Bulletin n°45 : Europe–Chine : qui impose le tempo ?
Automobile : sécurité et conquête ; : le reformatage de l’appareil productif chinois ; Pékin refuse de faire du yuan un instrument du rééquilibrage commercial ; UE-Chine ; pressions et déclarations ; Taïwan, terrain d’essai de la loi anti-sanctions
📋 Structure de ce Bulletin
- 1. [Projet du MIIT sur la R&D et la sécurité automobile : un nouvel élan vers la conquête internationale]
- 2. [Statistiques : Pékin adapte les critères de sa propre performance économique]
- 3. [Nouvelle productivité » : le reformatage de l’appareil productif chinois]
- 4. [Pékin refuse de faire du yuan un instrument du rééquilibrage commercial]
- 5. [Recommandations franco-allemandes : quel impact sur la politique de Pékin ?]
- 6. [Le Parlement européen se joint aux pressions sur Pékin]
- 7. [UE-Chine : le temps des déclarations d’intention]
- 8. [Emmanuel Bonne reçu avec déférence en Chine boucle une séquence diplomatique intense]
- 9. [Taïwan, terrain d’essai de la loi anti-sanctions]
- 10. [Ban Keun : la Chine ouvre au Laos un centre aérien conjoint avec l'armée laotienne]
- 11. [Taiwan : Pékin se projette (et veut nous projeter) dans « l’après unification »]
- 12. [Zhejiang : un Institut d'études françaises au service de la stratégie chinoise]
Edito
Tandis que l’Europe tente de faire évoluer les pratiques commerciales de Pékin et son soutien à Moscou dans la guerre d’agression menée par la Russie en Ukraine, Washington envoie un signal contraire avec l'annonce d'un accord sur le diesel russe et des menaces voilées à l'encontre de Kiev.
Cette ouverture bénéficie à la Russie au moment où l’Europe accroît sa pression. Le 12 octobre, l’Union a ainsi sanctionné 1 569 entreprises et dirigeants du complexe militaro-industriel russe. Ces mesures visent également les pays qui soutiennent Moscou.
Durant toute la semaine écoulée, Bruxelles a musclé son jeu vis-à-vis de Pékin. Le 5 octobre, Paris et Berlin proposent de renforcer les instruments européens. Le 7, le Parlement réclame davantage de fermeté, notamment envers les entreprises chinoises contribuant à l’effort de guerre russe. Les 8 et 9, le commissaire Šefčovič négocie dans de bonnes conditions à Pékin le volet commercial. Le 10, le sherpa diplomatique du président français, Emmanuel Bonne, prolonge la discussion avec Wang Yi, puis rencontre le vice-premier ministre, He Lifeng, le 13.
Le Conseil européen qui s’ouvre ce jeudi doit apprécier les premiers résultats et décider des suites à donner. Les points de convergence observés permettront-ils d’obtenir des résultats concrets d’ici aux consultations de janvier et mars 2027 ? Dans cet intervalle, Pékin peut attendre, tout en poursuivant ses propres priorités.
À l’approche de son plénum et de la publication, attendue lundi 19 octobre, des chiffres du produit intérieur brut, la Chine consolide sa trajectoire industrielle. Elle organise la conversion de la recherche en puissance manufacturière, prépare des exigences automobiles plus strictes, adapte ses statistiques à la transformation de son modèle et défend sa politique de change, contestée de part et d'autre de l'Atlantique.
Cette mobilisation donne à Pékin une continuité d’action que les négociations commerciales engagées avec les États-Unis et l’UE ne perturbent qu’à la marge. La question pour les Vingt-Sept est donc, toujours, celle du tempo : leurs décisions modifieront-elles l’expansion industrielle chinoise avant que celle-ci ne transforme structurellement le marché européen et l’Union ?
▶ Politique intérieure
1. Projet du MIIT sur la R&D et la sécurité automobile : un nouvel élan vers la conquête internationale
Publiée par les ministères de l’industrie (MIIT), de la sécurité publique (MSP), de l’environnement (MEE) et par l’Administration centrale de régulation du marché (SAMR), ce projet de circulaire (guidelines) marque un virage vers la maturité industrielle en durcissant l’homologation des véhicules (关于进一步加强汽车产品 创新设计和研发测试验证 有关管理工作的通知). Le texte entend mettre fin au « tout-tactile » en imposant des boutons physiques pour les fonctions vitales, interdit les poignées 100 % dissimulées sans secours mécanique, et proscrit l'usage en roulant de fonctionnalités distrayantes (sièges « zéro gravité », lits…). La R&D est encadrée par un cycle de test environnemental obligatoire, en Chine, d'au moins un an (« deux hivers, un été ») et d'au moins 30 000 km d’essais de fiabilité. Pékin anticipe les exigences internationales (Euro NCAP,* UE…) et crédibilise le Made by China en relevant le niveau de sécurité et de réparabilité face aux critiques sur la qualité. Dans un contexte sino-européen tendu, Pékin ralentit le rythme de lancement de ses véhicules pour doter ses constructeurs d'architectures mondiales et les préparer pour une conquête internationale de long terme.
* European New Car Assessment Programme)
( 2 273 signes. Mots-clés : automobile ; MIIT ; R&D ; innovation )
Un ajustement des conditions et modalités de l’expansion internationale
En freinant les lancements précipités d'acteurs locaux et en imposant des cycles de R&D d'au moins un an avec tests complets, Pékin siffle la fin de la récréation. Il signale ainsi l'arrêt de la guerre des prix destructrice et accélère par là même la consolidation industrielle du secteur.
En parallèle, le MIIT force ses constructeurs à concevoir dès le départ des véhicules « export-ready ». facilitant l’homologation internationale de leurs modèles tout en donnant un gage de responsabilité aux régulateurs européens.
C'est en effet un changement de rythme structurel qui force les constructeurs chinois à abandonner le développement à marche forcée au profit d'un rythme industriel classique plus « lourd », mais mieux taillé pour la conquête internationale.
La politique industrielle chinoise suit un principe récurrent : une phase de surchauffe interne, ou de laisser-faire (放), pour innover et faire émerger la technologie à toute vitesse, puis la phase de rationalisation, ou de consolidation (收), incarnée par cette directive du MIIT, permettant de standardiser et d’industrialiser pour l'exportation.
Les marques trop fragiles, incapables de financer des cycles complets de R&D ou ne misant que sur des gadgets d'affichage dignes du développement des smartphones, seront éliminées du marché domestique. Ne subsisteront que des géants industriels capables de rivaliser durablement avec les groupes mondiaux.
Analyse
Pékin veut montrer qu’il encadre son industrie automobile au moment où l’Europe débat des moyens de la contenir. Alors que s’ouvrent aujourd’hui les discussions du Conseil européen à Bruxelles, cette annonce peut aider à crédibiliser sa position, bien qu’elle n’apporte aucune réponse sur le fond du problème concernant les subventions et les dépendances industrielles. En revanche, en renforçant les exigences de validation sur son marché intérieur, Pékin contribue à rendre ses constructeurs plus solides à l’international.
Parallèlement, les contraintes commerciales européennes renforcent leur intérêt pour une production au sein de l’Union. Une baisse des importations de véhicules fabriqués en Chine pourrait donc coexister avec une augmentation du nombre total de véhicules de marques chinoises vendus en Europe, dont l’ampleur reste à déterminer. Le délai que l'Union s'accorde avant de durcir ses mesures ou l’activer certains de ses instruments pourrait ainsi servir le calendrier de négociation de Pékin. Il lui laisse le temps d'aménager les conditions d'accès au marché, tandis que ses constructeurs consolident leur implantation industrielle en Europe.
2. Statistiques : Pékin adapte les critères de sa propre performance économique
J’avais mis de côté ce texte pour la publication des chiffres du PIB chinois du troisième trimestre. Leur annonce est prévue lundi prochain, le 19 octobre.
Le 16 septembre, le Bureau national des statistiques (BNS) a publié le Plan de réforme et de développement de la statistique pour le XVe Plan quinquennal (2026–2030) (统计改革发展“十五五”规划). À quelques jours de la publication du produit intérieur brut (PIB) du troisième trimestre et du Ve plénum du Comité central du PCC, Pékin réaménage son appareil comptable. Cette réforme adapte la collecte des données aux transformations technologiques et ajuste les critères de mesure de l’économie nationale à l’aune de la trajectoire du XVe Plan. Elle entend renforcer la qualité et la crédibilité des chiffres officiels, tout en développant les indicateurs permettant d’évaluer la modernisation économique et l’innovation.
( 4 264 signes ; Mots-clés : Statistiques ; BNS : FMI)
Les points saillants du texte s’articulent autour de quatre axes majeurs :
- La reconfiguration du suivi des indicateurs sensibles (chapitre VI, points 16, 18 et 20 ; chapitre VII, point 23).
- Le plan prévoit d’améliorer les statistiques des nouvelles formes d’emploi et de l’emploi flexible. Il renforce le suivi démographique, les enquêtes sur les travailleurs migrants et la mesure des conditions de vie. Les indicateurs de « prospérité commune » (共同富裕) et d’accès aux services publics complètent l’appréciation des inégalités ;
- La consolidation de la comptabilité unifiée du PIB régional (introduction du chapitre III) :
Le texte confirme la poursuite de l’unification du calcul du PIB des provinces. Cette orientation doit notamment réduire les marges de surévaluation statistique des autorités locales.
- L’intégration des nouveaux facteurs de production (chapitre III, points 5 et 7 ; chapitre V, points 12 et 14)
Pékin prépare la comptabilisation des actifs de données, renforce les statistiques de ses dépenses et améliore le suivi des investissements en logiciels et bases de données. La R&D éligible est déjà comptabilisée comme investissement depuis 2016. Le suivi de l’économie intelligente et de l’IA est également renforcé. Ces éléments immatériels rejoignent les objectifs déclarés de « nouvelle productivité » (新质生产力 ; cf. mémo suivant).
- La révision des indices de prix (chapitre VI, point 17)
La méthodologie de l’indice des prix à la consommation (Consumer Price Index, CPI) et de l’indice des prix à la production (Producer Price Index, PPI) doit évoluer. Le plan prévoit notamment d’intégrer les biens et services liés aux nouveaux modes de consommation, de raccourcir le cycle de changement de base du CPI et de développer les indices de prix des services et ceux correspondant aux différentes étapes de la production.
Commentaire : une autre mesure de la performance
En élargissant la comptabilisation des actifs immatériels, Pékin se donne davantage de moyens de faire apparaître la contribution économique des secteurs qu’il privilégie. Cette évolution peut relever le niveau du PIB mesuré et soutenir le récit d’une transformation productive dans un contexte de crise immobilière.
