Bulletin n°41 : Chine-Etats-Unis, intelligence artificielle, vers une montée aux extrêmes

Les manuels chinois au service de la reproduction des élites du Parti, Télécommunications, XVe Plan pour les véhicules intelligents connectés ; À New Delhi, les BRICS et la Chine ; Chine-Etats-Unis et l'IA ; l’ultra-fast fashion, la France et les marchés publics européens

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Bulletin n°41 : Chine-Etats-Unis, intelligence artificielle, vers une montée aux extrêmes
Charlie Chaplin, dans le film "The Great Dictator", 1940

Edito

À huit jours de la rencontre entre Xi Jinping et Donald Trump, l’intelligence artificielle rejoint bruyamment les nombreux dossiers commerciaux et stratégiques qui seront sur la table des négociations.

« We’re the most sophisticated country in the world, and frankly I want to keep it that way because whoever wins AI wins. » Cette formule, prononcée le 13 septembre par Donald Trump sur le parcours de son golf en Irlande, répondait aux appels lancés, pour des motifs différents, par plusieurs dirigeants de grands laboratoires américains en faveur d’un ralentissement du développement des modèles les plus avancés.

La perspective du sommet alimente-t-elle la fièvre actuelle ? Aux États-Unis, les craintes existentielles se mêlent aux intérêts financiers et à la compétition avec la Chine. Les scénarios « IApocalyptiques » nourrissent les appels au ralentissement. La rivalité stratégique entre les deux superpuissances commande au contraire d’accélérer la course.

L’appareil du PCC et ses grands médias sonnent la charge sur un registre différent de celui des acteurs américains. La protection du régime et la gouvernance de l’IA à l’échelle globale dominent les débats  internes et les prises de position publiques. Chen Yixin, ministre de la Sécurité d’État, place ainsi au premier rang la « sécurité politique » celle des institutions et du contrôle idéologique. Et si les entreprises chinoises de l’IA sont moins vocales, c’est aussi que Pékin les pousse en sous-main grâce aux fonds publics et à un soutien industriel souvent peu visible. La nouvelle levée de capitaux de Z.ai en fournit une illustration récente.

Ces neuf derniers jours, le ministère de l’Industrie (MIIT) a publié son plan des communications, celui des véhicules intelligents connectés, le programme « IA + logiciels », puis le plan de l’industrie électronique couvrant l’IA, avec en ligne de mire l’exportation d’écosystèmes industriels, normatifs et technologiques complets.

Le sommet pourra-t-il ouvrir une forme de « SALT de l’IA », inspiré des discussions américano-soviétiques sur le contrôle des armements ? Des garde-fous communs supposeraient des procédures de vérification et des mécanismes de gestion des incidents. Sans ces instruments, chaque camp continuera d’invoquer la sécurité tout en accélérant sa propre course.

L’Europe quant à elle dispose bien d’instruments comme l’AI Act, mais elle n’a pas su ou pu engager avec Washington et Pékin un dialogue politique de même niveau, ni de même nature. Sa grammaire s’applique surtout aux géants de l’IA pour corriger leurs excès. Pour peser dans les négociations, elle devra permettre à ses propres entreprises technologiques de changer d’échelle. On ne peut que constater aujourd’hui combien elles manquent à l’Europe !

Faute de quoi, cette grammaire réglementaire, presque exclusivement composée de verbes conjugués à l’impératif, se marie mal avec la complexité des technologies et des rapports de puissance. Dans cet intervalle, l’Europe risque de subir les conséquences d’une course dont Washington et Pékin fixeront le cadre et l’ensemble des termes.


▶ Politique intérieure

1. Les manuels chinois au service de la reproduction des élites du Parti

Le 8 septembre, à Pékin, Ding Xuexiang, membre du Comité permanent du Bureau politique du PCC et vice-Premier ministre, s’est adressé à la Conférence nationale sur les manuels scolaires. Objectif :  transmettre la théorie du Parti du primaire à l’université et développer des manuels fondés sur un « corpus de connaissances chinoises ». Cette orientation s’inscrit dans un objectif que Xi Jinping formulait dès 2018 : former les successeurs du régime pendant « des dizaines de générations ». (丁薛祥在全国教材工作会议上强调 紧紧围绕立德树人根本任务 加快构建中国特色高质量教材体系)  (3 475 signes. Mots-clés : éducation : PCC)

Quelques points majeurs

  • La conférence du 8 septembre réaffirme une ligne engagée depuis près de dix ans. Ding Xuexiang a rappelé que les manuels incarnent la volonté du Parti et de l’État. Les orientations qu’il a exposées portent sur leur contenu politique, depuis leur conception jusqu’à leur publication. Ces manuels doivent participer à l’instruction civique, morale et politique des élèves (立德树人).  ainsi qu’ à la construction d’un ensemble de savoirs et de connaissances en philosophie et sciences sociales propriétaires chinois (哲学社会科学自主知识体系), afin de les opposer aux « savoirs occidentaux ».
  • La construction des manuels est qualifiée de prérogative nationale (国家事权). Créée par le Conseil des affaires d’État en 2017, la Commission nationale des manuels coordonne la mise en œuvre de cette politique. Les 31 provinces ont constitué leurs propres organes de direction. Toutefois, dans les établissements d’enseignement supérieur, ce sont les comités du Parti qui assument la responsabilité éditoriale des manuels et supervisent leur diffusion.
  • Depuis l’automne 2021, le Manuel scolaire de la pensée de Xi Jinping est utilisé en troisième et cinquième années du primaire, puis au collège, au lycée et à l’université. Une directive distincte organise l’enseignement de la « direction du Parti » entre ces niveaux et dans les différentes matières.

Commentaire

Xi Jinping avait explicité la finalité de cette continuité lors de la Conférence nationale sur l’éducation en septembre 2018. L’école doit, selon lui, former génération après génération des personnes qui soutiennent la direction du PCC et le régime socialiste ; former des adversaires du socialisme constituerait un échec fondamental. Reprenant une mise en garde de Mao Zedong sur les générations que les puissances étrangères pourraient gagner à leur cause, Xi Jinping évoque les cinquième et sixième générations, puis « des dizaines de générations » à venir. Il présente la jeunesse comme l’enjeu d’une lutte politique durable. (《求是》杂志发表习近平总书记重要文章《培养德智体美劳全面发展的社会主义建设者和接班人》)

Le « Plan de construction d’une puissance éducative (2024-2035) » (教育强国建设规划纲要(2024-2035年)illustre ce fort ancrage politique des manuels scolaires. Selon ce plan à 10 ans, la théorie du Parti doit « orienter l’innovation des connaissances, des théories et des méthodes dans l’ensemble des disciplines de philosophie et sciences sociales ». Les résultats de cette recherche doivent ensuite nourrir programmes et ouvrages. Le plan prévoit aussi de nouveaux manuels scientifiques et techniques ainsi que l’introduction sélective de « bons manuels étrangers » en sciences notamment (ingénierie, agriculture, médecine…).

Analyse

Le projet vise la reproduction à long terme du pouvoir politique par la formation de ceux qui produiront et transmettront les connaissances. Les élèves d’aujourd’hui deviendront les enseignants, chercheurs et dirigeants de demain. Le PCC entend orienter les notions qu’ils apprendront, les critères selon lesquels ils jugeront les connaissances et les valeurs qu’ils transmettront à la génération suivante. Le « système autonome de connaissances » donne à ce projet la profondeur et l’étanchéité recherchées.

Pour une partie des futures élites chinoises, certains savoirs ne se présenteront plus comme des choix susceptibles d’être discutés. Cette perspective doit alerter l’Europe dans sa gestion des coopérations avec la Chine.

La portée de cet enseignement fondé sur un alignement politique intégral demeure incertaine. Il ne faut pas confondre conformité et adhésion intime. L’expérience soviétique montre qu’une organisation doctrinale dense peut obtenir l’une sans assurer l’autre.  Si les textes chinois établissent une ambition intergénérationnelle et décrivent des instruments de contrôle sur l’école et la société, ils ne permettent pas de mesurer ce que les élèves croient intimement. Mais les effets les plus durables de ce dispositif pourraient néanmoins créer des catégories nouvelles pour penser l’histoire chinoise, la légitimité du pouvoir et la place du pays dans le monde.

🏷️ PCC
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2. Télécommunications : la Chine prépare une offre industrielle « all- inclusive »

Le 7 septembre,  le ministère chinois de l’Industrie et des Technologies de l’information (MIIT) a publié son plan de développement du secteur de l’information et des communications pour 2026–2030. Par rapport au plan précédent, le calcul destiné à l’intelligence artificielle devient un objectif central,  mais sans que sa rentabilité soit acquise. Les réseaux satellitaires et les connexions internationales sont intégrés à une offre également destinée aux marchés étrangers. Enfin, les télécommunications sont traitées plus explicitement comme une filière industrielle intégrée, depuis les composants jusqu’aux services et aux normes. Sur les marchés tiers, cette offre pourrait devenir difficile à concurrencer équipement par équipement, entreprise contre entreprise. En parallèle, l’ouverture progressive du marché chinois ne garantit pas des conditions de concurrence comparables.

( 4 429 Signes. Mots-clés : intelligence artificielle ; MIIT ; télécommunication : Huawei )

Le déplacement des priorités

  • Le calcul destiné à l’IA

Le plan fixe un objectif de 9 800 EFLOPS de capacité de calcul destinée à l’IA en 2030, contre 1 590 en 2025, soit une multiplication par plus de six. Or, un EFLOPS mesure une capacité de calcul, non un chiffre d’affaires. Si Pékin prévoit de relier les centres de calcul entre eux et de créer un marché national permettant aux entreprises d’acheter cette capacité sous forme de service, leur construction ne garantit pas qu’ils trouveront assez de clients pour être rentables.

