de révoquer les visas de dirigeants participant à l’expansion des activités de Huawei en Argentine et demande si le projet peut être annulé.
- Le 5 août, la coopérative rend l’échange public.
*Fondée en 1933, CALF fournit de l’électricité à Neuquén et développe son réseau de fibre optique CALFibra. Huawei lui fournit des équipements. La coopérative prévoit d’étendre ses services vers le corridor pétrolier de Vaca Muerta.
- Le 7 août, l’ambassadeur américain Peter Lamelas propose publiquement de l’aider à identifier des fournisseurs « fiables et sûrs ». Le 13, devant l’AmCham Energy Forum, il avertit que l’utilisation de technologies chinoises pourrait décourager des investisseurs étrangers.
- Pendant ce temps, à Washington, le processus de nomination de Juan Pablo Segura suit son cours. La Maison-Blanche avait transmis sa candidature au Sénat le 27 avril. Il est confirmé le 7 août par 51 voix contre 47, dans un ensemble de 74 nominations que la majorité républicaine fait adopter en bloc avant l’interruption estivale des travaux parlementaires, puis entre en fonctions le 14 août. Une semaine plus tard, Segura formule son appel sur X aux partenaires américains.
Un partenariat qui change d’échelle
La relation entre CALF et Huawei ne date pas d’hier. Annoncée en octobre 2024 autour du déploiement de CALFibra, elle s’élargit en juillet 2025 à la modernisation du réseau électrique et à l’extension de la connectivité dans la province. Washington disposait donc d’une visibilité ancienne sur cette coopération.
Le 27 avril 2026, CALF publie le compte rendu d’une visite de ses dirigeants au siège de Huawei à Shenzhen. Les discussions portent désormais sur la fibre à haute capacité, les réseaux électriques intelligents, la vidéosurveillance, des applications de santé et un centre de données au pôle scientifique et technologique de Neuquén. Pour Washington, c’est la marque d’reun changement d’échelle de la relation entre Huawei et CALF.
D’autant que 11 jours auparavant, le Département d’État avait élargi sa politique de restriction des visas aux ressortissants des pays de l’hémisphère occidental qui, agissant délibérément pour le compte d’États adversaires, de leurs agents ou d’entreprises qui leur sont liées, dirigent, financent ou soutiennent sciemment des activités jugées contraires aux intérêts américains dans la région. Washington dispose depuis lors d’un moyen de pression visant personnellement les responsables de projets considérés comme stratégiques.
Ensuite, lors du sommet des 25 et 26 juin, l’Argentine rejoint Pax Silica, conclue à Washington*. La déclaration organise une coopération autour des chaînes d’approvisionnement de l’intelligence artificielle et des technologies avancées ; elle vise explicitement les réseaux de confiance, les câbles de fibre optique et les centres de données.
L’adhésion argentine crée ainsi une attente politique à Washington entre cet engagement international et les choix technologiques effectués sur son territoire. CALF maintient, pour sa part, ses accords avec Huawei et se déclare ouverte à d’autres fournisseurs capables de proposer de meilleures conditions de prix, de financement et de service. La coopérative revendique ainsi la maîtrise de ses achats. Pour le gouvernement argentin, le dossier pose concrètement la question de l’articulation entre son alignement international et les décisions d’acteurs économiques locaux.
*Note : L'Australie, le Japon, la République de Corée du Sud, le Royaume-Uni, Singapour, Israël et les États-Unis ont signé cette déclaration lors du sommet Pax Silica qui s'est tenu à Washington D.C. le 12 décembre 2025.
Une première réaction chinoise non ciblée
Le 24 août, à Pékin, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères répond à une question d’un journaliste portant sur les propos du sous-secrétaire Segura publiés sur X. Il dénonce une « intimidation technologique » et une « coercition unilatérale », et invoque le droit des États à choisir leurs partenaires. Mais son propos reste de portée générale, centré sur l’Amérique latine et les Caraïbes, sans citer CALF ni l’Argentine. L’échange à distance entre les deux diplomaties positionne cette affaire dans une confrontation plus large sur la définition des fournisseurs de confiance et sur la souveraineté des choix technologiques.