Parallèlement, la révision des indices de prix intervient dans un contexte où la cohérence des statistiques chinoises est sérieusement contestée. Une analyse de Rhodium Group sur 2024 souligne l’écart entre la croissance affichée, la faiblesse de plusieurs indicateurs de demande et l’ampleur des mesures de soutien. Elle décrit un « biais d’autorité » : Pékin privilégie les indicateurs confortant son récit économique, dont la reprise par les institutions internationales renforce ensuite la crédibilité.
Analyse
La Chine en effet s’appuie sur le cadre international du Système de comptabilité nationale 2025 (SCN 2025 / SNA 2025) pour justifier ses changements de méthodes de calcul et renforcer leur légitimité internationale.
En 2007–2008, le différend sur la sous-évaluation du yuan avait bloqué l’achèvement des consultations au titre de l’article IV du FMI. Leur reprise en 2009 avait été rendue possible par un assouplissement des instructions du Fonds, qui supprimait l’obligation de qualifier formellement le taux de change de « fondamentalement désaligné ». Les services maintenaient leur diagnostic de sous-évaluation, mais le cadre de surveillance avait été adapté pour permettre la poursuite du dialogue avec Pékin.
Les investisseurs européens, qu’ils soient implantés en Chine ou non, ont donc intérêt à retraiter et à croiser les données macroéconomiques officielles pour leurs décisions d’investissement. C’est devenu un exercice nécessaire en soi. Une lecture centrée sur la croissance réelle du PIB risque de sous-estimer la faiblesse de la demande intérieure et les fragilités des revenus des ménages, que les lectures systématiquement favorables aux affaires tendent à minorer.
Les choix stratégiques doivent donc croiser les agrégats nationaux avec des indicateurs sectoriels : consommation d’énergie, volumes et flux de fret, ventes au détail corrigées autant que possible des effets des subventions, revenus, marges et trésorerie des entreprises...
*Note : Le Système de comptabilité nationale 2025 (SCN 2025 / SNA 2025) constitue le cadre international élaboré conjointement par l’ONU, le FMI, la Banque mondiale, l’OCDE et la Commission européenne pour harmoniser la mesure de l’économie. Il actualise le manuel de 2008, notamment en reconnaissant les données comme actifs produits et en précisant le traitement des systèmes d’IA parmi les logiciels. Les logiciels, les bases de données et la R&D éligible étaient déjà reconnus comme actifs. L’application de ces normes peut modifier le PIB mesuré ; sa portée dépend des méthodes de valorisation, des données disponibles et de la cohérence des séries historiques.
Reliés :
- Bulletin n°13 « Le double monopole du BNS : fabriquer de bonnes stats, recadrer les mauvaises »
- Bulletin n°20 « Données chinoises : le piège du Nouvel an statistique »
3. Nouvelle productivité » : le reformatage de l’appareil productif chinois
Le 9 octobre, le Comité central du PCC et le Conseil des affaires d’État ont publié une directive sur la « nouvelle productivité » (新质生产力). Cette expression désigne une amélioration de la productivité et de l’efficience économiques par l’innovation. (Sa traduction littérale en « nouvelles forces productives » obscurcit le sens). Le texte vise à accélérer la valorisation industrielle de la recherche, moderniser l’ensemble du tissu économique, mieux coordonner les initiatives territoriales et mobiliser les ressources internationales au service de la montée en gamme chinoise.
- Relié : bulletin n°6 (24/11/2025 « Des collectivités territoriales en action, mais sous contrôle »
(5 171 signes. Mots-clés : politique industrielle ; innovation)
Résumé analytique
Je retiens du texte quatre idées-forces :
- Orienter l’innovation vers la puissance manufacturière.
Pékin veut que la recherche débouche davantage sur des applications, des gains de productivité – et de compétitivité. Les avantages industriels devront couvrir les technologies de pointe émergentes (IA, spatial, quantique…), mais aussi l'innovation et la numérisation dans l'économie réelle et les industries traditionnelles (métallurgie, chimie, textile, agriculture).
2. Moderniser toute la base économique et préparer les industries futures.
Cette « nouvelle productivité » doit faire monter en gamme l’ensemble de l’appareil productif et préserver ses positions dans la division internationale du travail. Les nouvelles capacités doivent prendre leur place avant le retrait des anciennes, afin de maîtriser la transition.
3. Faire converger les initiatives territoriales vers les priorités nationales.
Le Centre entend freiner la course provinciale aux mêmes secteurs prometteurs, les investissements de prestige. L’initiative locale demeure un moteur du développement, avec une exigence accrue de cohérence nationale et de complémentarité entre régions.. L’évaluation et le suivi s’effectueront au niveau Bureau de la Commission centrale des affaires financières et économiques (中央财办) et de la Commission nationale du développement et de la réforme (NDRC).
4. Mobiliser les ressources mondiales pour renforcer les capacités chinoises.
Capitaux étrangers, coopération scientifique, technologies, compétences et marchés internationaux doivent, explicitement dans le texte, nourrir la montée en gamme chinoise. Le §17 articule cette ouverture avec la recherche « d’autonomie technologique». Les partenaires étrangers sont donc appelés à contribuer à un système d’innovation dont le Centre fixe les priorités, les objectifs et la finalité.
Traduction du paragraphe 17 :
(17) Mobiliser et répartir à l’échelle mondiale les facteurs de production avancés.
Etendre notre ouverture extérieure de haut niveau, développer les débouchés sur les marchés mondiaux et en tirer pleinement parti. Encourager les zones pilotes de libre-échange à réunir des facteurs de production avancés, nationaux et étrangers, en tenant compte de leurs caractéristiques géographiques, de leurs ressources et de leurs atouts industriels.
Mettre à profit les différents mécanismes de coopération multilatérale et bilatérale pour promouvoir la création conjointe de parcs scientifiques et technologiques, de laboratoires conjoints dans le cadre des « nouvelles routes de la soie », centres internationaux de promotion et d’application des technologies avancées *; construire activement un réseau mondial de coopération en matière d’innovation.
Prendre la direction de programmes et de grands projets scientifiques internationaux, et y participer activement. Encourager les organismes étrangers de capital-risque, les organisations internationales de normalisation et d’autres acteurs à développer leurs activités en Chine. Établir un mécanisme efficace, pratique et sûr de circulation transfrontière des données.
*Encart : Les « centres internationaux de promotion et d’application des technologies avancées » (国际先进技术应用推进中心) constituent une famille de plateformes soutenues par la NDRC. Au moins cinq centres sont déjà opérationnels : dans le Hefei (2022), à Shanghai-Pudong (2024), Hengqin (2024), Guangzhou-Nansha, dit « Grande Baie » (2024), et à Shenzhen (2025). L’utilisation du terme « international » est trompeuse. Ces centres ont un mandat international de la NDRC, et réunissent uniquement des entreprises d'État centrales (央企), des fonds souverains ou locaux, dans des parcs technologiques d'État (ex. Zhangjiang à Shanghai) et des instituts de recherche nationaux. Ils fonctionnent comme autant de guichets d'importation de technologies. Le centre de Pudong a formalisé en juillet 2024 un accord-cadre avec le Hong Kong Productivity Council (HKPC) pour attirer les transferts de technologies et les brevets transfrontaliers via la place financière de Hong Kong. Les centres de Hengqin et de Nansha sont structurés pour utiliser le statut juridique particulier de Hong Kong et Macao afin d'agir comme des « passerelles d'import-export de technologies ». Le cahier des charges officiel du Centre de la Grande Baie (Nansha) stipule explicitement qu'il fonctionne comme un « Centre d'attraction et d'incubation de technologies internationales » (国际先进技术引育中心) en s'associant avec des agences de propriété intellectuelle (IP代理机构) internationales pour acquérir ou licencier des brevets mondiaux.
Commentaire
« L’autonomie technologique » recherchée s’accompagne donc d’une politique pro-active de mobilisation des ressources internationales. Le contraire serait étonnant. Cette politique de captation des ressources et intrants n’a jamais cessé de fonctionner.
A la diffusion du texte, on m’a immédiatement posé la question : est- ce que les entreprises étrangères sont éligibles aux « projets d’entreprise » qui figurent dans son paragraphe 4 :
« Élever, selon les procédures prévues, au rang de projets nationaux les projets de R&D d’entreprise répondant aux besoins stratégiques nationaux ; encourager les entreprises à diriger des missions scientifiques et technologiques nationales ; soutenir les entreprises privées qui en ont les capacités pour qu’elles dirigent de grands projets nationaux visant à surmonter des obstacles technologiques. (将符合国家战略需求的企业研发项目按程序上升为国家项目,鼓励企业牵头国家科技任务,支持有能力的民营企业牵头承担国家重大技术攻关任务)
Une telle possibilité a été réaffirmée, en principe, en 2023, notamment dans une directive du Conseil des Affaires d’Etat (国发2023 11号), sans qu’elle ne vienne préciser (dans sa version rendue publique) l’ensemble des conditions et, surtout, des termes de référence contractuels et la base juridique. Elle existe déjà par l’intermédiaire, notamment d’une filiale ou d’un centre de R&D établi en Chine mais sa faisabilité dépendra du secteur, de sa localisation en Chine et du niveau de priorité accordé au projet.
4. Pékin refuse de faire du yuan un instrument du rééquilibrage commercial
Le 8 octobre, la Banque populaire de Chine (PBoC, la banque centrale) publie en chinois et en anglais une « déclaration sur sa politique de change » (关于人民币汇率的政策立场). Sa publication coïncide avec l’ouverture à Pékin des consultations commerciales UE-Chine conduites par Maroš Šefčovič. Elle intervient après plusieurs mois de critiques européennes et américaines sur la sous-évaluation du yuan. La PBoC avance dans le texte que la Chine n’a « ni besoin ni intention » de déprécier sa monnaie pour favoriser ses exportations. Elle affirme également ne fixer aucun niveau cible pour le taux de change ni intervenir sur sa tendance de long terme, tout en reconnaissant pouvoir intervenir dans des circonstances exceptionnelles pour prévenir une dépréciation désordonnée.
( 3 883 signes. Mots-clés : banque centrale ; yuan ; FMI)
Plaidoyer pro domo
Le texte défend le régime en vigueur depuis 2005 : un change flottant géré, fondé sur l’offre et la demande et ajusté par référence à un panier de devises (参考一篮子货币进行调节、有管理的浮动汇率制度). La PBoC affirme ne fixer aucun niveau cible et ne pas peser sur la tendance de long terme. Elle dit avoir renoncé à l’intervention routinière après 2017, mais se réserve toutefois le droit d’agir face aux chocs, comme lors du Covid ou de la guerre tarifaire d’avril 2025, pour enrayer une dépréciation brutale et les comportements moutonniers du marché (羊群效应).
