Bulletin n°43 : prochaine étape pour Pékin : la forteresse Europe
Expulsion du PCC des généraux Zhang Youxia et Liu Zhenli ; vers l’affirmation d’une doctrine nationaliste ; Beidou ; Pékin place ses fleurons de l’IA sous enquête ; Hongkong a son XVe plan ; retour sur la visite de Xi Jinping aux États-Unis: UE-Chine, le bras de fer se poursuit
📋 Structure de ce Bulletin
- 1. [Gouverner par la purge : expulsion du PCC des généraux Zhang Youxia et Liu Zhenli ]
- 2. [D’une histoire commune à l’affirmation d’une doctrine nationaliste chinoise]
- 3. [Beidou : exporter un écosystème, installer des dépendances]
- 4. [Pourquoi Pékin place ses fleurons de l’IA sous enquête administrative?]
- 5. [Hongkong entre dans la planification de la politique économique extérieure de Pékin]
- 6. [Pékin exploite le vide narratif de Washington sur Taïwan]
- 7. [Visite de Xi Jinping aux États-Unis: un cadre posé, des arbitrages reportés]
- 8. [UE-Chine, le bras de fer se poursuit : le cas des onduleurs]
Edito
À Washington, Xi Jinping a obtenu de quoi nourrir le succès annoncé par les grands médias du Parti : la « coopération » doit, selon le récit chinois, redevenir le principe directeur de la relation avec les États-Unis, au-delà de la « compétition ».
Pourtant, quelques jours après l’annonce d’un dialogue bilatéral sur l’intelligence artificielle, Donald Trump invoque publiquement la nécessité de préserver l’avance américaine pour écarter une coopération avec la Chine sur sa gouvernance.
Qu’à cela ne tienne : pour le PCC, la diplomatie personnelle de Xi Jinping aura permis de dépasser le cadre concurrentiel revendiqué sous Biden. L’étape suivante consiste à contester les restrictions technologiques du « small yard, high fence », défendu par Jake Sullivan, ancien conseiller de Biden à la sécurité nationale, pour rouvrir l’accès aux technologies américaines.
L’Europe sera-t-elle confrontée à cette même volonté chinoise d’écrire le scénario pour deux ? Dans les négociations commerciales engagées depuis juin, Pékin cherchera à faire reculer la qualification de « rival systémique » et à présenter la réduction des dépendances comme une politique anachronique et contreproductive pour l’Europe.
Pendant ce temps, les textes de politique intérieure décrivent une ambition extérieure qui continue de se structurer. Avec Beidou, la Chine organise l’exportation de composants, de services et de normes susceptibles d’installer des dépendances durables. À Hongkong, elle rassemble les moyens financiers et juridiques de l’expansion internationale de ses entreprises.
Cette volonté de projection s’appuie sur un socle politique et idéologique qui s’affirme. Une histoire officielle de la nation entend affranchir la pensée chinoise des catégories occidentales. Dans l’armée, les purges sont présentées comme la restauration d’une cohésion politique nécessaire à l’efficacité militaire.
La « stabilité » recherchée par Pékin doit ainsi lui permettre de poursuivre cette trajectoire dans un environnement moins contraignant. Un président américain se prêtant à la diplomatie des sommets entre « hommes forts » lui convient. Une Europe vocale, mais lente à agir, aussi.
Chaque prochain grand rendez-vous peut devenir une raison de différer une décision pour « préserver le dialogue ». Pendant cette attente, la Chine poursuit son passage à l’échelle.
▶ Politique intérieure
1. Gouverner par la purge : expulsion du PCC des généraux Zhang Youxia et Liu Zhenli
Le 23 septembre, le Quotidien de l’APL présente l’exclusion des généraux Zhang Youxia et Liu Zhenli comme l’élimination d’un risque politique majeur pour le Parti et l’armée. Le texte rattache explicitement ce risque à la direction absolue du Parti sur l’APL et affirme que les deux généraux ont gravement porté atteinte à l’« écologie politique » de l’armée, à sa cohésion et à sa capacité de combat. Néanmoins, leur exclusion du Parti ne referme pas définitivement les luttes au sommet du pouvoir dont les purges deviennent un instrument ordinaire de gouvernement.
( 1584 signes. Mots-clés : purges ; APL )
Les grands médias du PCC avaient, au mois de juillet dernier, développé un récit de sortie de crise. (Cf. Bulletin n°38, du 26 août : «Le Parti se veut en ordre de marche pour 2027 »). Ce nouvel éditorial précise, à plusieurs reprises, rétrospectivement ce que le Parti dit avoir corrigé une déviation jugée suffisamment grave pour mettre en cause la direction absolue du Parti sur l’APL. (« 重助长影响党对军队绝对领导 » ; « 我军是党绝对领导下的人民军队 » ; « 党对军队绝对领导的根本原则和制度更加强固 » « 我们党面临的“四大考验”“四种危险”长期存在 » ; « 全军要毫不动摇坚持和加强党对军队的绝对领导 »)
Leur exclusion du PCC y est décrite comme « l’élimination d’un danger politique majeur qui couvait au sein du Parti et de l’armée” (« 为党和军队消除了重大政治隐患) et ayant affecté la cohésion politique et la capacité de combat de l’APL.
Commentaire
Mais si les grandes manœuvres politiques ouvertes à l’automne 2025 peuvent ainsi être présentées comme closes, les instruments de rectification deviennent permanents. De plus, la purge, comme instrument de gouvernance politique, est désormais reclassée comme une condition préalable à l’efficacité militaire. L’APL peut désormais revenir à sa mission : penser réellement la guerre, préparer réellement la guerre. (真想打仗的事情,真谋打仗的问题,真抓打仗的准备),
Analyse
Ces affirmations doivent néanmoins être comprises et replacées dans le cadre narratif de leur diffusion et à la lumière de l’agenda politique à venir.
D’autres éditoriaux de cette nature se multiplieront jusqu’au prochain plenum, fixé à la fin du mois d’octobre. Ils répéteront probablement les mêmes éléments de langage louant l’unité retrouvée au sein du Parti.
Une inconnue subsiste : les purges vont-elles désormais atteindre plus systématiquement les responsables promus sous Xi Jinping, y compris ceux qui ont participé à la conduite des enquêtes internes ?
Relié : Bulletin n°42, du 24/09 : Le Ve plénum du PCC referme la séquence des purges et ouvre celle du XXIe Congrès
Lien d'inscription : Gouverner par la purge : comment Xi Jinping transforme le pouvoir chinois
2. D’une histoire commune à l’affirmation d’une doctrine nationaliste chinoise
Le 23 septembre, Pékin a présenté une collection officielle en onze volumes consacrée à l’Histoire des relations, des échanges et de l’interaction au sein de la nation chinoise (《中华民族交往交流交融史》). L’ouvrage entend écrire l’histoire chinoise selon les « cinq communs » (五个共同) définis par Xi Jinping et « sortir du carcan des théories occidentales de la nation » (跳出西方民族理论窠臼). Il s’inscrit dans le programme plus large de construction d’un « système chinois autonome de connaissances » (中国自主的知识体系). Cette historiographie présente les différentes ethnies comme les composantes d’une seule communauté nationale historiquement constituée. Depuis 2019, ce récit associe territoire, histoire, culture, esprit national et résistance commune aux agressions extérieures. La Loi sur la promotion de l’unité et du progrès ethniques, entrée en vigueur le 1er juillet 2026, donne désormais une traduction juridique à cette orientation doctrinale. L’ensemble fournit les éléments d’une doctrine nationale de plus en plus structurée, dont les caractéristiques peuvent être rapprochées de certaines théories modernes du nationalisme.