Analyse : une convergence américano-européenne sur le risque fournisseur
Le 15 juin 2023, la Commission européenne avait expressément considéré Huawei et ZTE comme présentant des risques sensiblement supérieurs à ceux des autres fournisseurs de réseaux 5G, en raison notamment de leur exposition à l’influence d’un État tiers et de leur environnement juridique et de gouvernance. Le 20 janvier 2026, elle a proposé, dans la révision du Cybersecurity Act, un dispositif plus large de sécurisation des chaînes d’approvisionnement numériques critiques, intégrant les risques d’ingérence étrangère et de dépendance.
En juin dernier, la signature de Pax Silica par l’Union européenne fait apparaître une convergence transatlantique sur la définition du risque fournisseur. Cette évolution marque une sortie progressive de « l’agnosticisme » technologique à l’égard de la Chine, avec la qualification explicite de certains grands équipementiers chinois comme fournisseurs à haut risque.
L’affaire CALF éclaire aussi la mise en pratique du « corollaire Trump » à la doctrine Monroe, souvent désigné comme la politique « Donroe ». La stratégie de sécurité nationale américaine (NSS) de décembre 2025 fixe l’objectif d’empêcher les puissances extérieures à l’hémisphère de posséder ou de contrôler des actifs stratégiques. L’arrivée de Juan Pablo Segura vient ainsi accélérer sa mise en œuvre.
▶ Influence et ingérences
9. Nouvelle affaire d’espionnage : le chemin de moindre résistance
Avec ses médias partenaires Le Soir, Knack et Follow The Money, la Lettre révèle qu’une stagiaire « Claire Zhang » avait été surprise en avril dernier rôdant près du bureau du Général Alexus Grynkewich, le commandant suprême des forces de l’OTAN en Europe. Depuis son arrestation de l’espionne présumée en juillet, de nouveaux incidents ont mis les services belges sur la piste de complicités à l’intérieur et à l’extérieur de l’Alliance.
A ce jour, les faits établis : une Canadienne d’origine chinoise, stagiaire au SHAPE de l’OTAN, est détenue depuis le 24 juillet 2026 pour soupçons d’espionnage au profit d’un pays tiers et de participation à une organisation criminelle. Son domicile et son bureau ont été perquisitionnés. Le signalement initial vient des services de sécurité du SHAPE, transmis au SGRS puis à la police judiciaire fédérale de Charleroi. La suspecte serait Claire/Biwei Zhang, trentenaire, affectée au service informatique. Le « pays tiers » serait la Chine. Deux sources anonymes citées par Reuters ; ni le parquet ni l’OTAN ne l’ont confirmé officiellement.
Peu d’information circule sur l’Internet chinois, un article de Sohu, le plus étoffé, relate l’affaire :
Une espionne s’est-elle infiltrée au siège de l’OTAN ? Une ingénieure canadienne arrêtée après avoir également travaillé à l’OMC
Yunjing Shiji 30 juillet 2026, 23 h 06
Une enquête de CBC News a établi qu’une Canadienne récemment arrêtée par les autorités belges parce qu’elle était soupçonnée d’activités d’espionnage avait, avant d’effectuer un stage à l’OTAN, travaillé dans plusieurs organismes publics.
Selon l’enquête de CBC News, cette personne s’appelle Biwei Zhang. Ingénieure systèmes de formation, elle possède également une expérience en économie. Son curriculum vitæ en ligne indique qu’elle a auparavant travaillé à l’Agence spatiale canadienne et à Statistique Canada. Les informations publiques et professionnelles concernant Biwei Zhang correspondent à celles divulguées par le parquet belge. Selon celui-ci, la suspecte est « une citoyenne canadienne d’origine asiatique » ayant effectué un stage au Grand Quartier général des puissances alliées en Europe — le quartier général militaire de l’OTAN situé à Mons, en Belgique.
D’après le communiqué publié par le parquet fédéral belge, le domicile de la suspecte ainsi que son lieu de travail au Grand Quartier général des puissances alliées en Europe ont été perquisitionnés jeudi dernier. Elle a été arrêtée le lendemain pour des faits qualifiés d’« espionnage et de participation à une organisation criminelle ».
Commentaire
Sohu traduit improprement le communiqué belge par « citoyenne canadienne d’origine asiatique », alors que le texte officiel dit bien « ressortissante canadienne d’origine chinoise ».
Analyse
La justice devra, en outre, établir les responsabilités et repasser le processus et les critères d’évaluation des risques fondant l’enquête d’habilitation proprement dite de Zhang Biwei, alias Claire Zhang. Par ailleurs, c’est la sécurité interne au SHAPE qui a finalement détecté et signalé son comportement.