À l’appui de sa défense, le texte aligne les chiffres de l’appréciation : +23 % face au dollar depuis la réforme de 2005, +9 % depuis 2025. Ces évolutions ne suffisent toutefois à démontrer ni l’absence de sous-évaluation du cours actuel ni l’absence d’influence publique sur sa formation. Il soutient aussi que la compétitivité chinoise repose sur l’industrie, la montée en gamme et l’intégration aux chaînes de valeur, et que les exportations sont devenues moins sensibles au change.
Il s’en prend ensuite à l’évaluation du Fonds monétaire international (FMI), l’External Balance Assessment (外部平衡评估). Il en conteste la méthode et dénonce l’usage de ses résultats comme « fondement officiel » d’une sous-évaluation du yuan. Il insiste enfin sur la responsabilité des pays déficitaires dans les déséquilibres mondiaux, tout en reconnaissant que les pays excédentaires doivent développer leur consommation et leur investissement. Deux portraits-robots transparaissent sans être nommés : l’émetteur de la monnaie de réserve, les États-Unis, dont les déficits soutiennent une consommation élevée, et des économies européennes pénalisées par l’énergie chère et la rigidité réglementaire ; le second portrait peut notamment évoquer l’Allemagne.
Pékin promet davantage de transparence : dès 2027, la Chine fournira au FMI plus de données sur les opérations de change. Elle rappelle aussi ses engagements pour soutenir la demande intérieure, la consommation et l’investissement.
Commentaire
Des responsables européens reprochent à Pékin de maintenir le yuan trop bas. Entre le 2 janvier et le 8 octobre, il a gagné environ 9,3 % face à l’euro. Mais cette hausse ne règle pas la question : pour évaluer une sous-évaluation, il faut aussi comparer l’évolution des prix en Chine et chez ses partenaires. La PBoC ne cite pas cette hausse face à l’euro. Son message reste clair : pour Pékin, négocier une appréciation du yuan pour rééquilibrer les échanges n’est pas à l’ordre du jour.
Pékin récuse ainsi une correction du déséquilibre commercial fondée sur une appréciation négociée de sa monnaie. Si le texte ne nomme pas l’Union européenne, sa publication à l’ouverture des consultations UE-Chine peut se lire comme une réponse au débat européen sur la sous-évaluation du yuan, notamment soulevé dans le non-papier franco-allemand du 5 octobre (cf. mémo infra). Pékin dit en substance aux européens : 除了汇率之外,什么都可以谈 ! On peut parler de tout, sauf du taux de change.
Pourtant :
- En juin, Friedrich Merz avait déjà évoqué une sous-évaluation du yuan pouvant atteindre 30 %. Dans son rapport publié en février 2026, le FMI estimait la sous-évaluation du taux de change effectif réel chinois entre 12,1 % et 20,7 %, avec un point central de 16,4 %.
- Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), a appelé le 22 juin dernier les dirigeants mondiaux à débattre des déséquilibres excessifs, y compris de leur dimension monétaire et de la sous-évaluation du yuan. (Elle a toutefois écarté l’idée d’un nouvel accord du Plaza).
- Le 29 janvier, le Trésor américain a jugé le yuan « substantiellement sous-évalué » et demandé à la Chine de le laisser s’apprécier. Il a également pointé le manque de transparence chinois et averti qu’il pourrait désigner la Chine comme manipulatrice si des éléments montraient qu’elle intervenait pour freiner l’appréciation du renminbi. Cet avertissement a été réitéré le 23 juillet. Le 30 août, dans un entretien à Reuters à la veille du G20, Scott Bessent a mis en cause l’excédent commercial chinois de marchandises de près de 1 200 milliards de dollars enregistré en 2025.
(Reliés : nos mémos précédents sur le G20)
La fermeté de la PBoC juste avant les négociations européennes signale une ligne plus dure envers l'UE qu'envers les États-Unis, et une politique de change non négociable avec Bruxelles. Fermer la porte à Bruxelles évite que l'Europe rejoigne Washington sur un front monétaire commun anti-yuan. Le levier monétaire étant écarté, le rééquilibrage passera (ou pas) par les instruments commerciaux.
▶ Politique extérieure
5. Recommandations franco-allemandes: quel impact sur la politique de Pékin ?
Avec une semaine de recul et une fois passées les consultations à Pékin, comment la Chine pourrait-elle réagir, sans préjuger des décisions qui pourraient être prises à l’issue du Conseil européen des 15 et 16 octobre ? Le 6 octobre 2026, à Pékin, le ministère chinois du Commerce a dénoncé les outils « protectionnistes » proposés par la France et l’Allemagne dans leur non-papier du 5 octobre. Il affirme que « l’interdépendance n’est pas un risque » et met en garde contre une « politisation des échanges ». Pékin pourrait mobiliser son arsenal juridique et adapter l’organisation de ses filières pour préserver ses débouchés. Le risque pour l’Europe serait de diversifier ses achats et sa production tout en conservant les dépendances essentielles.
Ce non-papier franco-allemand est venu opportunément renforcer la position du commissaire européen au Commerce et à la Sécurité économique, Maroš Šefčovič, avant sa visite à Pékin, et aussi annoncer un possible durcissement des instruments européens.
Pour anticiper les réponses chinoises des semaines à venir, le non-papier a été d’abord traduit en chinois institutionnel « CCP friendly» puis relié aux textes officiels concernés (MOFCOM, SAMR, MIIT, NDRC…).
L’analyse qui en ressort est une interprétation analytique :
- d'une lecture chinoise possible du document franco-allemand,
- des instruments en vigueur ou à venir auxquels il renvoie dans le corpus administratif et règlementaire chinois
- des contre-mesures et ajustements ( dont les contournements) possibles
- des principaux risques, par contrecoup, pour l’Europe
Bien sûr, cette analyse tranche avec le compte-rendu officiel chinois et la déclaration jointe. Il sera intéressant de revenir sur les écarts constatés dans quelques semaines.
Lecture chinoise du non-papier franco-allemand
Voici la lecture que pourrait en faire l’administration chinoise, reconstituée à partir de ses textes et de ses instruments :
1. Les Européens ont identifié plusieurs de nos possibilités d’adaptation : implantation dans les pays tiers, déplacement entre catégories de produits et maintien des dépendances malgré une diversification géographique. Le non papier prévoit également de prendre en compte la nationalité des acteurs et d’anticiper les représailles.
2.ll s’agit principalement d’une tentative de réduire l’efficacité de notre combinaison entre exportations, implantation à l’étranger et maîtrise des technologies essentielles. Il faut examiner les débouchés menacés, les possibilités de préserver l’accès au marché européen le plus ouvert possible et les moyens d’augmenter le coût politique du durcissement européen.
3.Le point le plus sensible serait le paragraphe 4, rapproché des paragraphes 8 et 9 : mesurer les concentrations selon la nationalité des acteurs, prévenir les contournements par les pays tiers et réguler l’accès au marché.
4. Leur portée dépend toutefois des critères et dispositions finalement adoptés. Il faut les infléchir pendant leur préparation par la Commission, puis lors des négociations entre le Conseil de l’Union européenne et le Parlement européen, selon la procédure applicable.
( 5 288 Signes. Mots-clés : MOFCOM ; investissement ; sécurité économique ; NDRC)
Les contre-mesures : un arsenal disponible, en cours de renforcement
Pékin dispose de plusieurs bases législatives et administratives. Petit rappel de l’arsenal sur étagère
Pour une lecture plein écran : dispositifs chinois et leurs usages possibles face aux instruments européens.
Un point mérite une attention particulière : le projet de révision des mesures (对外投资管理办法) sur les investissements extérieurs de la NDRC, qui préciserait les moyens de surveillance et de protection prévus par le règlement du Conseil des affaires d’État sur les investissements extérieurs.
Son article 53 imposerait un signalement immédiat de demandes de transferts de technologies, de données ou de cession d’actifs qui « menaceraient ou porteraient atteinte aux intérêts nationaux et à la sécurité nationale ».
L’article 54 permettrait à la NDRC, sur demande de l’investisseur chinois, de répondre aux mesures jugées discriminatoires en interdisant ou en limitant les investissements en Chine des acteurs étrangers concernés, ainsi que leurs transactions et coopérations avec des acteurs établis en Chine.
L’article 55 étend cette capacité de réponse aux restrictions « discriminatoires » prises par des États ou des organisations internationales, lorsqu’elles sont jugées contraires au « droit international et aux principes fondamentaux des relations internationales ». Ces prérogatives permettraient de contester un large éventail d’exigences affectant les investissements chinois et d’exposer les acteurs européens concernés à des restrictions sur leurs activités en Chine.
Ce texte reste en cours d’examen (la période de consultation publique est close depuis le 20 septembre). Aucune échéance officielle d’adoption ou d’entrée en vigueur n’a été identifiée.
Les « adaptations » et possibles nouveaux contournements
Plus généralement, les principales administrations (MIIT, MOFCOM, NDRC, MOST…) qui orientent et encadrent les stratégies des entreprises, voudront réorienter une partie de leur positionnement général, autour de deux principes majeurs :
a) Localiser la production tout en conservant les dépendances essentielles.
Cet ajustement pourrait continuer de satisfaire les critères de localisation ou de diversification tout en maintenant les dépendances que ces règles cherchent à réduire :
· Pékin pourrait soutenir les implantations de ses entreprises dans des pays tiers ou dans l’Union européenne, tout en encadrant les transferts technologiques, ce que le texte de la NDRC préparerait. Les entreprises chinoises y développeraient une production réelle, si nécessaire avec des partenaires locaux, mais en conservant la main sur les composants, les équipements et les savoir-faire (procédés…).
· Dans un pays tiers, elles chercheraient à bénéficier d’une origine douanière locale et des conditions d’accès correspondantes, lorsque les règles le permettent. Les achats européens se diversifieraient géographiquement, tandis que les nouvelles usines resteraient tributaires de certains apports chinois, faisant tourner les mêmes usines en Chine.