( 6515 signes. Mots-clés : Front-uni ; minorités ethniques ; nationalisme)
Le 23 septembre, une conférence organisée à Pékin a marqué la publication de l’Histoire des relations, des échanges et de l’interaction au sein de la nation chinoise. Le membre du Bureau politique du Parti communiste chinois et chef du Département du Front uni, Li Ganjie, y a présenté les onze volumes comme une base historique destinée à « forger la conscience de la communauté de la nation chinoise » (铸牢中华民族共同体意识). L’ouvrage adopte explicitement la conception historique des « cinq communs » note 1 : les préciser) de Xi Jinping et doit fournir une base documentaire, discursive et théorique à un système intellectuel chinois autonome sur la communauté nationale. (Xinhua, 23 septembre 2026, (中华民族交往交流交融史 - 出版座谈会在京召开)
La formule centrale utilisé, « sortir du moule (ou du carcan) des théories occidentales de la nation » (跳出西方民族理论窠臼), reprend une orientation exposée par Xi Jinping en 2023 :
« pour analyser l’histoire de la nation chinoise, on ne peut appliquer les théories occidentales de la nation » (解析中华民族的历史,就不能套用西方那一套民族理论).
Il appelait alors à remédier à l’influence exercée selon lui par les théories et systèmes discursifs occidentaux sur l’ethnologie chinoise et à accélérer la constitution d’un système chinois autonome de sources, de discours et de théorie sur la communauté nationale.
Cette démarche appartient à un projet politique plus large déjà abordé dans le Bulletin n°41 « Les manuels chinois au service de la reproduction des élites du Parti » qui oppose savoirs chinois et savoirs occidentaux.
Selon cette conception, l’histoire chinoise est présentée comme celle de populations ayant progressivement formé, par leurs interactions, une seule communauté nationale (中华民族共同体).
En septembre 2019, Xi Jinping structure cette conception autour de quatre « communs » : les différentes ethnies ont conjointement développé le territoire, écrit l’histoire, créé la culture et forgé l’esprit national. Le quatrième « commun », consacré à l’esprit national, souligne que :
« face aux agressions étrangères de l’époque moderne, les différentes ethnies auraient résisté ensemble à l’ennemi extérieur et affronté ensemble le désastre national » (共御外侮、同赴国难).
Selon ce texte, leur « sang s’est mêlé » et leurs « cœurs se sont réunis », faisant passer la nation chinoise « de l’existence en soi à la conscience de soi » .(从自在到自觉)
Ici, la confrontation avec le monde extérieur fournit au récit son moment de prise de conscience politique. Les différentes communautés ne sont plus seulement décrites comme coexistantes et deviennent les acteurs d’une même expérience historique et les défenseurs d’un même corps national.
En 2024, Xi Jinping élargit cette construction aux « cinq communs » en ajoutant que les différentes ethnies ont « conjointement fondé l’État unifié multiethnique » (共同缔造了统一的多民族国家). La Commission nationale des affaires ethniques explique elle-même que cet ajout renforce la place de l’État et de l’unité nationale dans la conception historique officielle.
Commentaire
Si l’on revient maintenant sur la critique initiale des « théories occidentales de la nation », on s’aperçoit que le texte attribué à Xi Jinping porte en réalité aussi sur la relation entre l’identité collective et la souveraineté chinoise.
Les traditions intellectuelles occidentales sont diverses, mais une partie importante de la théorie moderne du nationalisme relie la nation à la question de l’autodétermination politique et distingue conceptuellement la nation de l’État. Appliquée à la Chine, cette grille permet de considérer des populations tibétaines, ouïghoures ou mongoles comme des collectivités historiques distinctes et de poser ensuite la question de leur rapport à l’autodétermination.
La doctrine de la communauté de la nation chinoise suit une logique inverse. Elle inscrit ces populations dans une communauté historique supérieure, ancienne et indivisible. Ce récit réduit progressivement la possibilité de penser certaines ethnies ou minorités comme des communautés politiques distinctes, pouvant se concevoir comme des nations séparées et revendiquer leur propre souveraineté.
Depuis juillet dernier, ce récit dispose d’une base juridique générale. L’article 6 de la Loi sur la promotion de l’unité et du progrès ethniques dispose que « la conscience de la communauté de la nation chinoise est le fondement de l’unité ethnique » et que l’État doit « accroître ce qui est commun » (增进共同性) tout en « respectant et incluant les différences » (尊重和包容差异性). La même disposition interdit les actes portant atteinte à l’unité ethnique ou produisant la division.
La formule hiérarchise les deux principes : le « commun » doit progresser, tandis que les différences doivent être respectées à l’intérieur de ce cadre. Les identités particulières subsistent donc, mais leur expression politique reste subordonnée à l’identité nationale commune.
Analyse
La publication de septembre clôt provisoirement une séquence doctrinale commencée avant Xi Jinping mais fortement accélérée sous son autorité : la conceptualisation d’une nation chinoise conçue selon le principe de « pluralité dans l’unité » (多元一体).
Ce mouvement peut être décrit comme un mécanisme de subsomption. Les identités tibétaine, ouïghoure, mongole ou han ne sont pas destinées à disparaître dans le discours officiel. Elles sont définies comme les formes particulières d’une identité supérieure, la nation chinoise (中华民族). Leur pleine légitimité politique suppose leur inscription dans cette totalité.
Nous avions analysé ce processus de subsomption (et non d’assimilation) dans notre Bulletin n°21 au printemps dernier « Loi sur l'unité ethnique : hiérarchisation des identités et rétrécissement des libertés réelles » à l’occasion de l’adoption de la Loi sur la promotion de l'unité et du progrès ethniques.
Le dispositif est « inclusif » dans sa formulation : toutes les ethnies sont déclarées constitutives de la nation chinoise. Il devient restrictif lorsqu’il définit politiquement cette appartenance : une identité particulière ne peut plus légitimement se présenter comme le fondement d’une nation autonome, extérieure au « commun » chinois.
Cette tension rejoint une question classique chez Hannah Arendt : que devient la pluralité politique lorsqu’une communauté nationale définit elle-même les conditions légitimes de l’appartenance ? Arendt plaçait au contraire la citoyenneté et la pluralité de l’action au fondement de la communauté politique.
Pris ensemble, ces éléments permettent d’affirmer que la politique ethnique chinoise évolue vers une doctrine nationale structurée, articulant une histoire commune, un sujet collectif supérieur et une mémoire collective qui se construit sur une lutte contre l’extérieur, ainsi qu’autour une obligation juridique d’accroître le « commun ».
Ces caractéristiques correspondent à plusieurs traits traditionnellement associés aux doctrines nationalistes modernes. Le Parti communiste chinois les inscrit toutefois dans son propre cadre d’un marxisme sinisé, uni autour d’un État multiethnique, sous la direction du Parti et avec pour objectif le « renouveau de la nation chinoise » (中华民族伟大复兴).
La publication des onze volumes dépasse largement l’exercice d’une simple historiographie. Elle fournit un corpus doctrinal destiné à étayer une théorie déjà devenue politique publique puis norme juridique.