Ce cas comporte certaines similitudes avec l’affaire Jian Guo en 2024-2025.
Arrivé en Allemagne en 2001 puis naturalisé allemand, Jian Guo travaillait, selon la Cour supérieure de Dresde, pour un service chinois depuis au moins 2007 (l’accusation retenait 2002). Après avoir noué une relation professionnelle avec Maximilian Krah, il devint son assistant au Parlement européen en 2019, sans que la connaissance de ses activités par l’élu de l’AfD soit établie. Jusqu’à son arrestation en avril 2024, il exploita cet accès pour recueillir plus de 500 documents parlementaires, des informations sur l’AfD et des données permettant d’identifier des opposants chinois. Il utilisa également Yaqi X., employée d’un prestataire de l’aéroport de Leipzig/Halle, pour obtenir des renseignements sur les vols, les passagers, les transports d’armes et les mouvements militaires. Début 2024, il remit lors d’un déplacement en Chine une clé USB contenant des documents du Parlement européen à un officier de renseignement chinois.
Les deux affaires appartiennent potentiellement à une même « famille opérationnelle », celle de l’agent supposé – Zhang Biwei est toujours présumée innocente jusqu’au jugement de la cour - disposant d’un même accès légitime et de caractéristiques communes :
- le poste occupé n’est pas élevé ;
- son intérêt vient de l’insertion quotidienne dans une organisation sensible ;
- l’information recherchée peut être documentaire, mais aussi humaine, ou organisationnelle ;
- la collecte peut dépasser largement le périmètre formel du poste ;
- la mobilité professionnelle et les relations personnelles élargissent progressivement le champ des accès.
La nature subalterne du poste ou, dans le cas de Jian Guo, la position de collaborateur « au service de », peut constituer une couverture particulièrement discrète et efficace. Elle donne accès aux mêmes bâtiments, annuaires internes et collègues que les fonctions d’encadrement, pourtant plus étroitement surveillées. Si la figure de la « stagiaire-espionne chinoise » continue de circuler et nourrit parfois une lecture paranoïaque de ces parcours, la vulnérabilité propre à ces fonctions périphériques, mais dotées d’accès centraux, n’a toujours pas trouvé, semble-t-il, de réponse adaptée, y compris dans les organisations sensibles.
↑ Retour au sommaire10. Voyage organisé dans l’opinion mondiale
Le 26 août, le Global Times rend compte d’un colloque organisé par l’Université du Peuple (renmin) et son Chongyang Institute autour d’un rapport annonçant une « transformation structurelle » des perceptions mondiales de la Chine. S’appuyant notamment sur un récent sondage du Pew Research Center montrant que la Chine est désormais mieux perçue que les États-Unis dans une majorité des pays étudiés, l’article attribue ce basculement au « miracle » du développement chinois. Les témoignages d’invités étrangers servent à établir que le contact direct avec la Chine dissiperait les perceptions façonnées à distance par les médias.
Le colloque « Shifting Global Perceptions and China’s Future Development » (全球认知之变与中国发展未来), cité dans l’article du Global Times, s’est tenu à Pékin le 26 août 2026, soit quarante-deux jours après la publication du sondage du Pew, le 15 juillet. Il était organisé par la Renmin, son Chongyang Institute et la School of Global Leadership, avec des participants provenant de dix-sept pays. Le rapport Global Perceptions in Profound Transition: China Toward 2050 y a été publié, puis l’article du Global Times mis en ligne le soir même.
Photo incrustée dans l'article du Global Times
Commentaire
On peut raisonnablement conclure que le sondage du Pew a fait l’objet d’une exploitation rapide et coordonnée par les différentes structures chinoises citées, associant production d’expertise, mise en scène soignée et diffusion médiatique.
Cette mise en récit poursuit plusieurs effets :
- Accréditer l’idée d’un basculement mondial en faveur de la Chine : le rapport affirme que celle-ci devance les États-Unis dans 27 des 36 pays, alors que le Pew n’en compte que 25. Surtout, cette évolution traduit principalement le recul de l’image américaine, davantage qu’un plébiscite international en faveur de la Chine
- Élargir artificiellement le périmètre de l’enquête du Pew : l’article juxtapose les résultats portant sur 36 pays aux médianes de 46 % pour la Chine et de 36 % pour les États-Unis, sans préciser que celles-ci sont calculées sur un sous-ensemble de seulement vingt pays. Le lecteur est ainsi conduit à croire qu’elles résument l’ensemble de l’enquête.