· Dans l’Union européenne, ces implantations en dur (greenfield ou en reprise de sites) créeraient des emplois et mobiliseraient des fournisseurs locaux, mais une simple participation chinoise minoritaire, même en deçà des seuils déclenchant un suivi, pourrait sécuriser contractuellement les licences et services difficiles à remplacer. L’article 13 du décret 837 encadre déjà les transferts réalisés par assistance technique, formation ou déplacement de personnels.
b) Déplacer les soutiens et les positions dominantes vers l’amont
L’entreprise manufacturière chinoise directement exposée aux règles européennes présenterait moins de soutiens publics ou de liens capitalistiques chinois visibles, mais continuerait cependant de bénéficier de soutiens, moins traçables, et à des conditions toujours aussi avantageuses. Leur identification et leur attribution exigeraient de remonter jusqu’aux fournisseurs.
Risques prioritaires pour l’Europe
- La production européenne resterait durablement dépendante des technologies et des services chinois.
- La diversification engagée auprès de plusieurs pays et fournisseurs alternatifs s’opèrerait autour d’un même écosystème amont chinois.
- Les pressions directes seraient déportées sur les entreprises européennes. Les différentes autorités chinoises, voire leurs partenaires, leur demanderaient d’obtenir de Bruxelles un assouplissement des règles de dérisking. C’est déjà largement le cas, cela le serait davantage encore.
Analyse : qui paierait, in fine, ce grand ajustement ?
Si les règles européennes envisagées entraient en vigueur et étaient effectivement appliquées, le dispositif légal et règlementaire chinois serait sur le reculoir.
Toutefois, Pékin pourrait d’abord maintenir ses objectifs industriels et technologiques en faisant supporter l’ajustement à ses propres entreprises (marges réduites, investissements supplémentaires, pertes ou réorientation coûteuse des débouchés…). Cela a été observé pour ce qui concerne le marché américain (Implantations chinoises au Mexique…), tout en préservant les filières prioritaires.
Nous l’avions aussi constaté concernant la question de la surcapacité industrielle dans notre mémo, Bulletin n°37 « Pékin fait payer aux entreprises sa propre politique de surcapacités ».
Face au durcissement européen, Pékin pourrait suivre une même logique en maintenant ses objectifs et exiger de ses entreprises qu’elles absorbent une partie du choc. L’Europe pourrait donc faire effectivement reculer le dispositif chinois de plusieurs crans, obtenir quelques engagements vagues, mais sans obtenir une révision de ses orientations.
Le seuil décisif serait celui où les coûts économiques, même reportés ou compensés, amèneraient Pékin à reconnaitre qu’il n’atteindra pas les objectifs qu’il s’était fixés. Une gageure.
D’autant que les instruments européens ne sont pas tous opératoires et que Pékin conserve des marges de manœuvre financières, budgétaires et vis-à-vis de ses entreprises. Pékin dispose encore, à ce rythme et dans le contexte décrit ici, du temps devant lui avant d’être réellement acculé dans ses retranchements.
6. UE–Chine : le Parlement se joint aux pressions sur Pékin
Le 7 octobre, le Parlement a adopté par 454 voix contre 86, avec 110 abstentions, la recommandation d’Hilde Vautmans sur les relations politiques UE–Chine (Recommendation on EU-China political relations). Ce texte d’initiative, politiquement significatif mais juridiquement non contraignant, demande notamment :
- une réduction des dépendances critiques et une meilleure protection des technologies et infrastructures ;
- davantage de réciprocité économique et de fermeté face aux distorsions chinoises ;
- des sanctions contre les entreprises chinoises qui fournissent à la Russie des biens contribuant à son effort de guerre
- l’opposition à toute modification du statu quo par la force ou la coercition
( 1 344 signes. Mots-clés : Parlement européen ; UE-Chine ; Russie)
La Mission chinoise auprès de l’UE a dénoncé un texte empreint de « biais idéologique », accusant le Parlement de s’ingérer dans les affaires intérieures chinoises :
Le 7 octobre, le Parlement européen a publié un rapport sur les relations politiques entre l’Union européenne et la Chine. Quelle est la réaction de la Chine ?
Réponse : Le rapport du Parlement européen est empreint de préjugés idéologiques et de discours erronés concernant la Chine. Il pointe du doigt la Chine sur des questions relatives à Taïwan, Hong Kong, Macao, le Xinjiang, le Tibet et les droits de l’homme, s’ingérant de manière flagrante dans les affaires intérieures de la Chine, en donnant une place excessive aux considérations de sécurité dans les questions économiques et commerciales. La partie chinoise exprime son profond mécontentement et sa ferme opposition à cet égard, et a adressé des protestations solennelles à la partie européenne.
Commentaire
Ce vote renforce la position de la Commission dans ses discussions avec Pékin : une large majorité parlementaire réclame des résultats sur l’accès au marché et la réduction des dépendances européennes. Il rappelle aussi que la relation UE–Chine se joue sur plusieurs fronts, du commerce au soutien chinois à la Russie, en passant par Taïwan et les droits humains. Les concessions commerciales de Pékin seront donc appréciées dans un contexte politique plus large. Adopté selon un calendrier propre au Parlement, ce texte apporte de fait un appui politique aux démarches de Maroš Šefčovič et d’Emmanuel Bonne, sans préjuger des arbitrages du Conseil européen.
7. UE–Chine : le temps des déclarations
Les 8 et 9 octobre 2026, à Pékin, le ministre chinois du Commerce (MOFCOM), Wang Wentao, et le commissaire européen au Commerce et à la Sécurité économique, Maroš Šefčovič, ont tenu la deuxième réunion de leurs consultations sur le commerce et les investissements (TIC). Leur déclaration comporte seize points de portée inégale : ententes, démarches concrètes et poursuite de discussions. De nouvelles discussions se tiendront en janvier, autour d’une visioconférence ministérielle, puis en mars 2027. Le MOFCOM présente ces résultats comme une stabilisation de la relation et une protection des débouchés chinois.
Documents :
- Joint Statement at the second meeting of the EU-China Trade and Investment Consultations (Traduction en Francais, annotée)
Lecture chinoise
Les comptes rendus chinois mettent en avant la prévention d’une escalade et un rééquilibrage des échanges « par le haut », et par l’élargissement réciproque des débouchés. Sur l’automobile, Pékin revendique la préservation des intérêts de ses exportateurs et attend de Bruxelles qu’elle fasse avancer les procédures relatives aux engagements de prix des entreprises et aux réexamens des mesures antisubventions concernant les véhicules électriques. Le MOFCOM insiste aussi sur les licences européennes de biens à double usage destinés à la Chine et sur le traitement des demandes chinoises en propriété intellectuelle.
Compte rendu (intéressant) de Maroš Šefčovič à la presse, le 9 octobre :
- Transcription intégrale traduite en français.
- Son intervention en anglais en vidéo (Youtube)
Commentaire
Chacun souligne les résultats attendus de l’autre.
Bruxelles valorise la modération des exportations chinoises d’hybrides, l’amélioration de l’accès au marché chinois et la facilitation des licences pour les terres rares. Pékin privilégie la stabilisation et la protection de ses débouchés.
Ce cadrage rappelle celui adopté après le sommet avec Washington de septembre, présenté par la diplomatie chinoise comme ouvrant une relation de « stabilité stratégique ».
Relié : Bulletin n°42, « Visite de Xi Jinping aux États-Unis : que reste-t-il du « Consensus de Busan » ? »
Deux points :
- Sur les contrôles des exportations, le point 12 rapproche les facilitations chinoises pour les terres rares et les aimants permanents du traitement européen de licences prioritaires de biens à double usage, utilisables à des fins civiles et militaires. Les produits et bénéficiaires européens concernés restent à préciser. La réciprocité affichée peut ainsi recouvrir des dépendances différentes. Si Pékin conditionnait ses propres « facilitations » à la délivrance d’autorisations européennes, les terres rares serviraient encore de levier de négociation.
- Sur la question des véhicules hybrides rechargeables, après quelque flottement dans l’interprétation des déclarations de Maroš Šefčovič qui a estimé que l’entente pourrait réduire de plus de moitié les exportations chinoises de véhicules hybrides vers l’UE, soit retrancher plusieurs millions de véhicules en quatre ans, le MOFCOM précise les termes de référence : la comparaison ne porte pas sur 2025, mais sur la trajectoire attendue sans les restrictions. En effet, le 12 octobre, lundi, il indique, sur la base de données d’Eurostat, que les importations sont passées de 107 000 véhicules en 2024 à 302 000 en 2025 et que l’arrangement prévoit leur progression à partir de ce dernier niveau.
Selon les paramètres rapportés par la presse, le contingent initial serait d’environ 350 000 véhicules, contre près de 800 000 attendus en 2026, puis augmenterait de 6 % par an pendant trois ans. Les flux resteraient donc supérieurs à ceux de 2025, tout en étant réduits de plus de moitié par rapport au scénario tendanciel.
Cependant, le contingent initial d’environ 350 000 véhicules et sa hausse annuelle de 6 % ne figurent dans aucun texte officiel publié : ils ont été rapportés par le Financial Times et le Wall Street Journal sur la foi de responsables européens anonymes, et par Bloomberg à partir d’un document de planification consulté par l’agence. Ces paramètres doivent donc être considérés comme solides et concordants, mais encore provisoires jusqu’à la publication de la mesure européenne.
En ce qui concerne les véhicules hybrides, les deux parties ont souligné et confirmé trois principes fondamentaux. Premièrement, le respect des faits. Selon les données d’Eurostat, l’Union européenne a importé 107 000 véhicules hybrides en provenance de Chine en 2024, et 302 000 en 2025. Les deux parties sont parvenues à un accord prévoyant une augmentation par rapport au niveau de 2025, afin de garantir aux entreprises chinoises des débouchés à l’exportation et une croissance stable, tout en tenant compte des préoccupations légitimes et fondées sur la réalité des industries des deux parties (商务部新闻发言人就中欧混动汽车、电动汽车磋商共识答记者问)
Cette mesure de sauvegarde européenne, prévue pour quatre ans, doit encore être approuvée par les États membres. Restent également à préciser son calendrier, le volume global et sa répartition entre pays, ainsi que le traitement des dépassements.
Analyse
Quatre points :
- La menace de durcissement renforcée par le non-papier franco-allemand du 5 octobre a peut-être contribué à la bonne tenue des discussions. Son effet reste à mesurer, car les discussions ne portaient pas sur les instruments en place ou en gestation. Les arrangements annoncés peuvent néanmoins produire des effets sur le commerce, mais leur capacité à modifier les mécanismes qui entretiennent ces distorsions et les dépendances européennes devra être évaluée séparément et ultérieurement.
- L’Union européenne semble avoir obtenu un premier résultat diplomatique : faire prendre en considération ses demandes et fixer un calendrier de suivi. La Commission doit désormais présenter ces avancées au Conseil européen des 15 et 16 octobre, alors que plusieurs dossiers restent au stade des consultations. Pékin peut ainsi attendre les décisions de Bruxelles avant d’ajuster sa réponse.