Cette qualification de « nationaliste » devra toutefois être confrontée à la persistance du vocabulaire marxiste, les protections légales maintenues pour les différences culturelles ainsi qu’à aux écarts entre cette doctrine chinoise de la nation et les nationalismes européens auxquels Pékin refuse précisément d’être assimilé.
3. Beidou : exporter un écosystème, installer des dépendances
Le cinquième Sommet international sur les applications à grande échelle de Beidou s’est tenu à Zhuzhou les 15 et 16 septembre dernier. Le thème central portait sur les progrès réalisés par l’industrie de Beidou (北斗产业) et les mesures à venir pour « promouvoir l’application à grande échelle de Beidou et servir les utilisateurs mondiaux ».
Les 22 et 23, la NDRC en faisait la promotion en rappelant les objectifs majeurs du projet :
« Beidou constitue une infrastructure spatiale majeure pour le pays. Après des années d’efforts pour surmonter les obstacles technologiques par nos propres moyens, développer progressivement la filière et diffuser ses capacités dans tous les secteurs, l’industrie Beidou a franchi la phase de maturation fondée sur l’exploration technologique et l’expérimentation des usages. Elle devient aujourd’hui, à un rythme accéléré, un nouveau moteur industriel, porté par la concentration des activités à grande échelle, un écosystème plus complet et une capacité à soutenir l’ensemble de l’économie »
Puis :
Accélérer la promulgation et la mise en œuvre du « Règlement de la République populaire de Chine sur la navigation par satellite » (中华人民共和国卫星导航条例), perfectionner le système de normes sectorielles et le système de contrôle et de certification, inciter les parties concernées à accorder davantage de crédit aux résultats de certification, améliorer les mesures d’accompagnement des services d’application et consolider les fondements institutionnels d’une utilisation à grande échelle du système Beidou.
(4 440 signes. Mots-clés : Beidou ; satellite ; espace ; normes ; usages)
Contexte
Un règlement sur les stations chinoises de référence de navigation satellitaire, entré en vigueur le 1er janvier 2026 ;
La norme nationale obligatoire GB 48063-2026 sur les modules Beidou dans les transports, publiée le 30 juillet est applicable à compter du 1er février 2027.
Le sommet et les déclarations officielles correspondent donc à une phase de passage à l’échelle de l’écosystème industriel Beidou.
La volonté de participer à la gouvernance mondiale de la navigation satellitaire n’est pas nouvelle. Elle figurait déjà dans le Livre blanc chinois de 2022 sur Beidou. Mais le projet de règlement prévoit la participation chinoise à l’élaboration des règles et standards internationaux, la compatibilité et l’interopérabilité avec les systèmes étrangers (GPS, Galileo et GLONASS), ainsi que la construction d’un « ordre international de la navigation satellitaire » jugé « plus juste et plus équilibré ».
Précisions
Dans le vocabulaire administratif chinois, 北斗产业 désigne l’écosystème industriel et de services construit autour du système Beidou et, plus largement, de la navigation et de la localisation satellitaires. Il comprend :
- La couche infrastructurelle (satellites, centres de contrôle, stations de référence, systèmes d’augmentation et plateformes de données).
- Les composants (puces, modules, antennes, cartes, composants radiofréquence, horloges et capteurs).
- Les technologies (notamment les algorithmes de positionnement, la fusion des données de navigation satellitaire, inertielle et visuelle, l’intelligence artificielle et la synchronisation temporelle).
- Les terminaux (smartphones, véhicules, machines agricoles, drones, navires, équipements de mesure et objets portables).
- Les services et applications (transports, énergie, agriculture, logistique, finance, réseaux télécoms, secours, cartographie, villes intelligentes et économie de basse altitude, tous ces secteurs étant nommés dans les textes de référence officiels).
Commentaire
Dans ce type d’annonce, il y a toujours une partie du chantier qui est réellement avancée, au moins dans sa programmation, mais aussi des briques qui manquent à l’édifice.
Les priorités annoncées portent notamment sur les puces haut de gamme, les composants clés et les algorithmes de fusion. La norme obligatoire de juillet traduit une partie de ces ambitions en exigences vérifiables pour les modules de transport. Pour les acteurs européens, ces domaines appellent une vigilance particulière sur les transferts de technologies et la préservation des compétences critiques.
Vous noterez que Pékin ne raisonne pas en produit mais en écosystème. C’est cette écosystème qui constitue « l’objet unitaire » de politique publique. C’est un point Important pour appréhender la structuration de son financement. Selon la NDRC, la Chine compte plus de 30 000 entreprises et établissements actifs dans la filière Beidou, et emploie plus de deux millions de personnes.
Le rationnel industriel est tiré par les usages dans des secteurs sélectionnés (cf. supra : transports, agriculture, énergie…).
Analyse
Les pays dont les infrastructures numériques, de transport ou de cartographie restent à moderniser – ou a fortiori à construire – sont amenés à adopter simultanément les usages et les technologies chinoises associées. Beidou bénéficie alors d’un effet d’aubaine « d’aval industriel » mais aussi de saut technologique (leapfrogging).
Dans les pays où les règles sectorielles sont encore en construction, les offres chinoises peuvent s’implanter par les terminaux, les stations de référence et les services. Les usages précèdent alors parfois la formalisation des exigences locales. Si l’exploitation repose durablement sur les logiciels, les services de correction et la maintenance du fournisseur, les renouvellements d’équipements peuvent renforcer cette dépendance. Changer de solution implique de reformer les équipes et de supporter de nouveaux coûts d’intégration.
Encart : Au sujet de la norme nationale GB 48063-2026
Ce qui suit est une synthèse analytique d’un texte du China Transport Telecommunications & Information Center, intitulé « Interprétation de la norme nationale obligatoire « Spécifications techniques générales relatives aux modules de positionnement du système de navigation par satellite Beidou pour les transports ».
Ses principales innovations sont les suivantes :
- Beidou doit fonctionner de manière autonome : le module doit pouvoir se positionner sans dépendre d’un autre système satellitaire ; il doit notamment traiter les signaux Beidou B1C et B2a.
- Fonctions de sécurité intégrées : mesure autonome de la vitesse, surveillance de l’intégrité, résistance aux brouillages à bande étroite, détection des états de brouillage et d’usurpation, mise à niveau du micrologiciel, configuration des paramètres et positionnement assisté.
- Performances quantifiées : précision, vitesse, temps de démarrage et de réacquisition, sensibilité, fréquence de mise à jour, nombre de satellites suivis et résistance aux interférences.
- Fiabilité industrielle : essais de température, humidité, vibrations et chocs ; contrôle de sortie d’usine et contrôle de type ; règles précises de conformité.
4. Pourquoi Pékin place sous enquête administrative ses fleurons de l’IA ?
Le 22 septembre, selon le média d'investigation économique américain The Information, l'autorité chinoise de régulation du cyberespace (CAC) aurait ouvert une enquête sur deux pépites nationales de l'intelligence artificielle, DeepSeek et Moonshot AI. Cette décision ferait suite à un rapport de la société américaine Anthropic accusant ces laboratoires d'avoir redirigé en secret les questions de leurs utilisateurs vers son propre modèle d'intelligence artificielle, Claude, pour en exploiter les capacités. Officiellement engagée pour vérifier si des secrets d'État ont été exfiltrés vers les États-Unis lors de ces échanges informatiques, la démarche de Pékin relèverait d'un arbitrage plus subtil. En qualifiant l'affaire de manquements opérationnels commis par des utilisateurs issus de l'appareil de sécurité (l'armée et la police municipale), l'État chinois désavoue ces pratiques internes sans entacher la gouvernance propre de ses entreprises, préservant ainsi leur valeur commerciale avant leurs prochaines introductions en Bourse à Hong Kong.
