Bulletin n°40 : la Chine dans le viseur transatlantique
Pékin construit son avantage industriel ; capital patient et Investissements sortants ; Plan PME 2026-2030 ; la rivalité sino-américaine dans l’IA ; UE–Chine ; Visite de Xi Jinping en Egypte ; Forum de Palaos : le Pacific Way
📋 Structure de ce Bulletin
- 1. [Les « six réseaux » : Pékin construit son avantage industriel]
- 2. [Un capital patient sur décision politique]
- 3. [Investissements sortants : un pouvoir discrétionnaire qui s’affiche haut et clair ]
- 4. [Des chiffres à l’export qui donnent raison au constat du G7 et d’Asheville, et pourtant ! ]
- 5. [PME technologiques: le Plan 2026-2030 ]
- 6. [Les effets de bord de la rivalité sino-américaine dans l’IA]
- 7. [UE–Chine : octobre rouge]
- 8. [Visite de Xi Jinping en Egypte : entre sécurité régionale et développement]
- 9. [Forum de Palaos : le Pacific Way face aux pressions chinoises]
- 10. [Chine-Egypte ou la rhétorique de la coercition ]
- 11. [La fabrique médiatique chinoise du combat aérien futur]
Edito
Huawei, acte II : Donald Trump devrait recevoir de nouveau Xi Jinping sous la pression d’un dossier judiciaire américain. En décembre 2018, Meng Wanzhou, la fille de l’emblématique fondateur de l’équipementier technologique chinois, avait été arrêtée le jour même d’une rencontre Trump–Xi. En ce mois de septembre, le procès de Huawei s’ouvre deux semaines avant leur nouveau sommet, tandis que Washington accuse six autres champions chinois dans l’IA de capter la technologie américaine. Pour Pékin, qui veut obtenir la levée des restrictions technologiques américaines, c’est une pression délibérée. Pour l’administration Trump, elle permet surtout d’aborder la négociation en position de force.
Au début du mois, à Asheville, la Chine s’était retrouvée seule à refuser de cosigner les paragraphes dans lesquels les autres membres présents du G20 désignaient ses politiques non marchandes, les excédents persistants et la faiblesse de la demande intérieure comme des déséquilibres à corriger. Le constat rallie désormais une majorité des grandes économies du Sud et devient quasi planétaire : le modèle chinois devient difficilement absorbable par le reste du monde
Pourtant, Pékin continue de contester en bloc les surcapacités et le surplus commercial, qui, selon lui, n’existent tout simplement pas ou ne sont pas délibérés. Sa diplomatie, ses proxies et ses relais d’opinion, y compris en France, les présentent comme le fruit de l’innovation, de la demande mondiale et, finalement, de nos propres faiblesses. Le bond de 25 % des exportations chinoises en août, qui porte l’excédent commercial du mois à 119 milliards de dollars, montre au contraire que le déséquilibre continue de s’aggraver.
Les premières décisions du XVe Plan indiquent que la Chine entend consolider son modèle de croissance et sa politique de puissance : les « six réseaux » doivent lui donner l’infrastructure d’un avantage industriel systémique. La recapitalisation de huit institutions financières armera les bilans chargés de financer ses priorités, y compris à l’export. Son nouveau plan dédié aux PME densifiera les chaînes de fournisseurs autour de 22 000 « petits géants » et de plus de 600 clusters et le nouveau régime des investissements sortants étendra le pouvoir de Pékin sur ses entreprises implantées à l’étranger.
Dans les discussions préliminaires, quand l’Union exige des résultats tangibles sur le rééquilibrage des échanges avant octobre, Pékin renvoie l’Europe à son manque de compétitivité.
Les quatre prochaines semaines seront cruciales. Les négociations sino-européennes croiseront la préparation du rendez-vous au sommet sino-américain. Washington et Bruxelles n’ont ni les mêmes instruments de défense commerciale ni les mêmes intérêts. Leur convergence ne forme pas une stratégie commune. Mais la Chine fera face à deux partenaires posant la même question : quel prix est-elle prête à payer pour son ambition industrielle ?