- Eu égard à ce calendrier resserré, les Européens pourraient être incités à différer eux aussi certaines mesures pour laisser sa chance à la négociation, jusqu’en janvier, voire mars 2027. Cette dernière échéance se situe après le Nouvel An chinois et pendant la période habituelle des sessions annuelles du Parlement chinois (l’Assemblée nationale populaire - ANP la Conférence consultative politique du peuple chinois – CCPPC). L’échéance européenne d’octobre pourrait donc déboucher sur plusieurs mois supplémentaires de négociation.
La visite en Chine du Sherpa d’Emmanuel Macron en Chine, Emmanuel Bonne, du 10 au 13 octobre, au lendemain des discussions sino-européennes, permet de clarifier les positions chinoises sur les dossiers stratégiques et de mieux préparer le Conseil Européen des 15 et 16 octobre (cf. mémo suivant).
↑ Retour au sommaire8. Emmanuel Bonne reçu avec déférence en Chine boucle une séquence diplomatique intense
Le conseiller diplomatique d’Emmanuel Macron, Emmanuel Bonne, a co-présidé, le 10 octobre, une nouvelle session du Dialogue stratégique franco-chinois à Datong avec le directeur du bureau de la Commission centrale des affaires étrangères du Parti communiste chinois et ministre des Affaires étrangères chinois, M. Wang Yi.
Compte-rendu officiel français (Ambassade de France en Chine, le 12 octobre)
Ayant évoqué l’ensemble des aspects de la relation bilatérale, ils sont convenus de l’importance pour nos deux pays de continuer à entretenir un dialogue de haut niveau régulier, via les mécanismes de concertation existant entre autorités françaises et chinoises.
Les deux parties ont échangé sur la relation entre l’Union européenne et la Chine et leur objectif de construire ensemble des partenariats tournés vers l’avenir. La partie française a souligné la nécessité de corriger les déséquilibres économiques actuels et exprimé son soutien au dialogue sino-européen en vue de rechercher des solutions assurant un rééquilibrage par le haut des échanges entre l’Europe et la Chine. La France a renouvelé son souhait d’accueillir davantage d’investissements industriels d’entreprises chinoises créateurs de croissance et d’emplois.
Le conseiller diplomatique a appelé à continuer les travaux en faveur d’une gouvernance mondiale pour une IA responsable et sûre. Il a appelé à rehausser l’ambition mondiale en amont d’échéances majeures telles que la COP17 sur la biodiversité et la COP31 sur le changement climatique. Sur chacun de ces sujets, les deux parties ont réaffirmé leur volonté de poursuivre leur dialogue.
S’agissant de la guerre d’agression russe contre l’Ukraine, le conseiller diplomatique a rappelé la détermination de la France et de l’Europe à obtenir une paix juste et durable pour l’Ukraine. Il a souligné l’irresponsabilité de la Russie qui, confrontée à des difficultés croissantes, intensifiait ses frappes sur les cibles civiles, imposait un blocus en mer Noire et multipliait ses attaques hybrides sur le territoire même de l’Union européenne. Il a souhaité que la Chine apporte une contribution décisive au lancement de négociations.
Les deux parties ont évoqué la situation au Moyen-Orient, qui était un sujet crucial pour la stabilité et la prospérité en Europe et en Asie. Elles ont appelé à la réouverture du détroit d’Ormuz./.
Compte-rendu officiel chinois ((中法举行战略对话)
Extraits*
*Je ne conserve que les passages où la Chine exprime ses positions, et retranche ceux qui prêtent certains propos à la partie française, car ils se montrent souvent partiels, exagérés, ou dénaturés par rapport aux propos réellement prononcés :
Wang Yi a indiqué que la Chine souhaitait maintenir les échanges de haut niveau avec la France, amplifier et consolider les coopérations traditionnelles dans l’aéronautique, l’espace et l’énergie nucléaire, développer la coopération dans de nouveaux domaines tels que l’industrie manufacturière avancée, les technologies vertes et bas-carbone et l’intelligence artificielle, et approfondir les échanges dans les domaines de l’éducation, de la culture, de la jeunesse, du sport et entre collectivités territoriales.
La Chine espère que la France fournira un soutien politique et un environnement favorable aux entreprises chinoises souhaitant investir et développer leurs activités en France. La Chine et la France sont toutes deux de grandes puissances attachées à l’indépendance et au multilatéralisme. Elles doivent continuer à renforcer leur communication et leur coordination dans le cadre des Nations unies, promouvoir conjointement la mise en œuvre des quatre initiatives mondiales proposées par le président Xi Jinping et œuvrer ensemble à la construction d’un système de gouvernance mondiale plus juste et plus équitable.
La question de Taïwan touche à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Chine. La Chine espère que la France respectera son engagement en faveur de la politique d’une seule Chine et préservera ainsi le fondement politique des relations franco-chinoises.
Wang Yi a souligné que la confiance constituait la tonalité fondamentale et le socle des relations sino-européennes, tandis que les différends économiques et commerciaux n’étaient qu’un phénomène passager. Les deux parties doivent conserver leur positionnement de partenaires et leur orientation générale en faveur de la coopération, replacer les questions commerciales à leur juste place dans l’ensemble de la relation sino-européenne, favoriser une situation gagnant-gagnant et éviter une situation perdant-perdant, afin de parvenir à un « rééquilibrage par le haut » plutôt qu’à un « rééquilibrage par le bas ».
( 2 658 signes. Mots-clés : relation franco-chinoise)
Commentaire
Deux points, surlignés par moi dans le texte :
- Le compte rendu chinois prête à E. Bonne une appréciation positive des quatre « initiatives globales ». Le compte-rendu de l’Ambassade de France ne les évoque pas. Que la France les promeuve aux côtés de la Chine serait pour le moins étonnant.
- Le compte rendu chinois confirme explicitement que la réunion ne se limitait pas aux rapports franco-chinois. Wang Yi a demandé que les différends commerciaux soient maintenus à leur « juste place » dans la relation, c’est-à-dire circonscrits le plus possible et sans effets de bord sur le volet politique et stratégique.
Le 13 octobre, Emmanuel Bonne a également rencontré le vice-Premier ministre He Lifeng, chef de file chinois des négociations économiques et commerciales avec Washington. L’entretien a porté principalement sur les relations économiques UE–Chine.
Analyse
On ne sait quel était le périmètre (nombre d’Etats de l’Union soutenant la démarche française, les dossiers couverts), et le contenu consolidé (les positions proprement dites) de la mission d’E. Bonne, mais l’UE et probablement une large majorité des Etats membres, ont administré à la Chine un combo diplomatique inédit :
- Le non-papier franco-allemand du 5 octobre propose de renforcer les moyens européens face aux déséquilibres et aux distorsions de concurrence. Il donne un soutien politique supplémentaire à la Commission et signale à Pékin les instruments susceptibles de prolonger la négociation.
- Les consultations conduites par Maroš Šefčovič les 8 et 9 octobre cherchent à traduire cette pression en résultats commerciaux. Les premières ententes fournissent à la Commission des éléments à présenter aux dirigeants européens, tandis que leur portée dépend encore des modalités d’application.
- La recommandation du Parlement européen du 7 octobre élargit les exigences adressées à Pékin. Elle rapproche les dépendances économiques des questions de sécurité, du soutien chinois à la Russie et des différends politiques.
La pression sur Pékin est tous azimuts. Désavantage pour l’UE : il faut faire vite pour identifier les points d’avancement, les leurres et chausses-trappes, et l’expliquer aux 27 en quelques jours.
Cette pression n’empêche pas Pékin de continuer à vouloir compartimenter : dénonciation politique du Parlement d’un côté, négociation « pragmatique » avec la Commission et les États membres de l’autre, une pression générale que dénonce d’ailleurs la presse alignée chinoise (欧盟高官来华磋商,中方呼吁平等对话,对华施压无助缓解中欧经贸分歧).
Cette lecture synthétique des événements révèle, en creux, ce que la Chine cherche précisément à gommer : les affaires commerciales ne constituent qu’une dimension d’un dialogue politico-stratégique plus large, qui devra déterminer leur bonne tenue et leurs modalités.
L’ordre du jour public du Conseil européen qui s’ouvre aujourd’hui jeudi évoque la compétitivité et les « déséquilibres macroéconomiques mondiaux », avec la question énergétique, sans consacrer formellement une rubrique autonome à la Chine. Tout indique toutefois qu’elle sera servie et resservie au menu des discussions.
9. Taïwan, terrain d’essai de la loi anti-sanctions
Le 12 octobre, à Pékin, le ministère chinois des Affaires étrangères a sanctionné Francis Fonseca, ministre des Affaires étrangères du Belize, et Gustavo Villate, ministre paraguayen des Technologies de l’information et de la communication. Les deux décisions leur reprochent de soutenir le maintien de relations diplomatiques avec Taïwan. Elles ordonnent le gel de leurs biens en Chine, l’interdiction des transactions et coopérations avec eux, ainsi que leur exclusion du territoire chinois, Hong Kong et Macao compris. Ces mesures, immédiatement applicables, reposent sur la loi contre les sanctions étrangères de 2021 et non sur la Loi anti-sécession.
( 5 220 signes ; Mots-clés : Taïwan ; Bélize ; Paraguay ; Japon )
Les décisions ministérielles nos 21 et 22 appliquent le même dispositif aux deux responsables jugés fautifs. Le passage suivant est traduit de celle concernant Francis Fonseca :
« Afin de défendre la souveraineté, la sécurité et les intérêts de développement de l’État, de s’opposer aux agissements sécessionnistes visant à l’“indépendance de Taïwan”, et conformément aux articles 3, 4, 6, 9 et 15 de la Loi de la République populaire de Chine contre les sanctions étrangères, la partie chinoise décide d’appliquer les contre-mesures suivantes à Francis Fonseca, ministre du Belize chargé des Affaires étrangères, du Commerce extérieur, de l’Éducation, de la Culture, des Sciences et des Technologies :
Geler ses biens mobiliers, immobiliers et toutes autres catégories de biens situés sur notre territoire ;
Interdire aux organisations et aux personnes se trouvant sur notre territoire toute transaction, coopération ou autre activité avec lui ;
Lui refuser la délivrance d’un visa et lui interdire l’entrée sur notre territoire, y compris à Hong Kong et à Macao. » (关于对伯利兹外交、外贸、教育、文化、科学和技术部长丰塞卡采取反制措施的决定
Le Belize et le Paraguay entretiennent des relations diplomatiques avec Taïwan depuis respectivement 1989 et 1957.