( 2 764 signes. Mots-clés : Anthropic ; CAC ; Deepseek, Moonshot ; Z.ai ; intelligence artificielle)
Plusieurs éléments clés éclaireraient la décision de l'autorité chinoise du cyberespace :
Entre la publication du rapport d'Anthropic le 10 septembre et l'ouverture officielle présumée de l'enquête de la CAC, le 22 septembre, le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré ne pas avoir connaissance du rapport d'Anthropic et a réaffirmé que l'IA devait être développée à des fins bénéfiques et s'opposait, en bloc, à toute campagne de dénigrement à l'encontre de la Chine.
Ce temps de latence pourrait traduire un arbitrage politique interne préalable à toute communication.
Alors qu'Alibaba comptabilise le plus grand volume de requêtes redirigées vers Anthropic (151 millions d'échanges), le groupe échapperait à l'enquête. Cette exemption démontrerait que le régulateur ne sanctionne pas le détournement technologique en soi.
Selon ces révélations, appuyées sur les logs du rapport d'Anthropic, les requêtes incriminées proviendraient directement d'ingénieurs travaillant pour l'Armée populaire de libération (APL) à Chengdu et pour la police municipale (MSP). L'attention portée par le régulateur à ces cas d'usage soulève la question des motifs réels de la publicité donnée à cette affaire…
L'enquête se focaliserait sur des entreprises technologiques précises (https://thenextweb.com/news/china-cac-probe-deepseek-moonshot-anthropic-data). La simultanéité des vérifications sur Moonshot AI et sur l'outil ZCode de Zhipu AI s'inscrit dans un calendrier financier particulier, ces deux entreprises préparant de manière imminente leur introduction en Bourse (IPO) à Hong Kong (https://aiweekly.co/alerts/chinas-cac-probes-deepseek-moonshot-over-claude-data-routing).
Cf. mon Post du 20 septembre « Pourquoi Z. ai lève-t-elle 5 milliards de dollars après les accusations américaines ? »
Analyse
La publicité donnée à une enquête de la CAC, via deux journalistes d’origine chinoise de The Information basés à Honkong, répond très probablement à une manoeuvre de préservation de la valeur financière et de protection de la sécurité nationale. Cette affaire s'inscrirait donc au cœur de la course aux armements technologiques où le besoin de financement privé est crucial.
Selon cette analyse, en s'abstenant de contester la présence d’utilisateurs institutionnels (APL, MSP..), Pékin leur impute implicitement la responsabilité des manquements opérationnels. Ce positionnement décharge ses entreprises de toute défaillance structurelle de leur modèle d'affaires, neutralisant ainsi le risque d'une dépréciation des actifs algorithmiques de Moonshot AI et de Zhipu AI avant leur entrée à la Bourse de Hong Kong. La démarche assainit juridiquement les dossiers de conformité des deux sociétés en fermant les accès non sécurisés, rassurant les investisseurs internationaux sur la solidité de leur gouvernance.
Pékin transforme ainsi un « incident » d'exfiltration d'informations sensibles en une opération de mise au pas disciplinaire de ses acteurs technologiques.
5. Hongkong entre dans la planification de la politique économique extérieure de Pékin
Le 16 septembre, le gouvernement de Hongkong a publié son premier plan quinquennal, pour la période 2026–2030. Aligné sur le XVe Plan national, il assigne à la ville trois fonctions dans l’expansion extérieure des entreprises chinoises : financer leurs opérations, coordonner les services dont elles ont besoin et accueillir le règlement de leurs différends. (香港特别行政区经济和社会发展第一个·五年计划)
1.Financer les opérations extérieures et élargir l’usage du yuan.
Le plan veut renforcer la position de Hongkong comme premier marché offshore de la monnaie chinoise. Un passage prévoit d’« établir un mécanisme de soutien à la liquidité du marché offshore du yuan à Hongkong » (« 建立香港人民幣離岸市場流動性補充機制 »). Le plan encourage les grands groupes financiers chinois à faire de Hongkong leur siège international. Il vise notamment l’expansion internationale des banques et des assureurs, en particulier des réassureurs
2. Organiser la sortie (going out) des entreprises chinoises.
Le texte demande de « renforcer la fonction de Hongkong comme plateforme pour l’expansion extérieure » (« 提升香港出海平台的功能 »). Créée en 2025, la GoGlobal Task Force (內地企業出海專班) doit coordonner les bureaux économiques et commerciaux de Hongkong sur le continent et à l’étranger (Economic and Trade Offices, 經濟貿易辦事處), Invest Hong Kong (投資推廣署) et le Hong Kong Trade Development Council (香港貿易發展局) pour accompagner les entreprises continentales sur les marchés étrangers.
Cette « GoGlobal Task Force » doit coordonner les réseaux hongkongais pour accompagner les entreprises continentales à l’étranger. Le plan attribue à cette organisation une formule dédiée : « fabrication continentale + services hongkongais » (內地製造 + 香港服務). Les entreprises produisent sur le continent et la place de Hongkong les aide à préparer leur entrée sur les marchés étrangers et à obtenir les certifications nécessaires. Hongkong devient ainsi associée plus étroitement à la conduite des activités extérieures des entreprises chinoises, au-delà de leur financement.
3. Renforcer l’appui juridique aux entreprises continentales dans leurs activités overseas
Le plan prévoit de mobiliser à Hongkong des services de gestion des contrats et de règlement des différends pour les entreprises chinoises qui se développent hors du continent. En pratique, ces services supposent une coopération avec leurs conseils juridiques continentaux, qui connaissent leur organisation et les règles chinoises. Les cabinets hongkongais et internationaux présents dans la ville interviennent sur la structuration des opérations, la conformité dans les marchés visés et les litiges transfrontaliers Le plan appuie la création de la Hong Kong International Commercial Court (香港國際商事法庭), une chambre spécialisée de la Haute Cour annoncée en mai 2026 pour les litiges commerciaux internationaux complexes.
Il prévoit aussi la révision de l’Arbitration Ordinance (《仲裁條例》) et un renforcement de la médiation, en s’appuyant notamment sur l’Organisation internationale pour la médiation (International Organization for Mediation, 国际调解院), dont le siège fonctionne à Hongkong depuis octobre 2025.
Le plan veut faire de Hongkong une base pour gérer les brevets, marques et autres droits des entreprises continentales qui se développent à l’étranger. Shanghai et Shenzhen disposent déjà des capacités de recherche, de dépôt et de gestion des brevets. Mais le rôle supplémentaire assigné à Hongkong concerne leur exploitation à l’international en réunissant les conseils capables d’organiser des licences sur plusieurs marchés, d’évaluer ces droits et de les intégrer à des opérations de financement.
Note : la juridiction commerciale annoncée le 28 mai (2026) sera une chambre de la Haute Cour de Hongkong ; sa mise en place est encore en préparation. Pour l’arbitrage, le ministère hongkongais de la Justice a ouvert le 28 septembre dernier une consultation sur la révision de l’Arbitration Ordinance (chap. 609), portant notamment sur la rapidité des procédures, la confidentialité, le champ de l’arbitrage et l’équité ; un projet de loi est envisagé début 2027. L’Organisation internationale pour la médiation est une organisation intergouvernementale, distincte de la future juridiction et des institutions d’arbitrage hongkongaise
Sur l’articulation recherchée entre médiation commerciale et projection juridique internationale, voir le Bulletin nº 11, mémo 5, « Mise à niveau du cadre chinois de la médiation commerciale et projection internationale ».