  • L’espace et l’international.

Le plan de 2021 prévoyait déjà des satellites et des câbles vers l’étranger. Le nouveau document précise leur articulation avec les réseaux terrestres et les usages commerciaux, dont de nouvelles liaisons par câbles vers l’Asie, l’Afrique et l’Europe. Il encourage par ailleurs les entreprises chinoises à construire et exploiter des réseaux mobiles, des installations de calcul et des services satellitaires sur les marchés émergents.

  • La filière industrielle verticalisée.

Le MIIT articule désormais plus étroitement toutes les briques de valorisation, de la recherche à l’élaboration des normes. Les dépenses d’infrastructure doivent produire des commandes, des lieux d’expérimentation et des produits éprouvés pouvant constituer une offre globale à l’étranger.

  • Les principaux bénéficiaires

Les trois grands opérateurs — China Mobile, China Telecom et China Unicom — seront au centre des achats et de l’exploitation des réseaux. Parmi leurs fournisseurs, Huawei, ZTE et FiberHome sont les mieux placés pour les équipements de communication et les réseaux optiques. Dans les installations de calcul, Huawei, Inspur Information et Sugon disposent d’offres de matériel et d’intégration. Enfin, Alibaba Cloud, Tencent Cloud et Baidu AI Cloud pourraient tirer parti de la vente de services de calcul et d’IA  (à condition que les capacités construites trouvent des utilisateurs payants).

Ces noms ne figurent pas dans le plan comme bénéficiaires désignés. Mais l’écosystème est déjà constitué.

Commentaire

Pour un acheteur étranger, aucun passage du plan ne l’oblige à tout acheter au même fournisseur. Mais, une fois les éléments conçus pour fonctionner ensemble, en remplacer un seul peut devenir coûteux et complexe.

L’offre globale risque alors de devenir, en pratique, un ensemble à prendre ou à laisser (take it or leave it). C’est pourquoi les entreprises européennes ne pourront pas toujours lui opposer la seule qualité d’une antenne, d’un routeur ou d’un câble : elles devront aussi pouvoir assembler et financer une solution de bout en bout, idéalement dans le cadre d’un consortium d’entreprises, sous peine d’apparaître moins compétitives.

D’autant que le plan demande explicitement de : 

« soutenir la participation des acteurs chinois à l’élaboration des normes internationales et accroître la portée internationale de ces normes » (« 支持国内企事业单位积极参与国际标准制定工作,持续提升标准国际化水平).

Il cite notamment l’Union internationale des télécommunications (UIT) et le 3GPP*, où s’élaborent les normes techniques de la téléphonie mobile. Cette ambition n’est pas nouvelle. Elle gagne toutefois en crédibilité grâce à des solutions déjà déployées à grande échelle en Chine et proposées à d’autres pays sous forme de systèmes complets.

Analyse : une réciprocité en trompe-l’œil

Le plan prévoit une ouverture graduelle de certaines activités de télécommunications chinoises à des entreprises étrangères, à partir « d’expérimentations » dont le périmètre pourra ensuite être étendu. Dans le même temps, il encourage les entreprises chinoises à développer sans attendre leurs infrastructures et leurs services hors de Chine.

Le mécanisme peut aussi se retourner contre l’Europe.

« L’ouverture » graduelle promise par Pékin, depuis un certain temps déjà, peut fonctionner au bénéfice de l’écosystème que Pékin a déjà construit. Sur les marchés tiers, les entreprises européennes devront parfois intégrer des équipements, logiciels ou normes chinoises pour participer à des projets complets et complexes. Elles pourront ensuite présenter ces mêmes solutions en Chine… Pékin sera d’autant plus disposé à leur ouvrir son marché que le cœur technique de leur offre restera compatible avec ses normes et fourni par ses entreprises. L’acteur étranger entre alors en Chine avec une proposition qui prolonge la filière chinoise au lieu de la concurrencer : la boucle est bouclée. C’est l’un des mécanismes pouvant servir la stratégie chinoise de “double circulation”.

Note : le 3GPP (3rd Generation Partnership Project) : partenariat réunissant des organismes de normalisation des télécommunications, dont l’ETSI européen. Ses groupes élaborent les spécifications techniques communes des réseaux mobiles, de la 5G aux travaux sur la 6G. Ce n’est pas une agence de l’ONU : les entreprises y participent aux travaux de définition des futurs équipements et réseaux

Remarque IPv6+. Le terme figure dans le plan sectoriel de 2021 mais pas dans celui du MIIT pour 2026–2030. Il ne s’agit pas d’un abandon du projet : un programme distinct publié en juillet 2026 par la Commission centrale chargée du cyberespace (CAC) prévoit de poursuivre le déploiement de l’IPv6+.

🏷️ intelligence artificielle MIIT télécommunications Huawei

3.Pékin assemble les briques de sa puissance financière

Le 10 septembre, quatre autorités financières ont annoncé l’adoption du Plan du XVe quinquennat pour la construction d’une puissance financière. La présentation officielle fixe l’ossature d’un système financier moderne chinois en 2030 et son achèvement fondamental en 2035. Le Plan poursuit trois objectifs : financer la transformation industrielle par davantage de fonds propres et de capital patient ; corriger les fragilités internes et protéger le système contre des chocs extérieurs intentionnels ; installer un écosystème international en yuan dont Pékin maîtrise les institutions, la liquidité et les infrastructures. Le seuil stratégique sera la multiplication de « boucles » dans lesquelles le yuan peut être emprunté, dépensé, placé et réutilisé à l’étranger sans conversion systématique en dollars. (SAFE : 国新办举行“开局起步‘十五五’”系列主题新闻发布会 介绍金融领域贯彻落实“十五五”规划、推动金融强国建设有关情况). La conférence du 10 septembre présente le Plan comme la stratégie générale du secteur financier pour 2026-2030. Elle retient six chantiers : pilotage macrofinancier, réglementation, traitement des risques, soutien à l’économie réelle, développement du secteur et ouverture internationale. La Banque populaire de Chine a adopté parallèlement son plan de réforme et neuf plans d’action sectoriels. Les documents publics livrent les objectifs et les instruments sans reproduire le Plan central dans son intégralité* ( 4 546 signes. Mots-clés : SAFE ; finance ; système bancaire)

 Le financement de la transformation industrielle et technologique.

Xi Jinping a reconnu la place excessive du financement indirect et de la dette, puis demandé de rééquilibrer crédit et marchés, dette et fonds propres. La Bourse, les obligations technologiques, le capital-risque, les banques et les instruments monétaires structurels doivent former une chaîne couvrant tout le cycle de l’entreprise. Les banques conserveront le financement des infrastructures et les grandes entreprises, mais la période du tout bancaire semble révolue. Un second moteur doit financer les sociétés technologiques dont les actifs sont immatériels, les revenus différés et le risque difficile à apprécier selon les critères bancaires traditionnels. (Xi Jinping, 31 janvier 2026  习近平:走好中国特色金融发展之路,建设金融强国)

 Au sujet de la « stabilité » globale du système financier.

Les autorités réduisent le nombre d’établissements locaux fragiles et recapitalisent les grands groupes publics : 520 milliards de yuans pour les grandes banques d’État en 2025, puis 360 milliards pour huit entreprises financières centrales en 2026 (cf. notre mémo bulletin n°40 : « Un capital patient sur décision politique »).

Xi Jinping exige également que l’ouverture prévienne les risques qu’« un adversaire » pourrait délibérément provoquer.

L’ouverture financière extérieure doit garantir la sécurité financière et économique nationale : il faut prévenir les risques engendrés par l’ouverture elle-même, mais aussi ceux que des adversaires pourraient délibérément provoquer. (金融对外开放必须确保国家金融和经济安全,既要防范开放本身带来的风险,还要防范博弈对手蓄意制造的风险)

Vers un écosystème international en yuan.

Xi Jinping, dans les textes qui lui sont attribués, associe à la puissance financière une monnaie de commerce, d’investissement et de réserve, des institutions mondiales, une influence sur les prix et un rôle dans l’écriture des règles.

La Banque populaire de Chine (PBoC) veut  former une circulation couvrant « toute la chaîne industrielle et tous les scénarios ». Elle développe les actifs liquides, la couverture, les banques de compensation, les swaps et le système chinois de paiement interbancaire transfrontalier (Cross-Border Interbank Payment System, CIPS).

 *Note----- Le XIIe Plan financier avait été publié intégralement, avec ses indicateurs ; les plans généraux des XIIIe et XIVe quinquennats sont restés largement inaccessibles. Au 11 septembre 2026, le nouveau Plan, celui de la Banque populaire de Chine et ses neuf plans d’action, ne sont connus que par des présentations générales. Sans pouvoir prouver une volonté délibérée d’opacité, cette évolution réduit objectivement la possibilité d’identifier et de vérifier les arbitrages de Pékin.

Commentaire

Ce XVe Plan, semi-public, veut paramétrer la puissance financière à l’aune du projet industriel. Une entreprise chinoise devra financer un projet extérieur en yuan, vendre dans cette monnaie, couvrir son risque, conserver ses recettes offshore et les réemployer par une infrastructure sous juridiction chinoise.

Ce n’est pas un plan comme les précédents. Il marque une vraie rupture et une accélération de l’intégration des différents dispositifs en un écosystème fonctionnel et projetable, capable d’opérer au-delà des seuls canaux financiers occidentaux. Si le yuan représentait encore environ 2 % des réserves mondiales en 2025, Pékin construit donc les différentes fonctions (briques) qui manquent à une grande monnaie internationale. L’autonomie d’action et la continuité des paiements semblent être ses priorités immédiates. Le statut de réserve du yuan, la capacité d’influer sur les prix et l’influence normative constituent sa ligne d’horizon de puissance.