Francis Fonseca a reçu au Belize le ministre taïwanais des Affaires étrangères, Lin Chia-lung, lors de sa visite du 28 au 30 septembre. Il a réaffirmé le soutien de son gouvernement à la participation internationale de Taïwan. Les deux parties ont signé un communiqué conjoint et un accord de formation et d’échanges entre personnels diplomatiques. La visite associait une délégation d’entreprises à l’approfondissement de la coopération bilatérale.
Gustavo Villate défend une coopération technologique structurante avec Taïwan. En mars, au forum Yushan, à Taïwan, il avait appelé les démocraties à renforcer leurs alliances dans le domaine numérique. Le 18 juin, au Paraguay, il a discuté avec le vice-ministre taïwanais Chen Ming-chi du projet de centre de calcul d’intelligence artificielle souveraine. Un mémorandum avait été signé en mai pour associer les ressources électriques paraguayennes aux compétences technologiques taïwanaises.
Commentaire
Pékin cible deux responsables contribuant activement à rendre les liens avec Taïwan durables et opérationnels. Il adresse également un avertissement aux responsables des autres alliés de Taipei sans détailler les actes particuliers pouvant qualifier leur caractère illégal au regard du droit et de la législation chinois. Aucun des deux communiqués n’allègue une sanction préalable décidée par le Paraguay ou le Belize à l’encontre de la Chine.
De plus, la loi invoquée par Pékin n’est pas la Loi anti-sécession qui qualifie les actions et positions pour l’indépendance de Taïwan, mais la Loi anti-sanctions de 2021 que brandit Pékin ici. Cela change la portée de sa décision et notamment l’articulation entre les articles 3 et 15 de cette loi anti-sanctions invoquée dans les communiqués du ministère chinois des Affaires étrangères.
- L’article 3 affirme l’opposition chinoise à l’ingérence et prévoit des contre-mesures face aux restrictions étrangères discriminatoires.
- L’article 15 élargit l’application de la loi aux États, organisations ou personnes qui mettent en œuvre, assistent ou soutiennent des actes portant atteinte à la souveraineté, à la sécurité ou aux « intérêts de développement » chinois.
Leur articulation permet de sanctionner un comportement ou une prise de position sans sanction étrangère préalable contre la Chine. Les autorités disposent d’une grande latitude pour qualifier ce comportement d’atteinte à la souveraineté, à la sécurité ou aux intérêts de développement chinois (发展利益).
Relié : Bulletin n°44 « Au sujet des intérêts de développement chinois »
Analyse
La diffusion de ces communiqués, deux jours après la fête nationale taïwanaise du samedi 10 octobre, amplifie le signal adressé aux alliés de Taipei.
En mobilisant la loi contre les sanctions étrangères, Pékin donne un fondement juridique interne à une pression sur les choix diplomatiques d’États tiers et transforme le maintien de relations avec Taïwan en motif de sanctions personnelles. Ce glissement met directement sous pression l’autonomie des États dans la conduite de leur politique extérieure, protégée par le principe de non-intervention dont Pékin se réclame lui-même.
Un précédent existe. Le 15 décembre 2025, Pékin avait sanctionné Shigeru Iwasaki, ancien chef d’état-major interarmées des Forces d’autodéfense japonaises, après sa nomination comme conseiller du gouvernement taïwanais. La décision invoquait également l’article 15 de la loi contre les sanctions étrangères. Pékin a également sanctionné, le 30 mars 2026, le député japonais Keiji Furuya, lui reprochant ses visites répétées à Taïwan et ses liens avec les forces qualifiées d’« indépendantistes ».
Les mesures du 12 octobre étendent cette pratique à des ministres en exercice de gouvernements entretenant des relations diplomatiques avec Taipei. (Décision concernant Iwasaki.)
Cet usage confirme une fonction offensive de la loi, dont la portée dépasse la question taïwanaise. La « souveraineté, la sécurité et les intérêts de développement » offrent aux autorités chinoises une grande latitude pour qualifier un comportement et choisir une cible. L’article 15 fournit un instrument de pression susceptible d’être mobilisé dans différents domaines, selon l’appréciation de Pékin.
Cette utilisation révèle le double standard que Pékin reproche régulièrement aux Occidentaux. Le 7 juillet 2026, devant l’Assemblée générale des Nations unies, l’ambassadeur Fu Cong affirmait que :
« les sanctions unilatérales non autorisées par le Conseil de sécurité n’ont pas de fondement en droit international » (未经联合国安理会授权的单边制裁没有国际法依据). (常驻联合国代表傅聪大使在联大“终止美国对古巴的经济、商业和金融封锁”辩论会上的发言)
Pékin développe pourtant son propre régime de sanctions à portée internationale, qu’il légitime par son droit interne et sa définition de ses intérêts. Il condamne la coercition exercée par les autres et s’en réserve l’usage pour infléchir leurs choix.
10. Ban Keun : la Chine ouvre au Laos un centre aérien conjoint avec l'armée laotienne
Le 29 septembre, le ministère chinois de la Défense a annoncé la mise en service officielle de deux structures implantées à l'aéroport de Ban Keun, situé à environ 50 km au nord de Vientiane (Laos) : le « centre conjoint de soutien et d'entraînement des armées chinoise et laotienne » (中老两军班根机场联合保障和训练中心) et l'« Académie aéronautique de l'amitié sino-laotienne » (中老友谊航空学院). Administrées conjointement par l'Armée populaire de libération (APL) et les forces armées laotiennes, ces installations s'articulent autour d'une piste reconstruite de 2 000 mètres et de hangars associés. Des images satellites révèlent la présence sur site de huit aéronefs d'entraînement et d'attaque légère K-8, un chiffre supérieur aux quatre appareils recensés au sein de la dotation officielle laotienne, suggérant le déploiement d'aéronefs et d'effectifs de l'APL dont le statut et les conditions d'accès ne sont pas rendus publics.
Verbatim officiel du ministère chinois de la défense :
« Le 29 septembre, le centre conjoint de soutien et d'entraînement des armées chinoise et laotienne à l'aéroport de Ban Keun et l'Académie aéronautique de l'amitié sino-laotienne ont été officiellement inaugurés. Ils sont destinés à aider la partie laotienne à renforcer la formation de ses pilotes de l'armée de l'air et sont maintenus en fonctionnement conjointement par les deux parties. Leur construction et leur utilisation sont le fruit du respect mutuel et de consultations sur un pied d'égalité entre la Chine et le Laos, sont conformes au droit interne des deux pays, au droit international et aux pratiques internationales pertinents, ne visent aucune partie tierce, et contribuent à approfondir la coopération pragmatique entre les deux armées ainsi qu'à maintenir la paix et la stabilité régionales. »
( 4 574 signes ; Mots-clés : Laos ; APL ; défense ; ASEAN )
Interprétations des think tanks
Les analystes internationaux perçoivent dans cette inauguration une évolution qualitative du réseau militaire extérieur chinois, notamment :
- Le Center for Strategic and International Studies (CSIS, Brian Hart) qualifie le site de « première installation militaire chinoise reconnue à l'étranger centrée sur la puissance aérienne », marquant une différence majeure avec les points d'appui navals de Djibouti (2017) et de Ream au Cambodge (2025).
- Pour l’Institute for National Defense and Security Research (INDSR, Taïwan), Su Tzu-yun y voit le renforcement d'une « capacité de projection aérienne vers l'ouest » (向西投射空军力量), inscrite dans une déclinaison continentale de la « stratégie indo-pacifique de Pékin ».
La position chinoise : déni d'une base de combat
Les commentateurs et « experts autorisés » chinois récusent fermement la qualification de « base militaire aérienne » :
Song Zhongping, dans le Global Times soulève l'absence d'un système de combat complet :
« Si nous l'avions vraiment traitée comme une base aérienne, nous y aurions déployé un système complet de capacités de combat »,
expliquant le choix d'envoyer des avions d'entraînement/attaque légère K-8 plutôt que des chasseurs lourds.
Wang Yanan dans Aerospace Knowledge présente l'installation comme une réponse technique à une demande souveraine de Vientiane :
« L'aéroport résulte d'une invitation laotienne, à laquelle la Chine a donné suite » (老挝方面主动邀请、中方跟进的产物).
Quant à Qin An, dans Sputnik China, il recontextualise sa portée stratégique dans les « initiatives globales » de la Chine :
« C'est une mesure clé pour construire la communauté de destin avec la périphérie […], un résultat d'étape de la gestion stratégique de la périphérie, de la coordination d'urgence hors des frontières et du maintien de la paix » (构建周边命运共同体的关键举措……中国经略周边、境外应急协同、维护和平的阶段性成果).
*Notes : Song Zhongping, Ancien officier et instructeur de la Seconde Artillerie / Force des Fusées de l'APL (PLARF), aujourd'hui commentateur militaire influent et régulier des médias d'État chinois (Global Times, CCTV, Phoenix TV…) ; Wang Yanan, rédacteur en chef de la revue Aerospace Knowledge, revue de référence éditée sous la tutelle de la Société chinoise d'aéronautique et d'astronautique ; Qin An, professeur à l'Université de police du peuple (People's Public Security University of China - PPSUC), chercheur en stratégie/cybersécurité et fondateur de l'Institut de recherche sur la stratégie du cyberespace de Chine (China Cyberspace Strategy Research Institute).
Commentaire
L'ouverture du site s'inscrit directement dans le Plan d'action pour construire la communauté de destin sino-laotienne 2024-2028, signé le 20 octobre 2023 par Xi Jinping et Thongloun Sisoulith. Le volet « sécurité » prévoyait explicitement :
- L'extension des exercices et entraînements conjoints (拓展两军联演联训) ;
- La négociation d'un accord de soutien logistique (协商签署后勤保障协议) ;
- La réalisation du projet d'école de l'armée de l'air laotienne (老挝空军航校).
A noter que Pékin proscrit le terme de « base » (基地), réservé à Djibouti, au profit d'une terminologie aéroportuaire et académique (机场, 航空学院, 中心). La formulation souligne une cogestion bilatérale (两军, 双方共同维持正常运转) au profit d'une force aérienne laotienne modeste (dont la flotte à voilure fixe reposait sur quatre K-8 et trois Yak-130 russes, selon les sources consultées).
Lors de la visite d'État du président laotien à Pékin, en juin dernier, la relation bilatérale a été élevée au rang de « communauté de destin sino-laotienne tous temps pour la nouvelle ère » (中华人民共和国和老挝人民民主共和国关于构建新时代全天候中老命运共同体的联合声明)
La déclaration conjointe fixe l'objectif d'une « coopération de sécurité à haute résilience » et instaure un mécanisme de dialogue stratégique ministériel « 3+3 » (Affaires étrangères, Défense, Sécurité publique). Le dialogue 3+3 est le niveau d'institutionnalisation le plus élevé proposé par Pékin à un pays membre de l'ASEAN, avec le Vietnam*.