L’heure n’est plus au débat ni aux diagnostics supplémentaires. Elle est aux décisions qui détermineront si l’Europe veut rester une puissance industrielle.
▶ Politique intérieure
1. Les « six réseaux » : Pékin construit son avantage industriel
Le 2 septembre, la Commission nationale du développement et de la réforme (NDRC) a réuni administrations, institutions financières et entreprises pour accélérer les grands projets relevant des « six réseaux ». La NDRC veut constituer un portefeuille de projets, suffisamment attractifs pour mobiliser des capitaux extérieurs à l’État. Sa traduction opérationnelle repose sur le mécanisme « 2+3+N », qui associe les deux gestionnaires nationaux du réseau électrique, les trois opérateurs de télécommunications et un nombre indéterminé d’entreprises de calcul. Aucun projet n’a encore été publiquement rattaché à ce mécanisme. Deux pilotes nationaux de coordination entre électricité et calcul avaient toutefois été désignés dès février 2026 à Pékin-Haidian et à Wuhu. Parmi les premiers secteurs bénéficiaires de cette impulsion : l’automobile intelligente, la robotique et les nouveaux matériaux.
(6 080 signes. Mots-clés : NDRC ; intelligence artificielle : électricité )
Les « six réseaux »
Les « six réseaux » (六张网) désignent :
- le réseau national de l’eau,
- le nouveau réseau électrique,
- le réseau de puissance de calcul,
- les communications de nouvelle génération,
- les réseaux urbains souterrains et
- le réseau logistique.
Ces infrastructures faisaient déjà l’objet de programmes sectoriels. Leur réunion sous une même appellation, décidée lors de la réunion du Bureau politique du 28 avril 2026, leur donne une cohérence politique et budgétaire au début du XVe plan quinquennal.
La NDRC doit désormais coordonner en transverse les programmes, répartir les objectifs dans le temps et accélérer les projets jugés suffisamment mûrs et surtout rentables.
Constituer un portefeuille de projets finançables
La réunion du 2 septembre portait donc, si l’on lit bien les différents communiqués officiels, sur les conditions de financement des projets. La « base de données projets » (项目库) demandée aux ministères et aux collectivités est un portefeuille organisé d’opérations à différents stades de préparation : projets en cours, prêts à être lancés ou encore à l’étude.
Un mécanisme, déjà existant mais renforcé, de « collaboration entre les pouvoirs publics, les banques et les entreprises » (政银企协作机制), doit mettre en relation les administrations qui sélectionnent et autorisent les projets, les institutions financières susceptibles de les financer et les entreprises chargées de les construire ou de les exploiter. Cette coordination transversale doit éliminer les projets non viables à la source.
« 2+3+N » : coordonner les infrastructures de l’intelligence artificielle
Le 19 août, la NDRC avait installé un mécanisme plus ciblé, appelé « 2+3+N » :
- 2 gestionnaires de réseau électrique : State Grid et China Southern Power Grid ;
- 3 opérateurs de télécommunications : China Telecom, China Unicom et China Mobile ;
- N entreprises exploitant ou développant des capacités de calcul.
Ce mécanisme en soi n’est pas nouveau, mais il érige en priorité et rend publique la coordination entre trois infrastructures jusqu’alors organisées selon des logiques sectorielles distinctes et soumises à des arbitrages ministériels en silos.
Deux pilotes nationaux antérieurs au mécanisme
Le communiqué du 19 août ne désigne aucun projet et ne donne pas l’identité des entreprises correspondant au « N ». Le dispositif s’appuie cependant sur des expériences déjà engagées. En février 2026, l’Administration nationale de l’énergie avait retenu 43 projets pilotes destinés à renforcer le nouveau système électrique. Deux étaient explicitement classés dans la catégorie « coordination entre électricité et calcul » (算电协同).