Pour l’Europe et ses entreprises, cela signifie que les financements chinois organisent déjà durablement en yuan la trésorerie, la facturation et la dette de projets situés dans des pays tiers. Ces boucles réduiront la visibilité fournie par les infrastructures en dollars et accroîtront le poids des règles, des normes et des intermédiaires chinois. La montée en puissance des banques d’investissement et des « prix de Shanghai » donnera aussi à Pékin davantage de moyens pour accompagner les acquisitions et valoriser les actifs.

Notre attention (critères et indicateurs) devra par conséquent se porter sur la formation de chaînes financières complètes, bien davantage que sur la seule part du yuan dans les paiements mondiaux.

++Cas d’espèce :   une boucle en yuan déjà observable++

L’Administration nationale des changes (SAFE) décrit, en prenant garde de ne pas l’identifier, un projet international d’extraction d’uranium dans lequel un groupe chinois a remplacé une partie de ses prêts en dollars par des financements en yuan, puis libellé une partie de ses ventes d’uranium dans la même monnaie.

  • Les recettes servent directement au paiement des intérêts.
  • Les dettes internes et la monnaie fonctionnelle de la société d’acquisition ont également été converties en yuan.

Le yuan remplit ainsi des  différentes fonctions de financement, de facturation, de perception des revenus, d’unité de compte et de service de la dette au sein d’une activité menée à l’étranger.

La source ne précise toutefois pas si les fournisseurs sont payés en yuan ni si les excédents sont placés puis réalloués offshore. Ce cas n’est pas encore une boucle complète à l’échelle d’un secteur.

🏷️ SAFE Finance système bancaire

4. Circulaire sur le traitement des difficultés d'encaissement des PME

Le Bureau général du Conseil des affaires d'État (CAE) a rendu publique, le 10 septembre, une circulaire consacrée aux retards de paiement que subissent les petites et moyennes entreprises chinoises. Chaque ministère sectoriel devra établir des règles de paiement fixant le point de départ du délai, les modalités de réception des marchandises et la durée maximale ; les grandes entreprises, et d'abord les chefs de file de chaque filière, sont invitées à s'engager publiquement à régler leurs fournisseurs sous soixante jours et par un versement monétaire. (国务院办公厅关于加强中小企业回款难问题治理有关工作的通知)

Lorsque le contrat ne précise rien, le paiement par versement monétaire devient obligatoire, et les entreprises publiques centrales devront payer la totalité de leurs fournisseurs PME de cette manière. Les grands groupes qui cumulent d'importantes dettes fournisseurs et une trésorerie abondante feront l'objet d'une surveillance, de convocations interministérielles et, s'ils refusent de se corriger, de sanctions au titre de la loi contre la concurrence déloyale ; les sociétés cotées devront publier leurs délais de paiement moyens.

Enfin, les reconnaissances de dette électroniques par lesquelles les grands groupes chinois règlent une partie de leurs factures fournisseurs sans débourser d'argent voient leur durée ramenée à six mois, banques et sociétés d'affacturage ayant désormais interdiction de les financer au-delà, et les plateformes qui les émettent doivent transmettre l'intégralité de leurs données à la Bourse des effets de Shanghai.

Commentaire

Les observateurs y voient pour l'essentiel un texte de plus en faveur des PME, après le règlement de 2020 sur la garantie du paiement des petites et moyennes entreprises, la directive du Comité central et du Conseil des affaires d'État d'octobre 2024 sur les impayés entre entreprises (关于解决拖欠企业账款问题的意见) et la révision de ce règlement en mars 2025 (保障中小企业款项支付条例, décret n° 802). La circulaire traite en réalité un problème de nature monétaire.

Depuis des années, les grands groupes chinois règlent une partie de leurs fournisseurs non pas en argent, mais en reconnaissances de dette électroniques émises sur leurs propres plateformes, que le fournisseur peut à son tour transmettre à ses sous-traitants ou faire escompter par une banque moyennant des frais. Ces titres circulent donc comme une monnaie, sans que leur émission soit soumise à autorisation ni leur volume comptabilisé dans aucune statistique de crédit.

L’Association nationale de la finance sur Internet, chargée depuis 2025 de leur recensement, a publié le 13 janvier 2026 le premier chiffre officiel : un encours de 2 570 milliards de yuans au 30 novembre 2025, dont 1 930 milliards avaient été financés ou escomptés par des banques ou des sociétés d’affacturage. En limitant la durée de ces titres à six mois et en obligeant les plateformes émettrices à transmettre l’intégralité de leurs données à la Bourse des effets de Shanghai¹, Pékin se donne pour la première fois les moyens de contrôler et de surveiller en temps réel l’ensemble du circuit financier.

L'impulsion est venue d’en haut, du Bureau politique, réuni le 30 juillet dernier, notamment pour arrêter la politique économique du second semestre.

Il a demandé que le traitement des impayés entre entreprises cesse d'être une campagne ponctuelle pour devenir une tâche permanente. Le ministère de l'Industrie et des Technologies de l'information (MIIT) et l'Administration d'État de la régulation du marché (SAMR) ont appliqué cette consigne au secteur automobile le 7 septembre (关于推动汽车企业规范供应商账款支付 优化账期管理的通知), premier texte national jamais consacré aux délais de paiement d'une filière. La présente circulaire du CAE en étend le dispositif à tous les secteurs.

Analyse

Ce « nettoyage » a une portée internationale intrinsèque. Payer ses fournisseurs avec des mois de retard revient à se financer gratuitement sur leur dos, donc à produire à un coût que les comptes de l'entreprise ne reflètent pas. C'est précisément l'argument sur lequel reposent les procédures antidumping engagées contre la Chine par l'Union européenne, les États-Unis, l'Inde ou le Brésil : les prix et les coûts chinois seraient faussés au point de ne pouvoir servir de référence, ce qui autorise les enquêteurs à leur en substituer d'autres.

En imposant aux entreprises cotées de publier leurs délais de paiement et leurs modes de règlement, Pékin produit des données vérifiables qui lui permettront de contester cette présomption de distorsion généralisée, quitte à fournir dans l'intervalle des « munitions » aux enquêteurs étrangers. La lutte contre la concurrence par les prix, que les dirigeants chinois désignent depuis 2024 sous le terme d'« involution », poursuit le même objectif : assainir un marché intérieur dont les excès sont devenus le principal grief commercial adressé à la Chine par ses partenaires.

Reste que l'obligation elle-même n'a pas été durcie. Le délai de soixante jours n'est imposé à personne et les entreprises sont invitées à s'y engager d'elles-mêmes.  De plus, le règlement de 2025 continue d'autoriser les parties à convenir d'un délai plus long, faculté qu'un donneur d'ordre obtient sans difficulté d'un fournisseur qui dépend de ses commandes. C'est ce qui explique que six années de réglementation n'aient pas inversé la tendance. D'après le Bureau national des statistiques (BNS), les factures non encore encaissées par les entreprises industrielles chinoises atteignaient 28 600 milliards de yuan à la fin du mois de juin 2026, en hausse de 8,1 % sur un an, soit une progression supérieure à celle de leur chiffre d’affaires !

L'efficacité du nouveau dispositif se mesurera donc à son application, et d'abord à l'identité des premières entreprises convoquées puis sanctionnées, selon qu'elles relèveront du secteur privé ou du secteur public.


*Bourse des effets de Shanghai — Shanghai Commercial Paper Exchange (上海票据交易所). Créée en décembre 2016 sous la tutelle de la Banque populaire de Chine (PBoC), elle centralise l'enregistrement, la négociation et le règlement des effets de commerce à l'échelle nationale.

🏷️ MIIT SAMR
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2 Brèves

5. XVe Plan quinquennal pour les véhicules intelligents connectés à énergies nouvelles

Le 10 septembre, le ministère de l’Industrie (MIIT) et huit autres administrations ont publié un plan qui réunit dans un même document-cadre les deux axes définis en 2020 sur les véhicules à énergies nouvelles et les véhicules intelligents. D’ici 2030, Pékin vise 70 % de véhicules à énergies nouvelles parmi les ventes de voitures particulières, 40 % parmi les véhicules utilitaires et le déploiement à grande échelle de la conduite automatisée. L’internationalisation constitue l’un des quatre grands attendus. Le texte prévoit des « expérimentations » avec des « pays et régions clés » pour obtenir la « reconnaissance mutuelle » des réglementations et construire des infrastructures communes de traitement des données. 智能网联新能源汽车产业发展“十五五”规划

(mots-clés : MIIT : véhicules électriques ; intelligence artificielle)

Commentaire. Ce plan prépare la projection extérieure d’un écosystème industriel complet et indivisible (ce que j’appelle « all-inclusive » dans mon mémo sur le plan télécom). L’intégration réalisée en Chine des différentes briques et usages doit rendre cette architecture reproductible sur les marchés tiers. L’automobile devient ainsi le premier système « cyberindustriel » chinois complet susceptible d’être déployé à très grande échelle hors de Chine.