*Note : Dans la pratique diplomatique et sécuritaire chinoise en zone ASEAN, les formats restreints « 2+2 » (Affaires étrangères + Défense) marquent habituellement l'institutionnalisation d'un partenariat de sécurité de haut niveau. Leur extension au format « 3+3 », en y intégrant le ministère de la Sécurité publique, consacre un rapprochement politico-sécuritaire.
Analyse
L'analyse des formulations et références de Qin An permet de mieux comprendre l'articulation du site de Ban Keun avec la doctrine sécuritaire régionale de Pékin, dans laquelle la gestion stratégique de la périphérie » (经略周边) et la « communauté de destin » servent d'ancrage politique à l'extension de son empreinte militaire en zone ASEAN.
La « coordination d'urgence hors des frontières » (境外应急协同) ouvre à l'APL un rôle opérationnel qui dépasse la protection des infrastructures critiques transfrontalières.
L'évolution du site de Ream au Cambodge invite à une lecture prospective de Ban Keun. Inauguré en avril 2025 sous la même appellation de « centre conjoint de soutien », Ream a accueilli dès mai 2025 l'exercice Dragon d'or et accueille depuis lors des corvettes Type 056A de façon régulière.
L'analyse de l'opérationnalisation progressive de Ream montre qu'un « centre de soutien et de formation » bilatéral évolue vers une capacité d'accueil et d'action pour l'APL (surveillance radar, ROEM, logistique, projection d’urgence..).
▶ Influence et ingérences
11. Taïwan : Pékin se projette (et veut nous projeter) dans « l’après-unification »
Le 6 octobre, le South China Morning Post rapporte, depuis Pékin, que plusieurs instituts chinois ont parachevé un ensemble de propositions sur la gouvernance de Taïwan après l’unification (Beijing’s policy advisers map out how post-reunification Taïwan could be governed). Les chercheurs interrogés envisagent plusieurs degrés d’autonomie selon les modalités de la prise de contrôle. Ces propositions font écho aux déclarations du Bureau chinois des affaires taïwanaises (BAT), qui invitent les Taïwanais à discuter de « l’après ». Pékin prépare les esprits à faire de l’unification un horizon autour duquel organiser les choix politiques présents et futurs. (欢迎两岸同胞为“两制”台湾方案建言献策)
( 4258 signes. Mots-clés : Taïwan ; Hongkong)
Contexte
Ces déclarations s’inscrivent dans la « stratégie d’ensemble du Parti pour résoudre la question de Taïwan dans la nouvelle ère » (新时代党解决台湾问题的总体方略), consacrée dans la résolution du Comité central du 11 novembre 2021.
Xi Jinping avait appelé, le 2 janvier 2019, à explorer un « Plan à deux systèmes » pour Taïwan (“两制”台湾方案).
Le livre blanc du 10 août 2022 projette déjà une région administrative spéciale bénéficiant d’une haute autonomie, conditionnée par la souveraineté et la sécurité nationales.
Le 12 septembre 2023, le Comité central du PCC et le Conseil des affaires d’État ont publié des orientations pour faire du Fujian une zone pilote d’intégration entre les deux rives. Ce dispositif vise à préparer les conditions de l’unification par le rapprochement économique et social, en facilitant l’installation des Taïwanais au Fujian et en développant les liaisons et les infrastructures avec les îles de Kinmen et de Matsu
REM : Ma note d’avril 2025 pour l’Institut Thomas More avait souligné l’importance de ce processus politique qui se projette déjà dans « l’après-unification » : Pékin et la question taïwanaise à l’heure de l’administration Trump 2
Accélération
Durant cet été, à l’approche des élections locales à Taïwan, Pékin donne plus de visibilité à ce processus, qui semble s’accélérer.
Le 16 septembre, le Bureau des affaires taïwanaises affirme qu’une discussion plus précoce et plus approfondie procurera davantage d’opportunités et d’avantages aux Taïwanais (国务院台办新闻发布会辑录)
Le 30 septembre, le Bureau des affaires taïwanaises salue la contribution du Nouveau Parti, formation taïwanaise favorable à l’unification pacifique, aux discussions sur l’organisation de Taïwan après l’unification. Il encourage les acteurs des deux rives à formuler davantage de propositions.
Commentaire
« Un pays, deux systèmes » (一国两制) demeure la politique officielle chinoise, bien que la formule ait évolué, tant pour ne pas rebuter frontalement les Taïwanais – le précédent hongkongais est encore présent dans les esprits - que pour signifier que « Un pays » est une prémisse aux discussions et non un objet de négociation.
Un sondage commandé par le Conseil taïwanais des affaires continentales (MAC) et réalisé du 13 au 17 août dernier relève pourtant 81,2 % d’opposition à cette formule. (Taïwan’s Mainstream Public Opinion Opposes “One Country, Two Systems” and Rejects Unification with the CCP)
Cette offre envisageant « l’après » s’adresse à l’opinion publique, mais fournit surtout aux formations politiques favorables au dialogue avec Pékin et à leurs relais économiques des arguments utilisables en campagne.
Le 30 septembre, Wang Weixing, vice-président de l’Association nationale d’études sur Taïwan, invite explicitement les partis reconnaissant une seule Chine et opposés à l’indépendance à proposer des arrangements. Il présente l’intégration comme une « répétition pratique » (现实预演) de la faisabilité du principe « d’un pays, deux systèmes ».
Selon une tribune publiée le 30 septembre dans le Quotidien du Peuple, signée par un membre de la 13e Assemblée nationale du Comité consultatif politique du peuple chinois (CCPPC) et vice-président de l'Association nationale des études sur Taïwan (让“一国两制”台湾方案的讨论热起来), discuter ainsi du fonctionnement futur de l’île peut déplacer le débat vers les conditions de réalisation de l’unification.
Analyse
Le processus d’unification voulu par Pékin est-il déjà engagé ? C’est ce que la rhétorique du PCC le laisse croire. Les élections locales du 28 novembre 2026, puis présidentielle et législatives de 2028, offrent deux occasions pour son accélération.
Le précédent hongkongais doit nous alerter sur l’effet de cliquet bureaucratique propre au PCC. Les bases légales des décisions prise en 2020 ont été inscrites à l’ANP dès 2014. En mai 2020, Pékin s’est donné les moyens de légiférer sur la sécurité nationale sans vote du Parlement local.
Dès que le processus législatif a été enclenché, le recul politique était devenu coûteux et les résistances sur le terrain ont alors justifié un renforcement du dispositif et alimenté une fuite en avant bureaucratique, puis sécuritaire.
À Taïwan, quel serait le seuil décisif légitimant le passage d’une légifération à une judiciarisation du processus, pouvant justifier une prise de contrôle effective (politique, sécuritaire, économique) ?
La dynamique observée depuis 2022-2023 combine préparation effective (plan d’aménagement « conjoint » du territoire, logistique, fiscalité…), une bataille des perceptions pour en présenter l’issue comme inéluctable ainsi qu’une mobilisation de l’appareil d’Etat et du PCC qui renchérit le coût de son interruption.
Un échec politique – une réélection du DPP en 2028 - pourrait conduire à davantage de coercition si Pékin y voyait la fermeture de la voie pacifique. L’article 8 de la loi anti- sécession prévoit cette éventualité (la disparition complète des possibilités d’unification pacifique). L’arbitrage ultime reviendrait au Centre et à son commandant en chef.
12. Zhejiang : un Institut d'études françaises au service de la stratégie chinoise
Je n’avais pas vu passer cette information quand elle a été diffusée cet été. En fait, plusieurs faits rapportés m’interpellent. J’en fais ici un rattrapage que je juge nécessaire, en forme d’alerte.
Le 14 juin dernier, l'Université du Zhejiang a inauguré à Hangzhou un Institut d'études françaises. (浙江大学法国研究院揭牌仪式暨法国研究高质量发展高峰论坛举行 » (Hangzhou.com.cn, reprise du Dushi Kuaibao 都市快报, 16 juin 2026) sous le patronage du secrétaire du comité du Parti de l'université. Lors de la cérémonie, l'Université du Zhejiang a signé un accord de coopération avec l'Académie des sciences d'outre-mer (ASOM), une académie savante parisienne. Le rédacteur en chef de People's Daily Online, le site du Quotidien du Peuple, a annoncé de son côté une coopération avec l'Institut d’études françaises dans la co-création de contenus, le partage de données et la formation. Zhejiang : un Institut d'études françaises au service de la stratégie chinoise et le sous- produit de la pensée magique française
Contexte
En 2022, la Chine a classé les études aréales (区域国别学) parmi ses disciplines « transversales » au service de la « stratégie de l'État et de la sécurité nationale » (总体国家安全观视域下外语院校区域国别学建设与发展).
Objectifs assignés à cet Institut d’études françaises (法国研究院)
Ren Shaobo, le secrétaire du comité du Parti de l'université du Zhejiang, présente la discipline des études aréales comme le pilier central de la stratégie d'ouverture et d'un « nouveau type de relations internationales » et assigne au nouvel institut d’études françaises (IEF) quatre axes de recherche :
- la France comme grande civilisation ;
- la France dans les relations entre grandes puissances, et les relations sino-françaises ;
- la France et le « Sud global » (全球南方) ;
- les échanges scientifiques, commerciaux et humains avec la France.
Lors de la cérémonie, Zhou Jianghong, vice-président de l'université et directeur de l'IEF, a signé l'accord de coopération avec Dominique Barjot, secrétaire perpétuel de l'ASOM. Le texte de cet accord n'est pas publié. L'université a aussi présenté un « grand modèle de langage d'études françaises » (法国研究大模型), un outil d'intelligence artificielle. Selon People's Daily Online, l'Institut a également signé un accord-cadre avec l'éditeur d’Etat Commercial Press (商务印书馆).