- Convertir une photographie de l’opinion en trajectoire historique : alors que le Pew ne formule aucune projection à l’horizon 2050, les perceptions mesurées en 2026 servent à annoncer que la Chine deviendrait, à cette date, la grande économie la plus attractive au monde.
La rhétorique, classique mais difficile à appréhender si l’on n’est pas sensibilisé, procède en trois phases :
- La preuve externe : Pew, Gallup et les chiffres du Global Times Institute fournissent l’apparence d’une base empirique convergente.
- L’interprétation savante : le Chongyang Institute élève cette conjonction de sondages au rang de « transformation structurelle la plus profonde depuis la fin de la guerre froide ».
- La projection téléologique : le mouvement conduirait naturellement, en 2050, à une Chine devenue centre mondial de croissance, d’innovation, de résilience industrielle, de paix et de coopération.
L’article du Global Times veut redéfinir notre grille d’analyse. La Chine doit, selon les textes du PCC, apparaître « digne de confiance, attachante et respectable" ((可信、可爱、可敬). Les libertés politiques, la coercition ou les conflits de souveraineté, sur lesquels le Pew demeure beaucoup plus nuancé, s’effacent au profit des domaines où la Chine peut mettre en avant de meilleurs arguments (infrastructures, croissance, technologies…).
Le thème de China Travel apparaît dans la dernière partie de l’article, après l’exposé des sondages et la projection vers 2050, lorsque le Global Times donne la parole à deux participants étrangers du colloque. Danilo Türk, ancien président de Slovénie et ancien président du Club de Madrid, présente l’ouverture touristique comme un moyen de modifier le regard des visiteurs, notamment européens. Edemilson Paraná, universitaire brésilien enseignant à l’University College Dublin, reprend ensuite explicitement l’expression China Travel pour évoquer la découverte directe des infrastructures et des technologies qui améliorent la vie quotidienne au travers de laquelle les étrangers passeraient d’une connaissance médiatisée, distante, - et donc injustement négative - de la Chine à une « perception de première main ». Dans le récit proposé, l’amélioration des perceptions résulterait du contact direct avec la Chine, le témoignage du visiteur étant mobilisé comme preuve empirique.
Relié, Bulletin n°27, 15 mai 2026 : Le Club de Madrid recyclé dans la diplomatie d’influence chinoise
Analyse
Cet article et son décorum me font penser aux ouvrages écrits par Simon Leys dans les années 60 et 70, principalement Ombres chinoises. Dans la Chine maoïste, le guide touristique contrôlait physiquement l’itinéraire, les rencontres et l’interprétation de ce qui était montré. La Chine actuelle est infiniment plus ouverte et le voyageur peut souvent circuler seul mais son itinéraire initiatique reste le même. Les villes vitrines, les infrastructures et les plateformes numériques accomplissent une partie du travail autrefois confié au guide-accompagnateur haut en couleurs sous la plume de Leys. Il s’est depuis incorporé au parcours, tandis que le visiteur étranger est devenu le narrateur consentant de la modernisation chinoise.
Je ne peux m’empêcher de comparer la photo illustrant l’article du global Times avec l’expérience que j’ai vécue, dans les années 90, en Chine, au contact de cette même machine médiatique, exploitant notre immersion en Chine. Etudiant à l’Université de Pékin juste un an après les événement de Tiananmen, entre 1900 et jusqu’en 1994, j’ai été un privilégié, côtoyant rapidement les milieux artistiques – le romancier Wang Shuo, le rocker Cui Jian, qui se produisait à l’hôtel de l’Amitié de Zhongguancun, non loin de Beida, et le milieu du cinéma encore vibrionnant, assistant aux tournages de Zhang Yimou et de son actrice préférée, Gong Li. Mais aussi en me produisant à la télévision, la BTV et la CCTV, pour réaliser des sketches (présumément) comiques, les Xiangsheng (相声), avec l’étudiant étranger le plus connu et médiatique de l’époque, Mark Rowswell, alias Dashan, un canadien d’Ottawa. J’en avait fait un Post l’an dernier car il continue de performer en Chine aujourd’hui.