🏷️ véhicules électriques intelligence artificielle

6.XVe Plan quinquennal pour l’industrie électronique et des technologies de l’information

Le 15 septembre, le ministère de l’Industrie (MIIT) et la Commission nationale du développement et de la réforme (NDRC) ont publié le plan 2026-2030 du secteur électronique. Pékin vise un chiffre d’affaires supérieur à 30 000 milliards de yuans et une intensité de R&D de 3,5 % en 2030. Le plan part des équipements nécessaires à la fabrication des semi-conducteurs. Il remonte jusqu’aux systèmes de calcul et aux produits finis. Une section spécifique organise le développement des puces d’intelligence artificielle et du calcul embarqué. Les modèles doivent fonctionner directement dans les téléphones, les véhicules ou les machines. À l’international, le texte prévoit d’accroître les exportations de produits haut de gamme. Il demande aussi de promouvoir les normes chinoises et de renforcer les dispositifs de réponse aux sanctions extraterritoriales. (电子信息制造业发展“十五五”规划)

(mots-clés : NDRC ; MIIT ; intelligence artificielle)

Commentaire. Ce plan préfigure la formation d’un système industriel complet centré sur l’intelligence artificielle. Le terminal de nouvelle génération, conçu autour de l’intelligence artificielle, doit créer un marché pour les composants nationaux et servir de support aux logiciels chinois. Sa diffusion à l’étranger doit ensuite entraîner celle des normes et des services associés. Le document était préparé depuis 2025, mais sa publication, pendant les discussions sino-américaines organisées en amont du sommet Trump-Xi, n’est pas un hasard de calendrier.

🏷️ NDRC MIIT intelligence artificielle
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▶ Politique extérieure

7. À New Delhi, les BRICS préparent déjà la présidence chinoise de 2027

Les dirigeants et représentants des onze membres des BRICS se sont réunis à New Delhi les 12 et 13 septembre. Narendra Modi, Xi Jinping, Vladimir Poutine et le président iranien Massoud Pezeshkian y ont défendu des conceptions différentes de l’organisation. La déclaration finale préserve néanmoins les apparences, mais réalise quelques avancées dans l’industrie, les douanes et les sciences. En revanche, les dossiers les plus attendus (paiements, intelligence artificielle et sécurité internationale) enregistrent peu de progrès réels, malgré des impulsions nouvelles. Ces avancées, même limitées, suivent toutefois une trajectoire commune : réduire l’exposition des BRICS aux leviers technologiques, financiers et coercitifs des États-Unis. En outre, Xi Jinping a déjà présenté les instruments que la Chine entend promouvoir… lorsqu’elle présidera les BRICS, en 2027. Le rapport de force pourrait donc évoluer au bénéfice de la Chine. Celle-ci serait alors en mesure de donner corps aux initiatives créées ou mises en chantier sous la présidence indienne. (Déclaration de New Delhi)

( 5474 signes. Mots-clés : Inde ; BRICS ; ONUDI)

Les discours des dirigeants ont défini plusieurs fonctions concurrentes pour les BRICS.

  • Narendra Modi a présenté une organisation fondée sur le consensus, qui « n’est dirigée contre personne ». Il a proposé un mécanisme permanent de suivi des décisions entre deux présidences. Le Brésil, l’Inde et la Chine — réunis dans la « troïka » formée par les présidences précédente, actuelle et suivante — seraient chargés de suivre les initiatives d’une présidence à l’autre. (Premier ministre indien, 12 septembre 2026)
  • Xi Jinping a demandé aux BRICS de devenir une force d’avant-garde dans l’innovation, la sécurité et la réforme de la gouvernance mondiale. Il a directement visé le découplage technologique, les droits de douane et la politique américaine de la « petite cour aux hauts murs » (小院高墙). (Xinhua, 12 septembre 2026)
  • Vladimir Poutine a décrit un monde multipolaire dont l’émergence est entravée par les sanctions et les rapports de force. (AP, 12 septembre 2026)
  • Massoud Pezeshkian a défendu l’emploi des monnaies nationales pour réduire l’exposition des membres aux pressions extérieures. (Présidence iranienne, 13 septembre 2026)

La déclaration commune absorbe ainsi les divergences nationales dans des formulations générales.

Sur le Moyen-Orient, elle appelle à la « retenue maximale » et condamne les sanctions non autorisées par le Conseil de sécurité des Nations unies, sans désigner leur auteur. Elle soutient le règlement pacifique des conflits, sans définir d’initiative diplomatique propre aux BRICS.

Les progrès les plus tangibles apparaissent dans les coopérations administratives.

  • Les douanes nationales ont conduit une première opération conjointe de contrôle et envisagé son renouvellement annuel.
  • Un réseau d’incubateurs des BRICS a été établi et le Centre BRICS des compétences industrielles (BRICS Centre for Industrial Competencies, BCIC) est entré en activité.
  • Les programmes scientifiques ont lancé un premier appel consacré à l’innovation, un appel pilote et leur septième appel régulier. Un réseau de coordination des grandes infrastructures de recherche est également proposé.

En revanche, les dossiers les plus médiatisés progressent lentement.

  • Le groupe de travail sur les paiements poursuit ses études d’interopérabilité et reconnaît l’absence de solution uniforme.
  • La déclaration sur l’intelligence artificielle applique les principes adoptés en 2025. Elle ne crée aucune capacité commune de calcul et n’arrête aucun modèle commun. Xi Jinping a toutefois annoncé un dispositif chinois destiné aux BRICS, dont la gouvernance et les moyens restent indéterminés.
  • Les BRICS poursuivent les travaux techniques sur le mécanisme multilatéral de garanties et appellent encore à élaborer des opérations pilotes. Aucun montant, projet ou bénéficiaire n’a été annoncé. (Déclaration de New Delhi, § 102)

New Delhi a tenté de renforcer son influence en matière industrielle.

Depuis février 2026, elle siège comme membre de plein droit au comité de pilotage du BRICS Centre for Industrial Competencies (BCIC), que l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI) héberge et dont elle coordonne les travaux. Le Department for Promotion of Industry and Internal Trade conserve l’orientation politique du centre indien. Le National Productivity Council le dirige et la Federation of Indian Chambers of Commerce and Industry mobilise les entreprises bénéficiaires. (ONUDI, 2 février 2026)

Or, la Chine bénéficie depuis plus d’une décennie de relais particulièrement puissants au sein de l’ONUDI*. Elle a soutenu la création du BCIC et la mobilisation de ses ressources dès 2025. (UNIDO launches BRICS Centre for Industrial Competencies). L’Inde peut utiliser le réseau pour moderniser ses petites et moyennes entreprises. La Chine dispose d’un avantage pour peser en amont sur les référentiels du réseau et y promouvoir notamment ses équipements..

* Note : l’organisation a été dirigée de 2013 à 2021 par Li Yong, ancien vice-ministre chinois des Finances. (ONUDI) Sa direction chargée de la coopération industrielle, des petites et moyennes entreprises, du numérique et de l’intelligence artificielle est aujourd’hui conduite par Ciyong Zou, lui aussi ancien responsable du ministère chinois des Finances. Il est également le représentant spécial du directeur général auprès du Groupe des 77 et de la Chine. (ONUDI)

Commentaire

Avant le sommet, Xinhua présentait déjà la Chine comme « l’acteur, le contributeur et le promoteur » des BRICS. Cette campagne d’autocélébration veut établir la réussite par anticipation de la présidence chinoise de 2027.

Elle présente les initiatives nationales chinoises comme des solutions déjà disponibles pour l’ensemble du groupe. Le compte rendu du sommet attribué à Wang Yi affirme ainsi que les propositions chinoises deviennent progressivement « des positions et des actions communes des BRICS » (中国倡议成为金砖主张、金砖行动).

Surtout, les « cinq propositions » de Xi Jinping dans son discours du 13 septembre à New Delhi reprennent les grandes priorités industrielles du XVe plan quinquennal : « l’intelligence artificielle ouverte », les zones économiques spéciales, les plateformes numériques, les usines intelligentes et la formation des ingénieurs. (Discours de Xi Jinping, 13 septembre 2026)

Analyse

New Delhi refuse que les BRICS prennent un virage ouvertement antioccidental, mais elle approuve néanmoins la lente érosion des privilèges occidentaux lorsqu’elle sert ses propres intérêts et renforce son autonomie stratégique.

Narendra Modi a proposé un BRICS Continuity and Implementation Mechanism. La troïka formée par le Brésil, l’Inde et la Chine suivrait les initiatives, les calendriers et leur état d’exécution d’une présidence à l’autre. New Delhi cherche ainsi à empêcher que les acquis industriels, scientifiques et administratifs de sa présidence disparaissent lors du passage de relais à la Chine. La déclaration accorde par ailleurs son « plein soutien » à la présidence chinoise de 2027. (Discours de Narendra Modi)

Ce nouveau mécanisme est toutefois à double sens. Il oblige Pékin à reprendre un portefeuille indien mais lui donne aussi la maîtrise de son suivi en 2027.

Pékin pourra ainsi donner aux instruments consolidés à New Delhi une orientation plus directement anti-américaine et tenter de faire des BRICS une infrastructure de résilience face à la puissance technologique, financière et coercitive de Washington.

🏷️ Inde BRICS ONUDI
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8. IA : Washington cherche à s’organiser avant le sommet avec Xi Jinping

À la suite des alertes lancées par les dirigeants de grands laboratoires d’IA (Anthropic, OpenAI) concernant les risques d’incidents majeurs (Dario Amodei : We Must Pace the Frontier), Donald Trump a écarté l’idée de ralentir la progression des champions américains, tout en se disant ouvert à des garde-fous.  S’exprimant depuis l’Irlande, il a recadré le sujet autour de la compétition géopolitique, affirmant que la priorité absolue demeurait le maintien du leadership américain face à la Chine. (5 828 signes. Mots-clés : intelligence artificielle ; Scott Bessent ; He lifeng)

Sur le plan exécutif et législatif, Kevin Hassett, directeur du National Economic Council (NEC), envisage des réunions avec les responsables américains de la cybersécurité et de la politique technologique. Mike Johnson, président de la Chambre des représentants, souhaite pour sa part réunir rapidement les dirigeants des grands laboratoires d’IA, éventuellement à la Maison-Blanche.