Commentaire
En Chine, la formulation de « think tank de haut niveau au service de la stratégie nationale » désigne une fonction spécifique : le conseil aux décideurs publics (决策咨询), surtout dans les études aréales qui s’inscrivent elles-mêmes dans un cadre sécuritaire assumé : le « concept de sécurité nationale globale » (总体国家安全观). Le Tabloïd Wenhui Bao résume bien l’esprit des « études aréales de la nouvelle ère » : « la discipline a des frontières, le chercheur a une patrie » (区域国别学有国界,研究者有祖国)
Le centre provincial des études aréales (浙江省区域国别研究中心) aurait déclaré attendre de l'IEF qu'il aide les entreprises chinoises à s'implanter à l'étranger (企业出海) (Hangzhou.com.cn)
Nous espérons que l'Institut approfondira ses recherches universitaires et produira des résultats novateurs. Il devra renforcer ses services afin de favoriser les échanges culturels et l'internationalisation des entreprises (…) et s'efforcer de constituer une équipe nationale des études régionales dans les pays cibles (区域国别研究的国家队) .
Sur l’ASOM :
Le 14 avril 2026, l’Académie a reçu une délégation de l'université conduite par Zhou Jianghong, vice-président de l’Université Zhejiang, en charge des lettres et des sciences sociales et Doyen l’institut des études sur la France. La délégation comprenait, en outre, Zhang Yan, vice-directrice exécutive de l'Institut de recherche en théorie marxiste de l'université (ASOM, 17 avril 2026), et Wei Shen, Professeur titulaire de la chaire Qiushi à l’École de gouvernance publique de l’Université du Zhejiang.
Le 21 mai 2026, l'ASOM a co-organisé en France le 11e colloque sino-européen sur les droits de l'homme, avec la Société chinoise d'études des droits de l'homme (中国人权研究会). Le texte de présentation reprend les « quatre initiatives mondiales » de Xi Jinping et la « communauté d'avenir partagé pour l'humanité », la conception chinoise des droits de l’homme, etc.… (texte de présentation).
*Note :Co-signé par : la Société chinoise d'études des droits de l'homme : l’Académie des sciences d’outre-mer (ASOM) ; Institut des droits de l'homme de l'université de droit et de science politique du sud-ouest (Chine) ; l’Institut des études d’administration et de management (Paris), présidé par Wu Shiwei depuis 2025 ; les Conférences de la connaissance de la Chine en Espagne : l’ institut des droits de l'homme de l'université de sciences politiques et de droit de l'est de la chine ; l’Institut tchèque d’études de gauche ; L’Organisation chrysea (Grèce) ; Le Centre pour le développement égal et le multiculturalisme en Italie ; L’Association suisse pour les droits humains et le développement social.
Commentaire
Le prétendu « accord » n’est pas seulement asymétrique en tous points, mais lunaire. On peine à comprendre ses fondements, ses objectifs et ses attendus.
Les acteurs, côté chinois :
Une Université de premier rang, un comité du Parti, un média central du Parti, un éditeur numérique non moins central, une association provinciale des études aréales (stratégiques).
Du côté français, une académie savante, l’ASOM ; le consul français en vidéo ; aucune université signataire.
Une finalité côté chinois :
Etudier la France, ses politiques, ses coopérations et ses réseaux, en France, et à l’étranger, autour d’une stratégie nationale assumée.
Du côté français :
compréhension mutuelle, mobilité, formation de jeunes chercheurs (sur quoi ?); recherche d’une parité comptable en nombre d’étudiants, pari sur le pouvoir irradiant de la francophonie…mais aucune structure miroir consacrée à la Chine.
Je n’ose penser qu’une telle initiative s’inscrive dans un programme bilatéral tiré du « mécanisme de haut niveau sur les échanges humains » (中法高级别人文交流机制) qui a chiffré les priorités françaises. Il vise le doublement des professeurs de français en Chine d'ici 2028 et l'équilibre des assistants de langue à la rentrée 2026.
Analyse (euphémistique)
L’idée même de conclure, d'autant que je suis conscient de ne pas avoir toutes les informations utiles pour juger, m'est pénible. Au point que je me demande s’il n’y a pas derrière cette erreur de casting une manœuvre tactique si bien dissimulée qu’on la comparera, quand tous ses ressorts nous auront été rendus publics, avec la préparation de la bataille d’Austerlitz par Napoléon Bonaparte.
Pour l’heure, faute d’explication rationnelle, il me semble que la France finance la diffusion du français en Chine (formation d'enseignants, assistants, écoles labellisées) au nom de la francophonie et de l'équilibre des échanges. Mais une partie « x » des francophones ainsi formés alimente une expertise sur la France organisée par l'État chinois et le PCC, au service de leurs besoins stratégiques tandis que Paris ne conditionne pas cette coopération et ne développe aucune capacité équivalente sur la Chine.
↑ Retour au sommaire▶ Documentation & Agenda
◇ Documentation
- US-G20/ UE-France
De l’Office of the United States Trade Rep. (USTR) :
Joint Ministerial Statement Addressing Structural Excess Capacity and Production (10.2026).pdf +
- Mer de Chine – Philippines – Europe
Distant waters, shared tides: A European perspective on the South China Sea, 1er octobre, par Arnaud Leveau, président d'Asia Centre. Extrait (traduit) :
L’Europe ne jouera pas, en mer de Chine du Sud, un rôle comparable à celui des États-Unis ou des États de la région. La mesure pertinente de son engagement réside dans sa contribution à la résilience régionale : la capacité des États à surveiller leur environnement maritime, à protéger leur activité économique, à consigner les incidents, à sécuriser leurs communications, à coordonner leurs agences et à faire face aux pressions sans escalade automatique. La rivalité stratégique dans ces eaux perdurera. Un objectif réaliste consiste à la maintenir maîtrisée et à préserver des choix significatifs pour les petits et moyens États. L’Europe a tout intérêt à ce que cela se produise, car les principes en jeu s’étendent bien au-delà de l’Asie du Sud-Est. Une application sélective des règles maritimes, le règlement des différends par une présence coercitive et la pression exercée sur les petits États pour qu’ils choisissent entre les grandes puissances façonneraient également l’environnement de l’Europe elle-même. Pour Manille, le défi consiste à défendre ses droits maritimes tout en maîtrisant la confrontation. Pour les Européens, il s’agit de montrer que leur attachement au droit international s’étend au-delà de leur voisinage immédiat.
- UE-Chine, découplage
Stable decoupling: Three tests for Europe in the face of Chinese economic coercion, le 7 octobre, par Tobias Gehrke, Senior Policy Fellow au European Council on Foreign Relations (ECFR), spécialiste de géoéconomie et de sécurité économique. Résumé : L’Europe doit pouvoir négocier des accords sectoriels avec Pékin tout en poursuivant sa politique de sécurité économique. L’auteur organise cette politique autour de trois questions : ce que la Chine vend en Europe, ce qu’elle y produit et ce qu’elle y contrôle. Il recommande de préserver les instruments de défense commerciale, de conditionner les investissements à une contribution industrielle locale et d’écarter les fournisseurs risqués des infrastructures critiques. Ces mesures doivent être coordonnées pour modifier les calculs économiques des entreprises chinoises et limiter les dépendances européennes. Leur crédibilité suppose d’accepter le risque de représailles chinoises et de préparer une réponse collective, notamment par un soutien aux entreprises touchées. Remarque : en 2020, le Japon avait proposé de financer à l’avance la réduction d’une dépendance à la Chine, et de mutualiser les pertes lorsque des actions coercitives s’exercent contre ses entreprises.
- Politique industrielle
Pour comprendre l’offensive industrielle du Parti il faut se rendre au Sichuan », 4 octobre 2026, par Camille Brugier, pour Le Grand Continent, consultante et chercheuse associée à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM). La note présente Chengdu comme un pôle majeur des capacités cyber chinoises, nourri par un héritage industriel de défense et des universités spécialisées. Elle décrit un écosystème associant entreprises publiques et privées, établissements de recherche, parcs industriels et compétitions de hackers. Les affaires i-Soon et Chengdu 404 éclairent la contractualisation d’opérations offensives au profit des services de sécurité chinois. Cet écosystème illustre la mise en œuvre locale de la fusion civilo-militaire sous Xi Jinping. Chengdu chercherait à rapprocher cybersécurité et intelligence artificielle pour conserver son attractivité, alors que Wuhan développe ses propres capacités cyber et que les investisseurs privilégient désormais l’IA.
- Influence
China’s four ‘global initiatives’: Attempting to change the global order , 6 octobre 2026, Charles Parton OBE, Council on Geostrategy, China Observatory. Ancien diplomate britannique, Parton est conseiller principal du China Observatory et Honorary Fellow du Council on Geostrategy. Il a également conseillé la commission des Affaires étrangères du Parlement britannique sur la Chine. Les quatre initiatives mondiales chinoises constituent, selon C. Parton, une architecture destinée à transformer l’ordre international au bénéfice du PCC. Elles articulent développement, sécurité, civilisation et gouvernance sous le concept de « communauté de destin pour l’humanité ». Pékin chercherait à réorienter les institutions existantes, développer d’autres plateformes et peser sur les règles des nouveaux domaines technologiques. Le soutien des pays du Sud et la création de dépendances économiques et technologiques seraient les principaux leviers de cette stratégie. L’auteur appelle les démocraties à proposer des réformes crédibles et à mieux défendre leur action dans la compétition des récits concurrents. Commentaire : Charles Parton admet que la demande de réforme des institutions et de représentation accrue des pays en développement est fondée. Il souligne aussi que les décisions américaines peuvent renforcer l’attrait des propositions chinoises. Cela le conduit avancer qu’une réponse occidentale crédible doit comporter un volet d’offre de réforme et de coopération avec Pékin, en plus d’une critique de ses discours et de ses politique.
◇ Agenda
- Europe-Chine
A partir du 14 octobre : Trade Policy Day de la Commission. Ditte Juul Jørgensen a ouvert les travaux ; Bernd Lange interviendra sur la résilience commerciale, Peter Sandler sur la sécurité économique et M. Šefčovič présentera les motivations de la politique commerciale européenne. Ce sera la première grande occasion publique de préciser la portée politique des résultats de Pékin.
15–16 octobre : Conseil européen. Les dirigeants examineront les résultats obtenus en Chine ainsi que les déséquilibres macroéconomiques et les outils de défense commerciale.
22–23 octobre : réunion informelle des ministres européens du Commerce ; possible première traduction ministérielle des orientations données par les chefs d’État et de gouvernement.
- Multilatéral
12–18 octobre, assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Bangkok. (Track 1 multilatéral). Le FMI projette désormais une croissance chinoise de 4,5 % en 2026, mais demande à Pékin de transférer davantage le moteur de croissance des exportations vers la consommation intérieure. La réunion se déroule alors que le surplus commercial chinois et le niveau du yuan sont devenus des sujets centraux pour l’Europe et plusieurs partenaires du G20. (cf. notre Mémo supra « Pékin refuse de faire du yuan un instrument du rééquilibrage commercial »).
↑ Retour au sommaire