À Pékin-Haidian, State Grid Beijing, Jingneng Digital Industry et l’Institut chinois de recherche sur l’électricité expérimentent l’alimentation d’un centre de calcul par une proportion élevée d’électricité renouvelable.
À Wuhu, dans l’Anhui, le projet associe China Unicom, State Grid Anhui, Huadian Renewables et l’opérateur local de centrale électrique virtuelle. La municipalité indique que les capacités du centre doivent soutenir les véhicules à énergie nouvelle et connectés, la robotique et les nouveaux matériaux. Trois entreprises locales sont citées : Chery pour l’automobile, EFORT pour les robots industriels et Conch pour les matériaux et les procédés de production. Les capacités de calcul doivent notamment servir à l’entraînement de modèles spécialisés répondant aux besoins de ces entreprises.
Commentaire
Aucune répartition sectorielle nationale des nouvelles capacités de calcul n’a été publiée officiellement. Les pilotes permettent néanmoins de distinguer plusieurs débouchés probables. L’automobile intelligente est le plus avancé : Chery à Wuhu, Changan à Chongqing et Xpeng ont déjà recours à des capacités de calcul distantes pour l’entraînement de modèles de conduite autonome. Viennent ensuite les usines connectées, la robotique, les nouveaux matériaux et l’optimisation des procédés industriels.
Le secteur énergétique constitue lui-même un utilisateur prioritaire (notamment pour la planification et la conduite des réseaux, prévision de la production renouvelable, la maintenance des équipements, l’exploitation minière et la surveillance des infrastructures pétrolières et gazières).
La NDRC cite enfin l’économie de basse altitude et la biologie de synthèse parmi les secteurs appelés à bénéficier du réseau national de calcul.
Une division géographique et fonctionnelle se dessine. Le mécanisme « 2+3+N » doit permettre de relier ces capacités éloignées aux besoins industriels et d’organiser leur utilisation en fonction de la disponibilité de l’électricité, des réseaux de transmission et de la demande des entreprises.
Les « six réseaux » constituent donc un programme-cadre d’infrastructures stratégiques du XVe Plan, désormais entré dans sa phase de mise en chantier. Ce n’est pas un petit projet.
Transposé aux États-Unis, le dispositif reviendrait à réunir le Department of Energy (DOE), la Federal Energy Regulatory Commission (FERC), régulateur fédéral indépendant, les Public Utility Commissions des États — qui réglementent notamment la distribution, les tarifs de détail et une partie des autorisations de construction — ainsi que les entreprises qui possèdent et exploitent les centrales, les lignes et les réseaux de distribution : groupes privés réglementés, régies municipales ou coopératives. S’y ajouteraient le Department of Commerce et la National Telecommunications and Information Administration (NTIA), la Federal Communications Commission (FCC), les opérateurs de télécommunications, les exploitants de centres de données, les fournisseurs de services cloud et les hyperscalers, ainsi que les banques publiques ou les dispositifs de garantie et de prêt. En bref, il s’agirait d’un mécanisme d’exécution rattaché à un grand chantier national
Analyse
Cette orientation cherche à produire un avantage industriel systémique, par rapport à d’autres économies. Si l’on poursuit le rapprochement avec les États-Unis, si l’IRA modifie la rentabilité d’un investissement pour qu’une usine, ses fournisseurs et ses emplois s’implantent aux États-Unis, les « six réseaux » agissent davantage sur l’environnement productif : ils doivent garantir qu’une entreprise implantée en Chine trouve de l’électricité, du calcul, des télécommunications, de l’eau et des capacités logistiques disponibles, connectés entre eux et proposés à un coût soutenable. Ils créent immédiatement une demande industrielle massive et renforce la sécurité et l’autonomie du système productif.