Ces échanges doivent permettre d’étudier des mécanismes d’audit afin d’encadrer les risques cyber et biologiques sans brider l’innovation. En parallèle, un dialogue bilatéral technique avec la Chine, auquel pourrait prendre part le secrétaire au Trésor Scott Bessent, est envisagé avant le sommet Trump–Xi du 24 septembre. Son calendrier, ses participants et son ordre du jour restent toutefois incertains. Il pourrait contribuer à fixer un « plancher stratégique » sur la sécurité des systèmes autonomes.

Pékin a réagi officiellement le 14 septembre : son ministère des Affaires étrangères a appelé à une gouvernance « ouverte » et « inclusive » de l’IA (cf. mémo sur les BRICS à l’ère de l’IA) et dénoncé les discours de menace ainsi que la « concurrence malveillante » :

« La diffusion de récits de menace, la confrontation et la concurrence malveillante ne feront qu’entraver la gouvernance mondiale de l’IA. » (traduction des propos du porte-parole rapportés par Xinhua).

Un éditorial du Global Times présente, plus directement, le projet d’Amodei comme une tentative de freiner les entreprises chinoises sous couvert de sécurité. Cette réaction laisse entrevoir un point d’achoppement pour tout dialogue bilatéral : pour Pékin, Washington voudrait limiter certains risques communs tout en empêchant la Chine de réduire l’écart technologique (Targeting China’s AI: US ‘tech right’ unfolds Cold War playbook).

D’autres prises de position, américaines et chinoises, éclairent les termes possibles d’une négociation sans engager directement les deux gouvernements.

Dans les milieux américains de la finance, des appels à un encadrement bilatéral de l’IA pour prémunir les marchés mondiaux contre un risque systémique financier ou cyber se font entendre à l’approche du sommet. Les anciens secrétaires au Trésor Henry Paulson et Robert Rubin comparent les risques de l’IA à ceux que les marchés financiers ont appris à surveiller collectivement. Ils proposent la création d’une nouvelle instance associant le Trésor, les régulateurs et les agences de sécurité, ainsi qu’un traité de coopération sur l’IA avec la Chine. Leur préoccupation porte notamment sur les cyberattaques contre les infrastructures financières et sur les incitations économiques qui poussent les entreprises à sous-évaluer les risques (The Washington Post, « We managed financial crises. AI is a risk of a different kind », 3 septembre 2026).

Dans la revue Foreign Affairs, Da Wei, qui dirige à Pékin le Center for International Security and Strategy de l’université Tsinghua, défend un objectif plus large et expose sa lecture des attentes chinoises concernant le prochain sommet bilatéral : donner un contenu durable à la « stabilité stratégique » avancée par la Chine en mai dernier. Si l’IA militaire figure bien dans son texte, elle n’y est pas centrale.

Note — Da Wei, « The Emerging U.S.-China Détente: A Confident Beijing and a Pragmatic Washington Can Get Along », Foreign Affairs, 7 septembre 2026. Da Wei dirige le Center for International Security and Strategy (CISS) de l’université Tsinghua. L’insubmersible Fu Ying, ancienne vice-ministre des Affaires étrangères, en est la présidente fondatrice. Elle a également porté publiquement le lancement, en février 2025 à Paris, du réseau CnAISDA (中国人工智能发展与安全研究网络), dont le centre névralgique se trouve précisément à Tsinghua.

Les réunions envisagées par Kevin Hassett, le 13 septembre, répondent à une réelle urgence d’arbitrage interne au sein de l’administration. Elles pourraient contribuer à rapprocher les positions du Pentagone, du Trésor, du Commerce et des responsables de la cybersécurité pour déterminer ce que Washington serait prêt à concéder tout en protégeant son industrie. La question d’un éventuel mandat à soumettre aux négociateurs chinois viendrait ensuite. Un scénario consisterait, par exemple, à échanger des garanties sur la limitation des agents d’IA employés à des fins cyber contre des discussions sur les restrictions d’exportation de puces.

Analyse en perspective du sommet

Face aux appels à légiférer rapidement, la Maison-Blanche pourrait chercher à garder la main en s’appuyant sur un cadre exécutif, plutôt que de laisser le Congrès définir seul les nouvelles règles. Cette formule pourrait convenir à Pékin.

En effet, un éventuel dispositif conduit par le secrétaire au Trésor présenterait plusieurs atouts pour Pékin : un canal identifiable, la possibilité de négocier sans vote préalable du Congrès et un interlocuteur chinois clairement désigné. Si Scott Bessent devait conduire ces discussions, le vice-Premier ministre He Lifeng pourrait être son homologue, avec Ding Xuexiang, membre du Comité permanent et chargé de la coordination des politiques technologiques, de l’IA et des semi-conducteurs, parmi les autres interlocuteurs. Cela rappellerait la configuration du S&ED, du Comprehensive Economic Dialogue ou du canal Janet Yellen–He Lifeng. À l’inverse, un régime de l’IA défini par le Congrès serait plus difficile à modifier par la seule voie exécutive et survivrait davantage aux changements d’administration. Le hic pour Pékin, c’est qu’un dispositif purement exécutif serait aussi révocable par le président suivant.

Pour Pékin, obtenir le maintien du report, annoncé en mai, d’un projet de ventes d’armes à Taïwan évalué à 14 milliards de dollars et un assouplissement les conditions d’approvisionnement en puces pourraient figurer parmi les priorités du sommet. L’IA pourrait fournir un résultat diplomatique d’une autre nature, en servant de pivot, ou « d’enabler », selon la terminologie anglo-américaine

Une issue possible serait une déclaration d’intention rappelant le principe du contrôle humain sur la décision d’employer l’arme nucléaire, déjà affirmé par Xi Jinping et Joe Biden en novembre 2024, et ouvrant des discussions sur le partage d’informations relatives aux failles cyber majeures. Une autre hypothèse serait le lancement d’un groupe de travail permanent : une sorte de « SAID » (Strategic AI Dialogue), selon Bill Bishop, de Sinocism. En revanche, un dispositif comparable aux négociations SALT (Strategic Arms Limitation Talks), consacrées au contrôle des armements entre les États-Unis et l’Union soviétique, serait beaucoup plus contraignant et, par là-même, improbable à mettre en place à court terme.

Quoi qu’il en soit, une avancée, même minime, accompagnée d’une communication efficace permettrait à Pékin de « stabiliser » la relation… un peu plus longtemps.

🏷️ intelligence artificielle Scott Bessent He Lifeng
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9. UE-Chine : l’ultra-fast fashion et l’engrenage de l’extraterritorialité

 Lors de la conférence de presse hebdomadaire du ministère chinois du Commerce (MOFCOM), le 10 septembre, un porte-parole a envoyé à son audience un signal de durcissement de sa politique. Après une contestation juridique en juillet, puis des menaces explicites le 3 septembre, il a annoncé la convocation de plusieurs entreprises françaises implantées en Chine. Pékin demande des explications sur les subventions reçues de l'Union européenne et de ses États membres (欧盟和成员国的相关补贴), en affirmant que ces aides pourraient s'être transmises à leurs filiales chinoises (可能在一定程度上传导至在华实体) et ainsi altérer le jeu de la concurrence. Le MOFCOM affirme agir « conformément à la loi », mais ne précise ni le texte sur lequel il se fonde ni la procédure susceptible d’être engagée. Sa démarche reprend néanmoins le vocabulaire et les mécanismes du règlement européen sur les subventions étrangères (FSR). (商务部例行新闻发布会). La conférence de presse s’est déroulée en deux temps : elle s’est d’abord concentrée sur l’ultra-fast fashion et la France, avant de faire apparaître des menaces voilées visant plus largement les entreprises françaises. (4 330 signes. Mots-clés : MOFCOM ; FSR ; Nuctech)

Contexte 

Comme indiqué dans un précédent Post, depuis le 1er septembre, la France applique un malus environnemental de 0,50 à 12 euros par article sur la « fast fashion », un dispositif voté le 29 juin et qui frappe notamment les plateformes chinoises Shein, Temu et AliExpress.

Traduction de la (courte) conférence de presse du MOFCOM

Question. Selon des informations de presse, des responsables français ont déclaré ces derniers jours que la loi française « anti-ultra-fast-fashion » n'a pas de caractère discriminatoire ni ciblé, qu'elle vise principalement à protéger l'environnement et les consommateurs, et qu'ils sont disposés à prendre connaissance des préoccupations de la partie chinoise. Quel commentaire le ministère du Commerce a-t-il à formuler à ce sujet ?
[Huang Ling] La partie chinoise considère que la loi « anti-ultra-fast-fashion » et ses modalités d'application, sous couvert de « protection de l'environnement » et de « durabilité », restreignent et répriment en réalité de manière discriminatoire les entreprises de commerce électronique transfrontalier à capitaux chinois, au moyen de critères et de paramètres manifestement biaisés, ce qui fausserait le jeu d'une concurrence loyale. En pratique, cela dépasse désormais le champ de la protection de l'environnement et revêt une coloration nettement protectionniste. La partie chinoise a exprimé à la partie française, à plusieurs reprises, ses vives préoccupations.
Je tiens à souligner de nouveau que la partie chinoise s'est toujours opposée à l'usage abusif de mesures restrictives en matière économique et commerciale. Elle exhorte la partie française à regarder en face la position chinoise, à cesser immédiatement de se servir de la loi « anti-ultra-fast-fashion » pour porter atteinte aux droits et intérêts légitimes des entreprises à capitaux chinois, et à traiter comme il convient les différends économiques et commerciaux par la voie d'un dialogue d'égal à égal. La partie chinoise suivra de près l'évolution de la situation et prendra résolument les mesures nécessaires pour préserver les droits et intérêts légitimes des entreprises chinoises. Merci.