Ce que je n’avais pas précisé, c’est le contexte. En 1991-1992, lorsque nous faisions de véritables tournées dans le pays (Shenzhen, Anhui…), la Chine cherchait désespérément à redorer son image après le bain de sang à Pékin en juin 1989 et la crainte de devenir un paria aux yeux du monde. Sur le plan intérieur aussi, il fallait tenter de convaincre la population que le monde extérieur ne tournait pas le dos à la Chine (que le pouvoir avait donc pris la bonne décision à Tiananmen) et que le développement économique serait aussi rapide qu’énoncé. Quel symbole et quelle preuve plus éclatants, pour un chinois ordinaire, que de voir sur son petit écran des Européens et nord-Américains parler chinois, sautiller sur scène, et finalement sembler totalement « étrangers » à l’opprobre générale ? Si c’était à refaire…Mais on ne refait l’histoire, ni sa propre « expérience ».
L’auteur, en 1991, à la Beijing TV, avec "Dashan" et Ding Guangquan, un acteur professionnel
L’auteur et Ding Guangquang, à la CCTV, en 1993, jouant un sketch plus classique, en duo
▶ Documentation & Agenda
◇ Documentation et agenda
- Ingérences
La Chaire Renseignement de Sciences Po Aix, qui contribue à la construction d’une culture française du renseignement, a publié une première étude, en juin, que je n’avais pas vu passer, intitulée : « La France face à l’ingérence économique : l’impérieuse nécessité d’une stratégie nationale de souveraineté et de sécurité économiques », par Didier Gros, Sous la direction du professeur Walter Bruyère-Ostells, directeur scientifique de la Chaire. Pour ce qui concerne la Chine, l’étude est surtout utile comme révélateur de la manière dont une partie de l’appareil français de sécurité économique la perçoit la Chine et s’organise en conséquence (si l’on peut isoler le facteur chinois). Mais sa démonstration dessert le constat dressé. Elle ramène la complexité du système chinois à une volonté centrale et son appareil clandestin à une « communauté du renseignement » qui se résume à un organigramme du seul ministère de la Sécurité d’État (MSE), et peine ainsi à restituer l’action protéiforme et distribuée entre les nombreux acteurs qu’elle identifie pourtant par ailleurs.
New Zealand’s Security Threat Environment 2026 — An assessment by the New Zealand Security Intelligence Service, publié le 13 août 2026. Rapport institutionnel du NZSIS, service néo-zélandais de renseignement de sécurité.Les analystes contributeurs ne sont pas nommés. Le NZSIS décrit une intensification des menaces liée aux rivalités internationales, à la compétition technologique et à la polarisation des sociétés. La Chine est présentée comme le seul pays dont il ait détecté des activités d’espionnage à grande échelle, ainsi que comme l’acteur le plus actif en matière d’ingérence. Les opérations visent les informations publiques non accessibles au public, les technologies, la recherche et les infrastructures spatiales, en mobilisant notamment des intermédiaires et des personnes disposant d’accès internes. (cf. mon mémo supra sur le cas d’espèce « Claire Zhang » au SHAPE de l’OTAN). Le rapport restitue la variété des relations entre commanditaires, facilitateurs et personnes instrumentalisées. Elle laisse cependant largement ouverte la question de leur coordination au sein de l’appareil chinois.
- Influence
« Institutions Outpace Ideas in ‘Autonomous Knowledge System’ », Jean Christopher Mittelstaedt, China Brief, vol. 26, n° 16, 6 août 2026 (p. 28–34), de la Jamestown Foundation. L’auteur est professeur associé de sinologie, spécialiste de la Chine contemporaine, à l’Université de Zurich. Depuis le discours de Xi Jinping à l’Université Renmin en avril 2022, la construction d’un « système autonome de connaissances » (中国自主的知识体系) accélère la réorganisation des sciences humaines et sociales chinoises. Le Parti fixe l’objectif politique général et les ministères, universités, associations et leur mentors financiers sont chargés de le traduire dans leurs domaines respectifs. Ils doivent produire des savoirs fondés sur « l’expérience chinoise » et réduire la dépendance aux référentiels cognitifs et conceptuels occidentaux. Commentaire : le PCC peut ainsi organiser les conditions dans lesquelles la Chine est étudiée, enseignée et interprétée. Sur ce réseau, je vois nombre de personnes qui ont réussi cette forme d’acculturation par immersion prolongée, ce qui tend à prouver que la clairvoyance est inversement proportionnelle au temps passé en Chine. Contre intuitif, mais empiriquement constaté.