Les « six réseaux » montrent que Pékin ne répond pas aux déséquilibres de son modèle par une réduction de l’offre industrielle, mais par la création de nouveaux usages intérieurs pour cette offre et par l’amélioration de sa compétitivité. Cette demande intérieure supplémentaire repose principalement sur l’investissement, non sur la consommation des ménages. Comme elle soutient des secteurs auxquels la Chine assigne une ambition mondiale, elle peut absorber temporairement certaines capacités tout en renforçant, à terme, leur potentiel d’exportation.
2. Un capital patient sur décision politique
Le 6 septembre, huit institutions financières contrôlées par l’État ont annoncé près de 360 milliards de yuans d’augmentations de capital. Le ministère des Finances (MoF) en apportera 300 milliards, par émission d’obligations souveraines. Deux banques commerciales, deux établissements de politique publique et quatre groupes d’assurance sont concernés. Le capital doit renforcer leur solvabilité et leur capacité à financer l’économie réelle. La composition du dispositif prépare aussi le financement, la garantie et l’assurance des priorités du XVe Plan. (MoF : 财政部积极支持有关中央金融企业补充核心一级资本)
(5 197 signes. Mots-clés : finance ; assurance )
Une chaîne financière publique complète
L’opération réunit l’Industrial and Commercial Bank of China (ICBC) et l’Agricultural Bank of China (ABC) pour le crédit ; l’Export-Import Bank of China (Eximbank) et Sinosure pour le financement et l’assurance des exportations ; PICC, China Life, China Taiping et China Re pour la couverture des risques et l’investissement de l’épargne longue.
Selon les comptes rendus officiels consultés, le capital injecté absorbera d’éventuelles pertes et protégera leurs ratios prudentiels. Il augmentera également le volume de risques que ces institutions pourront porter. Pékin renforce ainsi une chaîne financière capable d’accompagner un projet depuis son financement intérieur jusqu’à son déploiement international.
Le rapport sur l’activité du gouvernement de mars 2026 avait prévu l’émission de 300 milliards de yuans d’obligations spéciales pour recapitaliser les grandes banques publiques. Le communiqué de septembre étend l’opération aux assureurs et aux établissements de politique publique.
Cet élargissement transforme une orientation concernant le secteur bancaire en intervention sur l’ensemble de l’appareil financier central.
Mais la raison profonde n’est pas seulement prudentielle.
Un « tour de passe-passe » budgétaire
L’opération respecte les règles budgétaires et financières chinoises. L’État émet des obligations et reçoit en contrepartie des participations dans les institutions recapitalisées. Les financements rendus possibles se disperseront ensuite entre des milliers de prêts, garanties et investissements. Ils pourront être présentés comme des décisions commerciales des établissements concernés. Leur allocation répondra également aux orientations sectorielles du Parti et du gouvernement.
Mais si le budget rend visible l’apport initial de 300 milliards de yuans, il ne permet pas d’identifier à l’avance les entreprises, les fonds et les projets qui bénéficieront de la capacité financière créée. Il ne mesure pas davantage le volume total de financements que les fonds propres permettront de mobiliser. Les arbitrages quittent discrètement le cadre budgétaire pour les bilans des institutions financières. Leur coût apparaîtra éventuellement plus tard, sous la forme d’un rendement insuffisant, d’une dépréciation ou d’une nouvelle recapitalisation…
Une réserve opérationnelle
Concrètement, cette recapitalisation constitue une réserve de capacité pour quatre catégories d’interventions futures
- Le financement d’infrastructures et de nouvelles capacités industrielles du XVe Plan, notamment les « six réseaux » (cf. mémo suivant) ;
- le soutien aux entreprises technologiques spécialisées — les “petits géants” (cf. mémo d’après : tout se tient !) — et aux secteurs stratégiques ;
- Le financement et l’assurance des exportations dans un environnement commercial et géopolitique plus risqué ;
- La stabilisation des marchés financiers et le soutien, direct ou indirect, aux acteurs les plus fragiles.