 Puis,

[Journaliste de China News Service] Nous avons noté que le ministère chinois du Commerce a reçu ces derniers jours plusieurs entreprises françaises implantées en Chine. Pourriez-vous nous présenter les éléments s'y rapportant ?
[Huang Ling] Des informations rendues publiques font apparaître que certaines entreprises françaises ont bénéficié de subventions de l'Union européenne et d'États membres, lesquelles pourraient, dans une certaine mesure, avoir bénéficié indirectement à leurs entités implantées en Chine ((传导至在华实体). Afin d'en évaluer les effets, le ministère du Commerce a, conformément à la loi, pris connaissance auprès d'elles des éléments s'y rapportant et leur a demandé de fournir des explications. Merci.

 Commentaire.

On pourrait voir dans cette prise de position un épisode de plus dans une querelle sectorielle sur le textile, où la Chine répliquerait à une mesure environnementale française par une pression ciblée sur des filiales tricolores…

Cela pourrait être, en réalité, le début d’une formalisation d' un nouvel instrument de rétorsion, conçu comme le pendant du FSR européen, marquant ainsi une évolution doctrinale et une escalade extraterritoriale de la part de Pékin.

Jusqu'alors, la doctrine chinoise de riposte épargnait les entités étrangères établies sur son sol : en juillet 2025, lors du contentieux sur les dispositifs médicaux, Pékin ciblait les flux d'importation mais excluait explicitement les filiales locales. En visant directement les entités en Chine, les propos du porte-parole vont plus loin.

Cette initiative s'inscrit dans un engrenage amorcé en mai et en août 2026, lorsque le MOFCOM et le ministère de la Justice ont bloqué conjointement des enquêtes européennes menées au titre du FSR visant les groupes chinois Nuctech et JD.com au nom du refus de l'extraterritorialité et de la protection des données financières situées en Chine.

Relié : Bulletin n°28 du 21 mai 2026 « Enquête Nuctech : Le piège juridique de Pékin signe-t-il la mort politique du FSR européen ? »

Analyse

En exigeant désormais des filiales françaises qu'elles justifient des aides perçues par leur maison-mère à l'étranger, Pékin inverserait totalement sa posture et s'approprierait le pouvoir d'investigation qu'il interdisait à Bruxelles.

Ce revirement ne s’accompagne, pour l’heure, d’aucune base juridique publiquement identifiée. Pékin utilise le « gabarit » du FSR européen sans avoir rendu public de texte miroir ni précisé le fondement et les limites de son pouvoir d’investigation. La pression exercée demeure donc essentiellement administrative.

Alors que le groupe Nuctech a pu contester l’enquête de la Commission et poursuit son recours devant le Tribunal de l’Union européenne (affaire T-284/24), les entreprises françaises convoquées à Pékin se trouveraient soumises à un contrôle administratif dont la base juridique et les voies de recours ne sont pas, à ce stade, publiquement précisées.

🏷️ MOFCOM FSR Nuctech
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10. Marchés publics européens : la Chine peut-elle encore passer entre les mailles du filet ?

Le 9 septembre, la Commission européenne a présenté un projet de règlement qui doit encore être négocié et adopté par le Conseil et le Parlement. Le Bulletin précédent avait rapidement évoqué la mesure le jour de son annonce publique. (Bulletin n°40 du 9 septembre : « UE-Chine : octobre rouge ». S’il est adopté, le texte remplacera les trois directives de 2014 par un règlement unique, directement applicable. Il fera des quelque 2 600 milliards d’euros de marchés publics annuels un instrument de politique industrielle, environnementale et de sécurité économique. Il imposera une place minimale aux critères qualitatifs dans l’attribution des contrats et établira un cadre de préférence européenne. (Proposition de règlement sur les marchés publics et les concessions – COM(2026) 590). ( 6 547 signes. Mots-clés : marchés publics : MOFCOM ; IAA )

La double lame articles 73 et 75 et 66 à 69

L’article 73 permettra aux acheteurs publics de réserver un appel d’offres aux entreprises européennes ou originaires de pays liés à l’Union par un accord sur les marchés publics, d’avantager leurs offres ou d’écarter celles comprenant moins de 50 % de biens, services ou travaux européens. L’article 75 permettra à la Commission de rendre ces restrictions obligatoires, par acte délégué, lorsqu’elle estimera que « l’intérêt de l’Union » le justifie.

Ces dispositions s’ajoutent aux articles 66 à 69, qui poursuivent un autre objectif. Ils protègent la cybersécurité, les informations sensibles, les infrastructures critiques et la continuité des approvisionnements. Les acheteurs pourront examiner la propriété, le contrôle et le financement d’une entreprise. Ils pourront aussi évaluer son exposition au droit d’un pays tiers et les risques d’espionnage, de fuite technologique ou de dépendance. Ils pourront enfin imposer une diversification géographique. Une entreprise présentant un risque de sécurité pourra être écartée. Si ce risque apparaît pendant l’exécution, le contrat pourra être résilié.

Réactions chinoises

La première réaction chinoise est restée timorée. La Chambre de commerce chinoise auprès de l’Union européenne a dénoncé des barrières fondées sur des critères « non techniques » et demandé que les activités réelles et les contributions locales des entreprises chinoises soient prises en compte selon des règles « claires, objectives, transparentes et vérifiables ». (欧盟中国商会关于欧委会“公共采购条例”立法倡议的答记者问)

Le Global Times a relayé ces critiques, tandis qu’un éditorial publié en parallèle a présenté la pression commerciale exercée par Bruxelles comme une menace de « guerre commerciale ». (If the EU is determined to wage a trade war against China, then let it try)

Le ministère chinois du Commerce (MOFCOM) n’a, en revanche, consacré aucune déclaration sur le  projet lors de sa conférence de presse du 10 septembre.

Ce silence peut se comprendre. Le texte européen commence seulement son parcours législatif et Pékin a intérêt à attendre les premières positions des États membres et du Parlement avant de fixer officiellement ses demandes.

Il pourra surtout les inscrire dans les consultations sino-européennes sur le commerce et l’investissement, avant la venue prévue de Maroš Šefčovič à Pékin en octobre (le mécanisme en place comporte déjà un groupe de travail sur l’équilibre commercial et un échange de listes d’obstacles à l’accès aux marchés).

 Commentaire

La combinaison de ces deux ensembles 7375 et 66 à 69 forme un maillage particulièrement serré pour les entreprises chinoises. Une filiale implantée dans l’Union pourra être reconnue comme européenne au regard de son activité locale, tout en restant écartée en raison du contrôle de sa maison mère, de son exposition au droit chinois, de l’origine de ses composants ou d’une dépendance géographique jugée excessive. Le projet ne ferme donc pas uniformément les marchés européens aux fournisseurs chinois mais il multiplie les critères de contrôle susceptibles de justifier le refus de leur participation.

Analyse

Face à la densité croissante du filet de pêche européen, Pékin cherchera vraisemblablement à modifier le projet – je rappelle qu’il doit encore être approuvé par le Conseil et le Parlement - autour de plusieurs demandes.

  • Encadrer strictement l’article 75. Pékin demandera que la Commission ne puisse rendre la préférence européenne obligatoire qu’après une analyse « technique », pour des secteurs et des durées limités.
  • Restreindre la définition de « l’intérêt de l’Union », de la sécurité économique et des dépendances critiques. Pékin voudra que ces notions correspondent à un risque précis et démontré, directement lié au contrat. Cette demande inverse exactement le principe que Pékin applique lorsque ses propres intérêts sont en cause. Dans ses échanges avec Washington, Pékin exige qu’aucune mesure ne porte atteinte à la souveraineté, à la sécurité ou aux intérêts de développement de la Chine (不得损害中国主权、安全、发展利益). Ces notions restent définies par Pékin et n’ont pas à être rattachées à un risque contractuel précis.
  • Troisième demande : reconnaître les filiales chinoises réellement implantées dans l’Union. Pékin défendra un « traitement européen » pour les entreprises disposant d’actifs dans l’Union (usines, salariés, centres de R&D). Il fera valoir que les entreprises européennes bénéficient déjà en Chine du « traitement national » (国民待遇). Or, cette réciprocité reste largement formelle. En Chine, son application dépend d’un régime administratif discrétionnaire. Dans l’Union, les filiales chinoises pourront invoquer des droits précis et en faire contrôler le respect par le juge.
  • Attribuer une origine européenne aux productions effectivement localisées en Europe. Les entreprises chinoises demanderont des règles stables permettant de savoir quelle transformation, quelle proportion de valeur ajoutée et quels composants suffisent pour qu’un produit devienne européen. Elles réclameront également des périodes de transition afin d’adapter progressivement leurs chaînes d’approvisionnement.
  • Enfin, obtenir des exceptions liées aux coûts et à l’absence d’alternative. En effet,  l’article 76 autorise déjà l’acheteur à écarter la préférence européenne si aucun fournisseur européen ne peut répondre au besoin ou si son application entraîne des coûts disproportionnés. Pékin cherchera à rendre ces exceptions suffisamment précises et larges pour qu’elles puissent effectivement être utilisées, même si elles resteront une faculté de l’acheteur et non un droit pour l’entreprise chinoise.

Ces demandes ne sont pas toutes nouvelles. Elles prolongent les positions déjà défendues par la Chambre de commerce chinoise sur l’Industrial Accelerator Act (IAA) et le règlement sur les subventions étrangères (seuils élevés, reconnaissance des implantations substantielles, règles prévisibles et réduction du pouvoir discrétionnaire de la Commission…).