Commentaire
Hongkong remplissait déjà une fonction d’intermédiaire financier pour l’économie chinoise. Le plan cherche à y concentrer davantage d’activités nécessaires à une opération extérieure, depuis l’étude du marché jusqu’au traitement des litiges.
Ce changement de portage a des conséquences juridiques. La loi de sécurité nationale imposée en 2020 et l’ordonnance hongkongaise entrée en vigueur en 2024 ont modifié les conditions dans lesquelles travaillent les entreprises et leurs conseils. Les institutions et le vocabulaire de la common law coexiste avec un droit chinois continental soumis au contrôle politique du Centre (Pékin).
Pour une entreprise étrangère appelée à conclure un contrat, à traiter des données ou à régler un différend à Hongkong, la portée des garanties doit donc être examinée au cas par cas.
▶ Politique extérieure
6. Pékin exploite le vide narratif de Washington sur Taïwan
Le 24 septembre, selon une brève de Xinhua consacrée à la question taïwanaise (compte rendu officiel), Xi Jinping a demandé aux États-Unis de "maintenir” leur opposition à l’indépendance de Taïwan, formulation plus contraignante que la position américaine consistant à « ne pas la soutenir ». Si la Maison-Blanche ne mentionne pas Taïwan dans son propre compte rendu (White House), elle reprend une autre idée développée par Pékin selon laquelle « les États-Unis et la Chine étaient alliés pendant la Seconde Guerre mondiale ». Le 25 septembre, le ministère taïwanais des Affaires étrangères (MoFa) a contesté la présentation chinoise de la position américaine. Le Conseil des affaires continentales (MAC) a, pour sa part, dénoncé l’appropriation par Pékin de l’histoire de l’alliance conclue pendant la Seconde Guerre mondiale entre les États-Unis et la République de Chine. Leur réaction vise deux points précis : l’absence de réponse publique américaine à la demande formulée par Xi Jinping sur Taïwan et l’emploi du terme générique « Chine » pour désigner l’allié asiatique des États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale, alors représenté par la République de Chine (ROC), et non la République populaire de Chine (RPC), fondée en 1949, après la fin de la guerre.
( 5 997 signes. Mots-clés : Taïwan ; MAC )
Comptes-rendus croisés
Lors de leur entretien du 24 septembre à la Maison-Blanche, Xi Jinping et Donald Trump ont abordé les principaux contentieux bilatéraux, dont le commerce, l’intelligence artificielle et Taïwan. Le compte rendu publié par Xinhua attribue à Xi Jinping la déclaration suivante :
« La position de la Chine en faveur de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale est très claire. Nous espérons que les États-Unis maintiendront la juste position consistant à s’opposer à l’“indépendance de Taïwan”, traiteront prudemment la question taïwanaise et établiront ainsi une base solide pour la coopération stratégique sino-américaine et le développement des relations entre les deux pays » (中方维护国家统一和领土完整的立场很清楚。希望美方坚持反对“台独”的正确立场,慎重处理台湾问题,为中美战略合作和两国关系发展奠定坚实基础). (习近平:美方应慎重处理台湾问题)
En demandant à Washington de « maintenir la juste position consistant à s’opposer à l’indépendance de Taïwan » (坚持反对“台独”的正确立场), le texte chinois présente l’opposition à l’indépendance comme une position américaine déjà acquise. Or la formulation traditionnelle de Washington consiste à déclarer que les États-Unis « ne soutiennent pas » l’indépendance de Taïwan. Le compte rendu chinois présente ainsi comme acquise une opposition américaine à l’indépendance, qui va au-delà de la formule traditionnelle de non-soutien.
D’autant que le compte rendu publié par la Maison-Blanche ne mentionne même pas Taïwan. (Maison-Blanche, bilan de la visite)
Réactions taïwanaises
Le 25 septembre, le ministère taïwanais des Affaires étrangères a répondu que la version de Pékin consistait à « déformer les faits et véhiculer unilatéralement sa position et ses revendications » (中方一贯透过扭曲事实,单方面传达其立场与主张).
Il a réaffirmé que :
« la République de Chine à Taïwan et la République populaire de Chine ne sont pas subordonnées l’une à l’autre » (中華民國台灣與中華人民共和國互不隸屬) et que « l’avenir de Taïwan ne peut être décidé conjointement et démocratiquement que par l’ensemble de la population taïwanaise » (台灣的未來只能由台灣人民以民主方式共同決定). (最新消息)
Le Conseil taïwanais des affaires continentales (MAC) a publié le même jour une réponse portant sur la dimension historique du récit chinois sur la Seconde Guerre mondiale, affirmant qu’il « déforme complètement les faits historiques » (完全是扭曲歷史事實).
« La République populaire de Chine, fondée seulement en 1949, n’existait absolument pas pendant la Seconde Guerre mondiale […] celle qui combattait véritablement aux côtés des États-Unis était la République de Chine » (1949年才成立的中華人民共和國,在二戰期間根本不存在……真正與美國並肩作戰的是中華民國).
Commentaire
La République populaire de Chine a été proclamée le 1er octobre 1949. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement de la République de Chine dirigé par Tchang Kaï-chek représentait internationalement la Chine. La République de Chine figurait parmi les principaux Alliés. Elle signa la Déclaration des Nations unies de 1942 et devint, en 1945, membre fondateur de l’ONU, avec un siège permanent au Conseil de sécurité. Les forces communistes chinoises ont participé à la résistance contre le Japon, mais elles ne représentaient pas alors l’État chinois auprès des États-Unis et des autres Alliés.
Le communiqué du Caire de 1943, adopté par Franklin Roosevelt, Winston Churchill et Tchang Kaï-chek, indique que les territoires pris par le Japon à la Chine, « tels que la Mandchourie, Formose et les Pescadores », devaient être « restitués à la République de Chine ». (Département d’État américain, texte du communiqué du Caire) Après la capitulation japonaise, les forces de la République de Chine ont pris en charge l’administration de Taïwan en 1945.
Le statut juridique ultérieur reste disputé. Le traité de paix de San Francisco de 1951 dispose que le Japon renonce à « tout droit, titre et revendication » sur Formose et les Pescadores, mais ne désigne aucun État bénéficiaire de cette renonciation. Ni la République populaire de Chine ni la République de Chine n’étaient parties à ce traité. (Département d’État américain, traité de San Francisco) En 1971, la résolution 2758 de l’Assemblée générale des Nations unies a reconnu les représentants de la République populaire comme les seuls représentants légitimes de la Chine à l’ONU et expulsé les représentants de Tchang Kaï-chek. Son texte ne mentionne pas Taïwan et ne tranche pas explicitement la question de sa souveraineté. (Nations unies, résolution 2758)
La réaction taïwanaise répond aussi à une formulation figurant dans le bilan américain du sommet. La Maison-Blanche écrit que les deux dirigeants « ont rappelé que les États-Unis et la Chine étaient alliés pendant la Seconde Guerre mondiale et avaient combattu côte à côte pour remporter la guerre ». L’expression générique « la Chine » gomme la distinction entre la République de Chine, alliée historique des États-Unis, et la République populaire établie quatre ans après la fin du conflit. Pékin peut ainsi s’attribuer la continuité politique de l’allié de 1945 et rattacher sa revendication sur Taïwan à l’ordre international issu de la guerre.