Les assureurs appelés à davantage contribuer aux priorités du Parti
L’extension de cette recapitalisation aux assureurs ne peut être comprise sans évoquer leur « passif » vis-à-vis de l’exécutif emmené par Xi Jinping et du corps des inspecteurs de la Commission centrale de contrôle de la discipline du PCC (CCDI). Depuis plusieurs années, leurs rapports reprochent aux assureurs publics une mobilisation insuffisante de leurs ressources au service des priorités nationales. Le PCC veut convertir une épargne prudemment placée en capital davantage exposé aux priorités nationales.
L’inspection de China Life, en 2022, a relevé un manque d’initiative au service des grandes orientations nationales, ainsi qu’un soutien insuffisant à l’économie réelle, aux entreprises privées et aux petites et moyennes entreprises. Pour China Taiping, l’inspection a également signalé une contribution insuffisante aux stratégies nationales, ainsi qu’à la « finance inclusive ». Pour PICC, la rectification engagée après l’inspection a renforcé l’intervention du comité du Parti dans les grandes décisions d’investissement afin d’en assurer l’alignement sur les priorités nationales.
En « contrepartie », depuis 2025, les assureurs publics sont soumis à une évaluation pluriannuelle : les indicateurs calculés sur trois à cinq ans doivent représenter au moins 60 % de l’évaluation, contre 30 % au maximum pour la performance annuelle. Les plafonds réglementaires applicables à leurs placements en actions ont aussi été relevés.
Analyse
L’allongement de l’horizon d’évaluation répond aux besoins réels des cycles longs de l’innovation et du financement des infrastructures. Mais il réduit aussi la pression exercée par la rentabilité immédiate.
Le « capital patient » devient un capital rendu patient par décision politique. L’État et le PCC interviennent à toutes les étapes : ils sélectionnent les secteurs prioritaires, contrôlent les investisseurs, modifient leurs critères d’évaluation, puis recapitalisent leurs bil pour couvrir l’éventuel surcroît de risque.
L’avantage accordé à l’entreprise bénéficiaire n’apparaît pas nécessairement sous la forme d’une subvention. Le coût du capital est abaissé et son horizon de financement est allongé, avec une tolérance accrue aux pertes initiales. Les institutions publiques peuvent renouveler leur soutien dans des conditions qu’un investisseur privé n’accepterait pas.
Le coût de cette politique reste d’abord inscrit dans les bilans des assureurs. Le passage par plusieurs institutions éloigne et invisibilise l’aide publique initiale de son bénéficiaire industriel final.
Cette architecture renforce les spécificités du modèle chinois déjà contestées par un nombre croissant de ses principaux partenaires commerciaux : un coût du capital soutenu par l’État, une moindre discipline de rentabilité susceptible de fausser la concurrence, ainsi que le maintien de capacités déjà excédentaires destinées à chercher des débouchés extérieurs.
Le « capital patient » chinois peut ainsi devenir le financement patient et discret des surcapacités futures.
3. Investissements sortants : le pouvoir discrétionnaire s’affiche haut et clair
Le 21 août, la Commission nationale du développement et de la réforme (NDRC) a publié un projet de révision du règlement sur les investissements à l’étranger, soumis à consultation jusqu’au 20 septembre. L’analyse détaillée des textes permet d’en dégager l’articulation d’ensemble. Destiné à remplacer le règlement de 2017, ce nouveau paquet de mesures (banfa) adapte les procédures de la NDRC au règlement du Conseil des affaires d’État publié en juin, entré en vigueur le 1er juillet dernier. Pékin renforce ainsi le suivi des investissements chinois, de leur préparation à leur cession. Il renforce également ses moyens d’intervention face aux exigences étrangères portant sur les actifs, les technologies ou les données.
( 4 694 Signes. Mots-clés : investissements; NDRC ; transferts de technologies ; sécurité économique)
Les références entre parenthèses renvoient au projet de la NDRC, sauf indication contraire.