Pékin cherchera aussi des arrangements bilatéraux ou sectoriels, en accordant une « ouverture » limitée de certains marchés ou segments de marchés locaux, ou une reconnaissance réciproque des productions locales en échange d’un assouplissement européen général. Cet échange serait probablement asymétrique par sa nature, son volume et ses effets. Le MOFCOM avait déjà proposé de régler le contentieux des dispositifs médicaux par le dialogue et par un accord bilatéral sur les marchés publics.

Surtout, Pékin veut que l’UE mette en place ou maintiennent des règles prévisibles et stables car elles indiqueront, en creux, aux entreprises chinoises leurs prochains chemins de traverse (变通办法), c’est-à-dire les voies d’adaptation permettant de se loger dans les espaces règlementaires laissés en friche.

Mais Bruxelles a compris l’essentiel : l’article 73 oblige les acheteurs à signaler les indices de contournement, tandis que l’article 137 impose aux États membres de surveiller l’apparition de pratiques de contournement. Le texte prévoit aussi la vérification de l’origine, l’identification des bénéficiaires effectifs et la déclaration des sous-traitants.

On pourrait alors se demander si l’Union ne s’engage pas dans une forme d’imitation game du pouvoir discrétionnaire avec Pékin, en maniant une imprévisibilité et une instabilité réglementaires soigneusement contrôlées.

Le projet européen n’a pourtant rien de sournois. Il cherche explicitement à repérer les contournements sans les définir a priori comme des infractions. La bataille portera précisément sur l’équilibre entre la prévisibilité de la règle et la capacité à déjouer son instrumentalisation.

🏷️ marchés publics MOFCOM IAA
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▶ Influence et ingérences

11. L’alliance antifraude de Pékin : la fabrique d’un consensus

 Le 10 septembre, à Lianyungang, la Chine a annoncé la création de l’Alliance internationale contre la fraude aux télécommunications et en ligne (国际打击电信网络诈骗联盟). Selon Xinhua, 46 pays fondateurs, 34 pays observateurs et des représentants de quatre organisations internationales ont assisté à la cérémonie. INTERPOL figurait parmi les organisations représentées, et sa présence a été mise en avant par les organisateurs chinois. Aucun texte constitutif ni règlement de fonctionnement n’a été rendu public.

Cette annonce est l’aboutissement d’une année de préparation conduite dans le cadre du Forum de coopération pour la sécurité publique mondiale de Lianyungang (全球公共安全合作论坛-连云港). Lors de son édition de septembre 2025, le ministère chinois de la Sécurité publique avait proposé aux pays participants de créer une alliance contre la fraude. Un appel à renforcer la coopération policière avait alors été publié. Un an plus tard, le même forum accueille la cérémonie fondatrice et la déclaration des États participants

Le forum a lui-même une histoire. Lancé à l’initiative du ministère de la Sécurité publique en 2015, il est pourtant présentée comme « non officielle » par l’Association chinoise pour la promotion de l’amitié (中国友谊促进会 *). Le Forum publie chaque année un « indice mondial de sécurité publique ». La Chine s’appuie ainsi sur une plateforme de coopération qu’elle a progressivement équipée pour proposer un nouvel agenda de coopération aux services de police étrangers

Commentaire

En avril dernier, le Vietnam indiquait dans une déclaration conjointe avec la Chine vouloir entrer dans l’alliance comme cofondateur. En juin, la Birmanie en soutenait la création. Pour Pékin, la lutte contre la fraude permet d’atteindre différents objectifs. Elle protège ses ressortissants visés par les escroqueries et facilite les enquêtes conduites hors de Chine. Elle entretient des relations directes entre services de sécurité et peut prolonger les opérations bilatérales par des échanges d’informations, des actions conjointes et des formations régulières

Elle permet également de présenter les méthodes policières chinoises comme une contribution à la résolution d’un problème mondial, mais aussi de promouvoir les équipements et solutions techniques de ses entreprises. Lors de l’exposition organisée pendant le forum de septembre, le pavillon chinois présentait des équipements de communication, de lutte contre la fraude et de police scientifique. Ses organisateurs l’ont d’ailleurs explicitement associée à une opération de promotion à l’exportation des produits chinois de sécurité publique.

Par ailleurs, ces forums et « alliances » flirtent avec le système onusien pour mieux capter par aspiration une nouvelle légitimité internationale.

En décembre 2025, la Thaïlande et l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime ont organisé la conférence fondatrice d’un Partenariat mondial contre les escroqueries en ligne. Celui-ci associe aussi entreprises et acteurs de la société civile et accorde une place explicite aux victimes de traite contraintes de travailler dans les centres de fraude. En juin 2026, Wang Yi a appelé les pays des BRICS à ratifier la Convention des Nations unies contre la cybercriminalité et, dans le même temps, à participer à « l’Alliance » proposée par son pays.

Cette méthode a de nombreux précédents, sous des formes institutionnelles différentes, notamment :

-            l’Alliance des avocats des « nouvelles routes de la soie » (2019) ;

-            l’Alliance mondiale pour le commerce des services (2022) ;

-            la Conférence mondiale de l’Internet, devenue une organisation permanente en 2022 ;

-            l’Alliance mondiale pour l’éducation numérique (2024), dotée d’un secrétariat conjoint chinois en 2026 ;

-            l’Organisation mondiale des données, inaugurée à Pékin en mars 2026 et présentée comme « non gouvernementale » ;

-            les « groupes d’amis », qui mobilisent directement des États.

Relié : nos mémos sur les « groupes d’amis » (Group of Friends- GoF), dans les Bulletins,

L’accord signé en juillet 2026 pour créer l’Organisation mondiale de coopération en matière d’intelligence artificielle (WAICO) prévoit, quant à lui, une organisation intergouvernementale ayant son siège à Shanghai.

Rélié : notre mémo dans le Bulletin n°39 (point de situation mensuel d’août) « Washington demande à ses partenaires de bien choisir leur écosystème d’IA»

Analyse

Pour Pékin, c’est la fonction qui détermine l’organe. Qu’elles soient présentées comme non gouvernementales ou intergouvernementales, ces organisations doivent lui conférer une autorité politique exercée au nom d’un collectif. Leur fonction commune est de placer une administration ou une de ses municipalités au centre d’une coopération ou d’une cause qualifiée de « mondiale »

La caractéristique « non gouvernementale » du forum de Lianyungang ne doit toutefois pas être automatiquement transposée à l’Alliance qu’il a contribué à faire naître. La composition annoncée et la déclaration des États participants lui donnent une apparence intergouvernementale. En l’absence de texte constitutif public, son statut exact et ses règles de fonctionnement demeurent néanmoins indéterminés.

La Chine transforme ainsi une cause difficilement contestable – la fraude en ligne - en infrastructure de type intergouvernemental, diplomatique et policière pérenne. L’intergouvernementalisation peut donner à ses orientations la forme de décisions collectives.

Vous vous posez probablement la question : qu’est-ce qu’INTERPOL vient-il faire à Lianyungang ?

INTERPOL coordonne déjà First Light, une opération mondiale contre les escroqueries en ligne. Son édition 2026 a mobilisé 97 pays et territoires [source à insérer]. Or cette opération est financée par le ministère chinois de la Sécurité publique. Sur ce dossier, Pékin est donc à la fois un partenaire opérationnel et un financeur d’INTERPOL. Dans ce contexte, l’organisation peut avoir intérêt à préserver son accès aux services chinois. Par ailleurs, Wang Yong, chef du Bureau central national d’INTERPOL à Pékin, a été élu vice-président de l’organisation pour l’Asie en novembre 2025.

Il n’en reste pas moins que Pékin peut afficher la présence et les félicitations d’INTERPOL comme une reconnaissance internationale de sa propre initiative.

 *Note : La 中国友谊促进会 (Association chinoise pour la promotion de l’amitié) sert de façade associative au premier bureau du ministère de la Sécurité publique, chargé de la sécurité politique. Ses deux derniers présidents, Chen Zhimin et Chen Siyuan, sont d’anciens vice-ministres de la Sécurité publique (MSP). En 2022, le forum initialement créé par ce ministère est passé sous l’organisation de l’association, ce qui lui permet depuis de se présenter comme une organisation non officielle.

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12. Comment la « subjectivité culturelle » devient un principe de non-ingérence

Le 6 septembre, le 2ème « Colloque international sur la pensée de Xi Jinping sur la culture » s’est tenu à Shenzhen. Son thème associait la « subjectivité culturelle » à la « modernisation chinoise ». L'événement était placé sous la direction d'organes de propagande de la province du Guangdong et de l’agence Xinhua. Le colloque présente la Chine comme la preuve que tout pays peut se moderniser sans abandonner la maîtrise de son identité et de ses choix. Derrière cette rhétorique, Pékin cherche à faire valider ses termes de référence d’évaluation de son système et de ses politiques. (第二届习近平文化思想国际学术研讨会在深圳举行)

Hong Dayong, vice-directeur du Département central de la propagande du PCC, a présenté la « consolidation de la subjectivité culturelle » comme une réponse à deux questions : la place de l'héritage national dans la modernisation et les conditions des échanges culturels internationaux. Selon lui, l'expérience chinoise aide chaque pays à conserver son identité et à trouver une voie de développement adaptée à sa civilisation.

Selon la « subjectivité culturelle » ainsi définie, une société doit pouvoir se définir, choisir les apports extérieurs qu'elle juge utiles et les intégrer dans ses propres cadres de référence.