Analyse
Taipei a réagi à ce qu’il considère comme une tentative de requalification historique et diplomatique par Pékin qui présente le traitement de la question taïwanaise comme une condition politique du développement de la coopération bilatérale avec Washington. Pour Taipei, le risque est que Pékin exploite ce silence pour obtenir des concessions de l’administration Trump.
Jusqu’à aujourd’hui - nous sommes alors le 26/09 quand j'écris ces lignes - le silence américain entretient l’ambiguïté sur ses intentions. Il laisse aussi Pékin présenter au sein du PCC sa nouvelle demande à Washington, sans réponse publique immédiate, comme une victoire politique et diplomatique.
Si l’on se place du point de vue américain, Donald Trump n’a déclaré aucune opposition formelle à l’indépendance taïwanaise. À l’issue du sommet, il n’a annoncé ni suspension générale des ventes d’armes à Taïwan ni décision nouvelle sur le programme de 14 milliards de dollars déjà en attente qu’il avait précédemment présenté comme un excellent « levier de négociation » avec Pékin. Aucune modification de la politique américaine n’a été rendue publique.
Le document chinois post-sommet du 26 septembre recensant « les huit résultats et consensus » de la visite ne mentionne d’ailleurs pas Taïwan…(cf. mémo suivant).
Washington peut ainsi laisser subsister ce « vide narratif » pour ménager Pékin. Il peut aussi débloquer ultérieurement les ventes d’armes retardées et utiliser cette décision comme moyen de pression. La gestion de la vente du programme d’armement de 14 milliards de dollars en attente d’autorisation constituera un indicateur important de la place accordée aux demandes chinoises dans les arbitrages américains.
Remarque : ce mémo s’arrête aux publications du 26 septembre. Le suivant examine les déclarations ultérieures d’Alexander Yui, représentant de Taïwan aux États-Unis, ainsi que les réactions américaines.
7. Visite de Xi Jinping aux États-Unis: un cadre posé, des arbitrages reportés
La prolongation de deux mois de la trêve commerciale, jusqu’au 10 janvier 2027, s’inscrit dans un rapport de force où chacun demande des garanties de stabilité tout en conservant une marge d’incertitude sur ses propres décisions. La comparaison des publications officielles permet de distinguer les engagements communs, les négociations ouvertes et les dossiers sur lesquels aucun rapprochement n’est annoncé.
Côté chinois,
- Le compte rendu de Xinhua de l’entretien du 24 septembre entre Xi Jinping et Donald Trump (习近平同美国总统特朗普会谈)
- Le 26 septembre, le bilan officiel autour de « consensus en huit points sur les résultats de la visite », publié par Xinhua. 中美达成八点成果共识
- Le bilan présenté par Wang Yi aux journalistes accompagnant la délégation chinoise 开辟大国相处正确之道 书写中美关系历史新篇
- Les textes du 28 septembre du MOFCOM sur les mesures commerciales, l’investissement et l’IA : 商务部公布中美贸易理事会和“300亿对300亿”对等降税框架有关情况 ; 商务部美大司负责人解读第八轮中美经贸磋商成果
Côté américain, principalement le compte rendu de la Maison-Blanche du 25 septembre (Fact Sheet: President Donald J. Trump Advances a Fair and Reciprocal Relationship with China While Hosting Historic State Visit – The White House), ainsi que quelques prises de position individuelles.
( 6 539 signes ; Mots-clés : intelligence artificielle ; relations sino-américaines ; Taïwan)
La comparaison de ces textes fait apparaître
- Les accords confirmés par les deux parties, avec leur portée et leurs limites.
- Les négociations encore ouvertes, sur les modalités ou le fond.
- Les demandes ou engagements annoncés par une seule partie, sans confirmation de l’autre.
- Les désaccords stratégiques persistants
REM : l’astérisque (*) signale les dossiers précisés et documentés par le MOFCOM, le 28 septembre.
1.Les accords confirmés par les deux parties, avec leur portée et leurs limites :
- Cadre de « stabilité stratégique ».
- * Prolongation de la trêve et réductions tarifaires réciproques.
- * Conseils du commerce et de l’investissement.
- * Dialogue sur l’IA et canal de communication sur les incidents.
- Soutien réciproque à l’organisation de l’APEC et du G20 et intentions de participation des deux dirigeants.
2. Les négociations encore ouvertes, sur les modalités ou le fond :
- Terres rares et minerais critiques.
- * Conditions de prolongation après janvier.
- Contenu et modalités du dialogue sur l’IA.
- * Obstacles à l’investissement.
- * Accès aux marchés agricoles.
Le compte rendu américain reconnaît que les difficultés sur les minerais restent à traiter.
3. Les demandes ou engagements annoncés par une seule partie, sans confirmation équivalente de l’autre partie :
- Des négociations trilatérales sur les armements — demande américaine : Trump propose des discussions entre les États-Unis, la Russie et la Chine ; aucune acceptation chinoise n’est rapportée.
- Un mémorandum militaire de prévention des crises — engagement annoncé par Pékin : le compte rendu chinois prévoit sa signature prochaine ; le document américain ne le mentionne pas. L’origine de la proposition n’est pas précisée.
- Un *minimum annuel d’achats de charbon américain — engagement chinois annoncé par Washington : la Maison-Blanche mentionne au moins 10 millions de tonnes en 2027, puis autant en 2028 ; Pékin confirme le volet charbon sans reprendre ce volume précis.
- Une hausse de la production de produits pétroliers raffinés — demande américaine adressée à Pékin : D. Trump invite Xi Jinping à augmenter la production pour stabiliser l’offre mondiale. Aucun engagement chinois correspondant n’est rapporté.
4. Les désaccords stratégiques persistants
- Taïwan.
- Contrôles technologiques, dont les semi-conducteurs avancés.
- Ordre de sécurité en Indo-Pacifique.
- Russie et guerre en Ukraine.
- Péninsule coréenne.
Pour l’Ukraine et la Corée, les comptes rendus attestent des discussions sans résultat commun publié, mais éclairent peu les désaccords précis exprimés pendant le sommet.
L’IA et la « super intelligence »
Lors de leur rencontre, Xi Jinping et Donald Trump sont convenus d’établir un dialogue bilatéral sur les risques et les bénéfices de l’intelligence artificielle, ainsi qu’un canal de communication sur les incidents liés à cette technologie.
Le MOFCOM a précisé, lundi 28 septembre, qu’un premier échange avait eu lieu sous la conduite de He Lifeng et Scott Bessent et que le suivant était prévu avant fin novembre. Aucun engagement commun sur des règles de sécurité ou des limites au développement des modèles n’a été publié.
Mardi 29 septembre, avant une réunion avec les dirigeants américains du secteur, Trump a toutefois déclaré ne pas souhaiter travailler avec la Chine sur la gouvernance de l’IA, invoquant la nécessité de préserver l’avance américaine (Trump rejects calls to work with China on AI safety despite Xi summit progress | South China Morning Post).
La déclaration de Trump suggère que Washington entend subordonner la coopération avec Pékin à la préservation de l’avance américaine. Ce qui exigerait un contrôle plus étroit des risques et des informations sensibles, limitant d’autant le champ d’une coopération avec Pékin.