- Télécommunication & Internet
« IPv6+ : comment la Chine fragmente Internet en 2 mondes et capture le Global South », le 14 août (La page de titre intérieure porte toutefois la mention « juin 2026 ») Asia Centre, par Jean-Baptiste Monnier, vice-président d’Asia Centre et Elodie Papin, diplômée en actuariat et en sécurité internationale. Les auteurs présentent IPv6+ comme un instrument de la stratégie chinoise de souveraineté numérique et d’expansion internationale de Huawei. Ses fonctionnalités permettraient un contrôle accru des communications et favoriseraient la constitution de deux ensembles Internet incompatibles. Après des revers dans les instances internationales, Pékin a privilégié le déploiement national et la diffusion commerciale vers les pays du Sud. L’articulation avec la 6G, les satellites et l’intelligence artificielle amplifierait les risques de surveillance et de dépendance. La note appelle à une réponse européenne associant exigences de confiance numérique et offre concurrente, notamment dans le cadre de Global Gateway. Remarque : veillons à ce que les démonstrations ne soient pas trop « lisses » ou « polished ».
- Commerce et contournements
The Great Transshipment Scam: Rise, Scope, and Costs, Office of Trade and Manufacturing Policy de la Maison-Blanche, publié le 13 août 2026. Le rapport ne comporte pas de signature individuelle il engage donc directement un service de l’administration Trump. Le rapport décrit un réseau de plus de quarante pays par lesquels transiteraient des marchandises chinoises afin de contourner les droits de douane américains. Des plateformes de transformation, des centres logistiques et des circuits de réexportation masqueraient l’origine des produits.Rapprochant plusieurs estimations hétérogènes, le rapport retient un scénario central de 75 milliards de dollars de flux frauduleux annuels, auquel il associe des pertes douanières, industrielles et fiscales. Il défend un renforcement des contrôles, la responsabilisation des importateurs et une détection des anomalies commerciales par l’intelligence artificielle, baptisée Detective Border. Une modification des règles d’origine pour empêcher que les avantages commerciaux accordés aux pays partenaires bénéficient indirectement à la Chine est également envisagée.
◇ Agenda international
Du 30 août au 4 septembre : 55e Forum des îles du Pacifique, Koror, Palau. (Track 1 régional). Taïwan devient le principal sujet géopolitique du sommet. Palau reconnaît Taïwan et a accueilli le ministre taïwanais des Affaires étrangères Lin Chia-lung. Pékin avait averti dès le 11 août que la participation de Taïwan devait être traitée conformément au principe d’une seule Chine et qu’elle risquait de perturber les relations Chine–Forum.
1er–3 septembre, Le Caire, visite de Xi Jinping. Il s’agit de sa première visite d’État en Égypte depuis dix ans. Ce bulletin ne peut couvrir l’intégralité de l’événement, il sera traité dans le prochain.
9 septembre, réunion préparatoire des hauts fonctionnaires ASEAN+3 (Track 1). la réunion préparera notamment la réunion ministérielle sur l’énergie du 21 septembre et les travaux menant au sommet ASEAN+3 de novembre. Le format reste l’un des cadres asiatiques où Pékin peut promouvoir une intégration régionale sans présence américaine.
Le 8 septembre, New York, ouverture de la 81e session de l’Assemblée générale de l’ONU. Le débat général commencera le 22 septembre (Track 1).
Les 10–11 septembre, à Pékin : 16e réunion des ministres de l’Énergie de l’APEC. c’est probablement la réunion APEC la plus stratégique de la première quinzaine. Elle met directement en présence la puissance dominante des chaînes industrielles solaire-batteries-réseaux et ses principaux marchés, dans un contexte de contentieux sur les subventions, les surcapacités et les restrictions technologiques.
- En France
4 et 5 septembre, à Paris, MEAE, Inalco et Sorbonne Nouvelle : La Fabrique de la diplomatie. L’événement est généraliste, mais comporte un volet Chine : le programme DÉCRIPT de l’Inalco tient un atelier le 4 septembre à 14h30, et le Prix du mémoire sur la Chine contemporaine du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères y sera remis. Entrée libre.
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