Les invités ont donc été emmenés visiter des entreprises d’équipements technologiques, une grande librairie et la vieille ville de Nantou. A l’issue, Xinhua a recueilli leurs commentaires sur la compatibilité entre innovation, tradition et identité. La ville fournissait, selon le compte rendu de Xinhua, une preuve matérielle au raisonnement présenté pendant le colloque : la Chine s'est modernisée sans adopter une identité occidentale. (Xinhua Institute : Int'l experts immerse in Shenzhen's dynamic practices of Chinese modernization)

Commentaire

Le colloque prolonge une programmation événementielle entamée au printemps dernier. Le 23 avril, un forum organisé dans le Musée d'histoire du Parti communiste chinois avait qualifié la pensée de Xi Jinping sur le socialisme à caractéristiques chinoises de la nouvelle ère de « produit intellectuel public mondial » (最重要的全球公共思想产品).

Relié : notre mémo, bulletin n°26, du 7 mai 2026 « La doctrine comme bien public mondial : anatomie d'une OPA sémantique »

Analyse

Le raisonnement part d’un principe largement acceptable. Chaque société doit pouvoir préserver son identité et choisir souverainement sa trajectoire. Ce droit à l’autonomie culturelle fonde ce que l’on peut qualifier de principe de non-ingérence intellectuelle. L’interlocuteur étranger qui défend sa propre autonomie peut difficilement refuser ce même droit à la Chine.

Le discours officiel introduit ensuite une équivalence plus contestable : la civilisation chinoise, l’État et le Parti formeraient un même sujet historique. Contester l’autorité du Parti pour définir la trajectoire chinoise peut dès lors être présenté comme un refus de laisser la Chine choisir sa voie.

Cette grammaire chinoise se présente donc à sens unique. La Chine revendique le droit de puiser dans l'ensemble des connaissances humaines ;  elle sélectionne ces apports et les transforme selon ses priorités. Après avoir absorbé et fusionné – Ah, cette obsession de l’Un* ! - les ressources intellectuelles extérieures, elle refuse à leurs producteurs une autorité sur l'interprétation finale à en donner.

Le nouveau piège cognitif consiste à faire des expressions officielles le vocabulaire ordinaire de l’analyse et du débat public. : « modernisation à la chinoise », « subjectivité culturelle », « apprentissage mutuel entre civilisations », « système autonome de connaissances » ou encore « communauté de destin pour l'humanité »… Pékin cherche à faire de ces expressions le vocabulaire ordinaire de l’analyse et du débat international et veut amener, par basculement volontaire, l'observateur extérieur à justifier l'emploi de catégories différentes.

Les appréciations étrangères retenues par Xinhua sont ensuite réintroduites dans l’espace médiatique intérieur chinois. Elles donnent à voir un monde qui étudie et reconnaît la « pensée de Xi Jinping », renforçant ainsi la légitimité du discours doctrinal.

Nous sommes ici bien en amont d’une « bataille des récits » : Pékin veut nommer les choses puis orienter la manière dont elles doivent être comprises et acceptées. Il cherche ainsi une souveraineté herméneutique, c’est-à-dire sur l'interprétation du réel.

Le colloque de Shenzhen participe de cette entreprise. La sélection et la mise en scène de participants étrangers et de leurs propos en font des certificateurs de fait et des relais de la grammaire élaborée par le Parti. Chacun reste libre de définir sa trajectoire nationale, mais cette liberté devient une confirmation de la théorie chinoise qui l'énonce et l’encadre.

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*Lire ou relire « Le fantasme de l’Un. Pourquoi la Chine est totalitaire », Par Chloé Froissart, professeure des universités, INALCO, dans la revue Esprit : « Chine : la crispation totalitaire », 2022, 11/Novembre.

▶ Documentation & Agenda

◇ Documentation

  • Chine-Grande Bretagne ; investissement

The question underlying trade and investment with China: Is it a threat?, contribution écrite remise le 14 juillet 2026 à la commission du Commerce et des Entreprises de la Chambre des communes, puis republiée par Observing China le 15 septembre, par Charles Parton, China Observatory du Council on Geostrategy ; chercheur associé au RUSI et au MERICS. Ancien diplomate britannique. Résumé : Charles Parton divise la menace chinoise en menace économique et menace de sécurité nationale. Pékin chercherait simultanément à réduire toutes ses dépendances technologiques en créant des dépendances étrangères à l’égard de ses propres industries. Le XVe Plan ferait de la compétition technologique avec les États-Unis le principe directeur de la politique industrielle chinoise. Aussi, la réaffirmation de la politique dite d’intégration civilo-militaire exposerait les technologies britanniques à des transferts vers l’APL, puis potentiellement vers la Russie. Le Royaume-Uni devrait durcir ses contrôles, auditer ses vulnérabilités et construire avec ses alliés un système commercial distinct de l’OMC.

  • Enquête sur la banque ICBC

About the China Capital investigation, enquête journalistique, mise à jour le 15 septembre, par notamment Dean Starkman, senior editor et Scilla Alecci, coordinatrice Asie-Europe, membres de l'ICIJ (International Consortium of Investigative Journalists), Washington D.C. L'enquête s'appuie sur 4,8 millions de documents internes de la succursale londonienne d'ICBC – dont l’ origine n’est pas indiquée - et d'une filiale britannique, couvrant la période 2005-2024. Elle soutient que la première banque mondiale par les actifs a servi de véhicule financier aux objectifs géopolitiques de Pékin. Elle documente des affaires liées à des clients sous sanctions, et en porte à faux avec les propres politiques de conformité et d'antiblanchiment de la banque. Deux cas exposés: le transfert en urgence de 1,3 milliard de dollars au profit de Huawei début 2019, et le prêt de 285 millions USD à ZESCO en Zambie, dont le recouvrement aurait été forcé depuis Londres avant achèvement des contrôles clients. Rem : en l’absence des documents/sources primaires, difficile de se positionner.

  • Chine-Venezuela-intelligence artificielle

Warning Signals: Venezuela and the Risk of Chinese AI-enabled Digital Authoritarianism, publié le 8 septembre, par notamment Fergus Ryan, Bethany Allen du programme Cyber, Technology and Security de l’Australian Strategic Policy Institute (ASPI), financement : Human Rights Foundation (HRF). Résumé : Sur une base infrastructurelle de surveillance et de contrôle construite en partie avec des équipements chinois (Huawei, ZTE, CEIEC, Hikvision et Dahua pour la partie vidéo…), l’accord signé avec iFlytek de juillet 2025 pourrait ajouter une brique IA – iFlytek est un fournisseur de modèles et de capacités d’analyse - aux systèmes existants, bien qu’aucune preuve publique n’établisse qu’un système chinois de surveillance par IA fonctionne aujourd’hui au Venezuela. Le rapport demande aux États-Unis de faire annuler l’accord iFlytek et de pousser le gouvernement Rodríguez à démanteler l’appareil de surveillance.

  • UE-Chine, intelligence artificielle

China’s artificial intelligence goals and strategic choices for Europe, le 10 septembre, par Alicia García-Herrero, économiste en chef Asie-Pacifique chez Natixis et senior fellow à Bruegel et Théo Storella, consultant en sécurité économique chinoise. Résumé : La Chine poursuit trois objectifs par l’IA : soutenir sa productivité, réduire ses dépendances technologiques et renforcer ses capacités militaires. Si son soutien étatique varie selon les segments de la filière, Pékin finance, notamment par subvention ses semi-conducteurs, son compute et continue de protéger son marché. La diffusion internationale de modèles chinois à poids ouverts (open-weight) doit élargir leur écosystème et placer Pékin au centre des futurs standards mondiaux. L’Union doit transformer ses ambitions réglementaires et industrielles fragmentées en une politique cohérente et cadencée au rythme des évolutions technologiques. Remarque : le risque ne peut se limiter au seul retard technologique. Si les solutions les plus accessibles deviennent chinoises, et que les infrastructures de calcul et de cloud restent principalement américaines...on attend la suite, le « so What ?. Les choix stratégiques européens restent implicites.

◇ Conférence

22 septembre, 1(0:00am Hongkong - 04h Paris, The Rise of the China ‘New New Three Industries’ – Is this time any different? Par Oxford Economics. Robots, IA et médicaments innovants sont présentés comme les « New New Three », succédant au triptyque véhicules électriques–solaire–batteries. Inscription ouverte ; replay

◇ Agenda

17–21 septembre, à Nanning (Guangxi), 23e Exposition Chine–ASEAN et Sommet Chine–ASEAN sur les affaires et l’investissement (Track 1/1.5), associant dirigeants, ministres et entreprises. Pékin voudra profiter de la signature du protocole de mise à niveau de l’accord de libre-échange Chine–ASEAN pour faire avancer certains projets. (notamment dans l’intelligence artificielle et leurs infrastructures, les technologies vertes et véhicules électriques, les paiements en monnaies locales, et quelques contrats énergétiques). A surveiller le positionnement des Philippines.

Du 14 au 22 septembre, au Philippine International Convention Center (PICC), 58e réunion des ministres de l’Économie de l’ASEAN et consultations associées : Consultation AEM–MOFCOM et réunion AEM+3 le 19 septembre ; réunion ministérielle du RCEP et consultation avec la directrice générale de l’OMC le 20 septembre. Cf. Calendrier officiel de l’ASEAN. La Chine cherchera à présenter le RCEP et l’accord Chine–ASEAN comme une architecture ouverte face aux restrictions commerciales et aux stratégies de diversification face à la Chine.

Les 19 et 20 septembre, à New York ( ?), réunion entre le vice-premier He Lifeng et le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent, pour préparer la rencontre annoncée entre Xi Jinping et Donald Trump le 24 septembre à Washington. Pékin n’a toujours pas publié mercredi matin l’annonce protocolaire définitive.

Du 22 au 28 septembre, New York, la semaine débat général et 81e Assemblée générale. Calendrier officiel de l’ONU

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Note personnelle à tous : dans quelques semaines, le bulletin de Sources chinoises en version intégrale ne sera plus accessible que sur ce site. Une version allégée sera maintenue sur Linkedin.