De ce projet de mesures se dégagent trois points majeurs :
1. Intervenir plus tôt dans les décisions des investisseurs
Le projet donne à la NDRC et aux administrations provinciales davantage de moyens d’intervenir avant que l’entreprise ait pris des engagements. Il impose de lui soumettre un rapport au moins dix jours ouvrables avant certains actes préparatoires, notamment une promesse d’investissement à un gouvernement étranger ou la signature d’un accord. Cette obligation concerne les opérations dont l’apport chinois atteint 100 millions de dollars, ou celles qui engagent les relations diplomatiques chinoises, sans seuil financier dans ce second cas (art. 41).
L’administration pourrait ainsi examiner une opération alors que ses termes et conditions se négocient. Si elle constate une incompatibilité avec les lois, règlements ou politiques applicables, elle peut demander de modifier ou de reporter le projet (art. 17 et 45). Son suivi se poursuit après sa mise en oeuvre (art. 12, 14 et 36).
2. Une information obligatoire pour une intervention discrétionnaire
Le projet impose aux investisseurs concernés, établis en Chine, de remettre avant le 31 mars un rapport annuel sur leurs investissements extérieurs. Pour un investissement mentionné dans ce rapport, affecté par des mesures discriminatoires ou une privation ou restriction injustifiée imputable à un acteur étranger, l’investisseur peut demander l’intervention de la NDRC. Celle-ci conserve la décision d’agir, dans ses attributions et selon les circonstances (art. 54).
Ce mécanisme ne crée ni droit automatique à des contre-mesures ni garantie d’indemnisation. L’investisseur demeure responsable de ses décisions et assume ses risques et ses résultats commerciaux (art. 3).
3. Faire de l’accès à la Chine un moyen de pression
À la demande de l’investisseur et dans les conditions prévues, la NDRC pourrait interdire ou restreindre les investissements en Chine des acteurs étrangers concernés, ainsi que leurs transactions et coopérations avec des organisations ou personnes établies dans le pays (art. 54). Ces possibilités figuraient déjà dans le règlement de juin ; le projet précise une possibilité d’intervention de la NDRC (règlement du Conseil des affaires d’État, art. 25).
Commentaire
La réforme réduit les angles morts de l’administration et le dispositif qui en résulte organise un rapport de force asymétrique : les entreprises doivent rendre leurs opérations plus transparentes et se conformer aux décisions prises dans ce cadre, tandis que l’État conserve le choix de leur apporter son soutien et d’exercer une pression sur les acteurs étrangers concernés.
Ce tour de force administratif tient à la juxtaposition des textes et à l’ensemble qu’il constitue (et que seules les autorités centrales peuvent réellement comprendre activable au moment jugé opportun).
En outre, si les délais et les obligations de déclaration sont précis, les critères d’intervention, fondés notamment sur les intérêts et la sécurité nationaux, laissent une large place à l’appréciation administrative (art. 15, 17, 53 et 54). Pékin accroît simultanément sa connaissance des opérations et sa capacité à orienter certaines décisions des investisseurs et de leurs interlocuteurs étrangers.
Analyse : Le « reverse Deng » sous contrôle chinois
Cette architecture peut servir de garde-fou face aux politiques consistant à obtenir des transferts technologiques en échange d’un accès au marché, une idée de manœuvre qui semble dominer les esprits en Europe notamment. Le 27 avril 2026, le MOFCOM demandait déjà le retrait des exigences de transfert de propriété intellectuelle et de technologies du projet européen d’Industrial Accelerator Act( IAA) en envisageant des contre-mesures si son adoption lésait les entreprises chinoises. Cette position éclaire le contexte politique de la réforme, sans en établir une origine exclusivement européenne.
Relié : lire le Bulletin n°36 « « Reverse OEM » : la production s’européanise, la technologie reste chinoise »
Le projet prévoit un signalement immédiat des demandes étrangères de technologies, de données ou de disposition d’actifs et de droits lorsqu’elles menacent ou portent atteinte aux intérêts et à la sécurité nationaux chinois (art. 53).