Taïwan
Dans notre mémo précédent, dont les faits rapportés s’arrêtent au 26 septembre, nous observions un vide narratif américain, malgré les insistances chinoises. Il a été comblé depuis et les prises de positions, certaines à l’emporte-pièce, illustrent en creux que Taïwan reste un sujet central de la relation bilatérale et que D. Trump conserve la possibilité d’utiliser le dossier des ventes d’armes en suspens comme bargaining chip dans les semaines et les mois à venir.
- Le 27 septembre, l’ambassadeur américain en Chine, David Perdue, affirme que la politique envers Taïwan reste inchangée et rapporte que Trump aurait proposé à Xi d’acheter des armes américaines. Le 28, Donald Trump conteste en personne cette anecdote. Le département d’État précise qu’aucune offre ni aucun projet de vente à la Chine n’existent (AP : Trump disputes his ambassador’s account that he asked China’s president if he wanted to buy US arms).
- Le 29, le ministre taïwanais de la Défense, Wellington Koo, confirme avoir reçu des assurances américaines de continuité, bien que le paquet de 14 milliards de dollars d’armements demeure suspendu. Le même jour, après avoir rencontré le représentant taïwanais à Washington, Alexander Yui, Roger Wicker, président républicain de la commission sénatoriale des forces armées, demande l’emploi effectif des moyens votés par le Congrès et rappelle l’engagement américain de ne pas consulter Pékin sur les ventes à Taïwan :
As members of Congress, we have a duty to make sure this law is adhered to and that decisions about the defense needs of Taïwan are based on our joint assessment of military necessity
La pression de responsables républicains du Sénat peut renforcer le pouvoir de négociation de la Maison-Blanche, qui qualifiait déjà les ventes suspendues de moyen de pression potentiel sur Pékin. Cette pression parlementaire lui permettrait de présenter à Pékin la poursuite de leur suspension comme une concession de plus en plus coûteuse.
Néanmoins, certains experts américains envisagent un maintien de la suspension pendant toute la séquence des prochaines rencontres de Shenzhen et de Miami, voire au-delà. (Focus Taïwan : U.S. may delay Taïwan arms sale amid more Trump-Xi meetings: Analysts)
Analyse
Le maintien en suspens de ces ventes d’armes à Taïwan procure aux deux parties des avantages, bien que différents : D. Trump peut chercher à obtenir des concessions en rappelant qu’il pourrait débloquer les ventes, mais Pékin bénéficie, pendant ce temps, de leur suspension, alors que Taipei supporte les conséquences d’un tel report dans la mise à niveau de ses capacités de défense.
Au final, est-ce que cette trêve prolongée, conclue rapidement dès le premier jour du séjour de Xi Jinping à Washington, a permis de rapprocher les positions sur les grands sujets stratégiques ? Non, pas vraiment, si l’on s’en tient aux comptes rendus officiels émis à ce jour.
Peut-on interpréter les annonces américaines et chinoises comme un gain en termes de sécurité juridique, notamment pour l’Europe ? Difficilement.
Pour les entreprises européennes, la prolongation de la trêve ne suffit pas à garantir la continuité des approvisionnements. Une suspension des restrictions peut coexister avec des délais ou des incertitudes dans le traitement des licences et le dédouanement. Le bénéfice opérationnel dépendra donc des modalités d’application et de la régularité des autorisations effectivement accordées.
C’est ce que pointe diplomatiquement un communiqué de la Chambre de commerce de l’Union européenne en Chine, daté du 24 septembre. Statement on the 23rd September Announcement That the US-China Trade Truce Would Be Extended Until 10th January 2027 . L’imprévisibilité du traitement des licences, que la Chambre formule en termes de « dysfonctionnements administratifs », pourrait ne pas s’avérer moindre lors de la trêve.
8. UE-Chine, le bras de fer se poursuit : le cas des onduleurs
Selon Euronews, dans un article du 23 septembre, la Commission européenne maintient, à compter du 1er novembre prochain, l’exclusion ou le remplacement progressif des onduleurs de fournisseurs jugés « à haut risque » dans les projets énergétiques bénéficiant de financements européens. Cette mesure, annoncée en mai et visant notamment les fournisseurs chinois, répond aux risques de manipulation à distance et de perturbation des réseaux électriques. Les investisseurs et les professionnels des énergies renouvelables demandaient un report, invoquant la disponibilité des équipements de remplacement, leur coût et les conséquences sur les garanties et la maintenance. La Commission estime qu’une offre alternative viable existe et que le surcoût est justifié par la protection des infrastructures énergétiques. À deux semaines de la visite à Pékin du commissaire européen au Commerce et à la Sécurité économique, Maroš Šefčovič, prévue les 8 et 9 octobre, Bruxelles confirme ainsi le maintien de son calendrier dans un dossier contesté par la Chine depuis mai.
Relié, Bulletin n°27 du 15 mai 2026 : UE-Chine : avec les onduleurs, Bruxelles reteste la doctrine du fournisseur (chinois) à haut risque
( 3 040 signes. Mots-clés : MOFCOM ; CSA ; IAA)
Rappel du contexte
En mai dernier, la mesure sur les onduleurs s’inscrivait dans une succession d’initiatives européennes contestées par Pékin. Le 20 avril, le MOFCOM avait dénoncé les critères de « fournisseurs à haut risque » du projet de révision du Cybersecurity Act (CSA), susceptibles d’entraîner des exclusions dans dix-huit secteurs d’activité. Le 27 avril, il avait contesté les exigences d’origine européenne et les conditions d’investissement prévues par l’Industrial Accelerator Act (IAA). Le 29, la représentation chinoise auprès de l’UE avait menacé de contre-mesures en cas d’exclusion de Huawei et ZTE. Selon le MOFCOM, l’UE classait pour la première fois la Chine parmi les « pays à haut risque », lui infligeant un traitement « injuste et discriminatoire ».
L’UE maintient son calendrier
Selon Euronews, Bruxelles maintient le 1er novembre 2026 pour appliquer les restrictions concernant les onduleurs de fournisseurs jugés « à haut risque » dans les projets énergétiques bénéficiant de financements européens. Les projets concernés devront les exclure ou organiser leur remplacement progressif. L’article ne permet pas de conclure que tous les onduleurs chinois installés dans l’Union devront être retirés à cette date.
Commentaire
Pékin pouvait s’attendre à une telle décision de la Commission, ce que suggère l’absence de réaction du MOFCOM (au 29 septembre). Et elle ne lui apprend rien de nouveau.
Pour Pékin, le défi tient à la combinaison de deux niveaux d’examen que l’UE développe en parallèle :
- les conditions de participation de ses entreprises à l’industrie et aux infrastructures européennes : financements, pratiques concurrentielles, contribution industrielle locale ;
- leur admissibilité dans les secteurs concernés : origine et contrôle de l’entreprise, liens avec le pouvoir politique et risques associés.
L’examen européen s’étend ainsi des caractéristiques du produit et de son lieu de fabrication à l’entreprise qui le fournit et à son environnement politique et juridique. Selon notre lecture, c’est cette évolution que Pékin cherche à contrer : une implantation ou une production en Europe pourrait satisfaire les exigences industrielles locales tout en restant exposée à une exclusion fondée sur les risques associés au fournisseur. La combinaison de ces critères permettrait à l’UE de déterminer si une opération industrielle chinoise est admissible, doit être assortie de conditions ou doit être exclue, selon les secteurs et les instruments concernés.
Analyse
Dans ce contexte, le dossier des onduleurs touche un point particulièrement sensible pour Pékin : l’exclusion de ses entreprises sur la base d’un risque lié à leur pays d’origine. Il figure déjà dans les discussions bilatérales. Le 29 juin, Wang Wentao avait explicitement associé les restrictions de financement des onduleurs, le CSA et l’IAA dans ses échanges avec Maroš Šefčovič. Le maintien du calendrier européen pourrait donc peser sur leur prochaine rencontre, au-delà du seul marché des équipements électriques.
Ce dossier illustre une dimension centrale de la rencontre d’octobre entre les deux négociateurs. De leur discussion pourraient ainsi dépendre les conditions de la présence industrielle chinoise en Europe et, dans certains secteurs, son admissibilité même.
Hypothèse : Bruxelles pourrait chercher à obtenir des garanties sur l’autonomie effective des entreprises chinoises ; l’impossibilité de les obtenir contribuerait à faire du contrôle de l’économie par le PCC un sujet explicite de sa politique envers la Chine, notamment dans le volet OMC du mécanisme de dialogue UE-Chine.
▶ Influence et ingérences
9. Chine-Belgique : un entrisme d’une autre époque
La Lettre du 27 septembre consacre une enquête à une ressortissante chinoise installée à Bruxelles, désignée par la lettre « Y ». Elle dirige depuis 2025 un club d'affaires destiné aux dirigeants d'entreprise européens. Le club organise des soirées dans un grand hôtel bruxellois et prévoit de s'étendre à Paris. Des responsables politiques et économiques de premier plan y ont participé. Sa présence dans des cercles proches de la cybersécurité de l'Otan, sa recherche active de contacts, et l'invitation d'un cadre du secteur, puis de son fils, à un voyage en Chine auraient alerté un service de renseignement occidental. L'enquête replace l'affaire dans un climat belge de vigilance accrue, après deux dossiers d'espionnage chinois cet été. Elle évoque ensuite l'hypothèse d'un lien avec le Front uni. L'intéressée, contactée par le journal, dément tout lien avec les autorités chinoises.

Commentaire
Cette enquête fait suite aux révélations de la Lettre dont nous avions rendu compte dans un précédent bulletin (n°39, du 3/09 : « Nouvelle affaire d’espionnage : le chemin de moindre résistance »
A noter que l’intrigante présumée, « Y », serait diplômée de chinois langues étrangères d’une université du sud de la Chine, l’enseignement du chinois aux étrangers devient, en effet, un vecteur montant d’influence et de pénétration des élites étrangères.
Il en va de même des « Club d’affaires » qui pullulent littéralement depuis les années 2000 et qui demeurent the place to be pour les nostalgiques et les invétérés du business as usual avec la Chine.
Autre remarque, sans aucune prétention à la généralisation : les méthodes de "tamponnage" décrites par cette enquête peuvent étonner par leur rusticité et leur manque de discrétion. Ces scènes de genre si typées, que l’on daterait volontiers de l’ère soviétique - pour mieux en minimiser l’impact et la dangerosité - doivent pourtant donc bien fonctionner encore aujourd’hui sur leur population cible.
Je note également que des «photographes asiatiques mitraillent méthodiquement les visages des invités » lors de ces cocktails et afterworks, une pratique aussi observée par l’auteur, notamment à Paris, lors de colloques et conférences organisés par des think tanks.
Par ailleurs, l’enquête suggère une proximité entre l’intrigante madame « Y », ses activités et les fins qu’elle poursuit avec un service du PCC, le Front Uni. Bien que ce service soit très actif en opérations d’influence extérieures, les faits rapportés semblent plutôt décrire le modus operandi d’un autre service spécialisé chinois.
L'invitation d'un cadre de la cybersécurité, puis de son fils, à un voyage en Chine pour y rencontrer des chefs d'entreprise et autres personnalités importantes correspond au schéma classique de repérage et d'évaluation du ministère de la sécurité d’Etat (MSE).
Mais au-delà de l’identité du commanditaire et de ses exécutants, ce qui doit nous alerter dans ce que révèle cette enquête est notre propre vulnérabilité, une propension à s’imaginer hors d’atteinte ou, pire, à ne rien imaginer du tout ou encore à considérer maitriser la situation en toute circonstance et, comme M. Jourdain, faire de l’influence sans le savoir (« il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j’en susse rien », le Bourgeois gentilhomme).
Un article de De Morgen, postérieur à l’enquête de La Lettre, apporte quelques précisions. Il nomme ladite « Y », « Yifei Yang », ou plutôt Yang Yifei (nom/prénom), et son club, le Global CEOs Dinner Club. Elle l’aurait fondé avec un expert belge de la cybersécurité, qui serait passé par la Banque européenne d'investissement et la Commission, et aurait dirigé pour Siemens un projet à l'Otan…
▶ Documentation & Agenda
◇ Documentation
Peu de doc cette semaine…
- Chine-Corée du Nord
Le rapprochement sino-nord-coréen et les nouveaux défis stratégiques pour Séoul, le 21 septembre 2026, par Valérie Niquet, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Résumé : La visite de Xi Jinping à Pyongyang en juin 2026 marque un rapprochement pragmatique visant à contrer la perte d'influence chinoise liée aux liens militaires croissants entre la Corée du Nord et la Russie. En abandonnant les références publiques à la dénucléarisation, Pékin s'accommode de facto de l'arsenal nord-coréen pour privilégier la stabilité du régime. Toutefois, ce rapprochement reste limité par des divergences profondes et le refus chinois d'une alliance rigide. Pour la Corée du Sud, cette dynamique, conjuguée à l'incertitude sur la dissuasion américaine, accroît le risque d'isolement et de marginalisation stratégique.
◇ Agenda
- UE-Chine
Hier, le 30 septembre MOFCOM présente désormais le possible nouvel instrument commercial franco-allemand comme une mesure protectionniste visant la Chine. A suivre dans le cadre des négociations en cours avec la Commission européenne et le déplacement de son commissaire au commerce en Chine, les 8 et 9 octobre prochain.
- ASEAN-Chine
Le 5 octobre, 5è réunion de l’ASEAN Cyber Defence Network, à Kuala Lumpur. Track 1 militaire et technique, réservé aux membres de l’ASEAN. La Chine ne participe pas directement, mais cette enceinte peut contribuer à définir des normes régionales sur la protection des infrastructures militaires et critiques, les échanges d’informations et l’attribution des attaques. Pékin surveillera surtout une éventuelle ouverture du réseau aux partenaires de l’ADMM-Plus (ASEAN Defence Ministers’ Meeting Plus) et l’importation de standards américains, japonais, australiens ou indiens.
◇ Conférence
Le 8 octobre, 18h30-20h, l’Institut Thomas More organise une conférence en ligne : « Gouverner par la purge : comment Xi Jinping transforme le pouvoir chinois ». À l’occasion de la publication de ma nouvelle note, « Les Mouches et les Tigres : fonction, pratique et dialectique de la purge dans la Chine de Xi Jinping », l’Institut aura le plaisir de recevoir François Godement, Historien, expert résident et conseiller spécial Asie et États-Unis à l’Institut Montaigne, avec qui nous aurons le plaisir de discuter. Ci-après, le lien d’inscription à l’événement : Gouverner par la purge : comment Xi Jinping transforme le pouvoir chinois
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