Pékin entend ainsi pouvoir apprécier jusqu’où l’accès à un marché étranger justifie le partage d’un avantage technologique ou l’abandon de certains droits sur un actif. Au final, la NDRC se dote d’une capacité d’arbitrage plus étendue et intrusive, sans instaurer d’interdiction générale des transferts.
Dans ce contexte, les entreprises étrangères devront négocier les conditions commerciales avec l’entreprise chinoise tout en appréciant les limites que Pékin peut imposer aux concessions sur les actifs, les technologies ou les données.
L’enjeu pour une entreprise étrangère est de préserver la portée des engagements contractuels face à une intervention ultérieure de Pékin, fondée notamment sur sa propre appréciation des risques et des intérêts nationaux à protéger.
Pékin vient donc de signifier qu’il élargit sa latitude d’intervention au nom de la sécurité nationale, tout en reprochant à Washington notamment d’appliquer ce même principe dans ses relations économiques extérieures.
Cette lecture « politique » du projet d’orientations nouvelles gagnerait à être confrontée à une lecture strictement juridique.
↑ Retour au sommaire4. Des chiffres à l’export qui donnent raison au constat du G7 et d’Asheville...et pourtant !
Selon l’Administration générale des douanes chinoises, les exportations ont progressé en août de 25 % sur un an en dollars (18,6 % en yuan), portant l’excédent commercial mensuel à 119,1 milliards USD. Sur les huit premiers mois de l’année, les exportations atteignent 20,17 trillions de yuan, en hausse de 14,6 %. Dans l’automobile, le contraste est encore plus marqué : selon la China Automobile Dealers Association–Passenger Car Market Information Joint Committee (乘联分会), les ventes au détail de voitures particulières en Chine ont reculé de 19 % sur un an en août, à 1,626 million d’unités, tandis que les exportations atteignaient environ 894 000 unités, en hausse de 77,5 %. Les exportations de véhicules particuliers à énergie nouvelle ont, elles, bondi de 154,7 %, à 518 000 unités.
( 3 241 signes. Mots-clés : G7 ; G20 ; politique industrielle ; surcapacité )
Ces chiffres donnent corps au diagnostic formulé au G7 d’Évian puis repris au G20 Finances d’Asheville. (Relié : notre mémo, bulletin n°39 : « À Asheville (G20) : Washington veut faire du déséquilibre chinois l’affaire de tous »)
Le G7 avait associé les déséquilibres mondiaux persistants aux « modèles nationaux de croissance » et aux politiques non marchandes. A Asheville, tous les membres présents sauf la Chine ont soutenu le constat selon lequel ces politiques alimentent les déséquilibres commerciaux et la dépendance aux exportations, Pékin soutenant au contraire qu’il ne recherche pas délibérément d’excédent commercial...
La politique économique chinoise continue d'accroître les capacités industrielles à un rythme déconnecté de la demande intérieure. L'excédent d'offre est ainsi déversé sur les marchés extérieurs, devenus le débouché vital au maintien d'un appareil productif sous perfusion publique.
Commentaire.
En dépit de ces constats, l'analyse médiatique persiste parfois à appliquer une grille de lecture orthodoxe à un modèle d'économie dirigée.
Dans son édition du 7 septembre, Le Monde livre une illustration éclairante de ce décalage causal (« En Chine, le marché automobile, saturé de nouveaux modèles, n’en finit pas de baisser. »). Il constate d’abord que la « surabondance de constructeurs » a été « longtemps encouragée par l’État et les gouvernements de provinces », décrit une stratégie de volumes au détriment des marges, puis relève que 576 nouveaux modèles ont encore été lancés en six mois.
Mais son explication change ensuite de grille d’analyse. L'expansion internationale y est dès lors présentée comme un simple réflexe de survie d'entreprises confrontées à un marché domestique atone : « Les Chinois ne consomment pas assez », la crise immobilière les aurait rendus prudents, le vieillissement et l’évolution des comportements pèseraient sur les achats, « le marché international devient alors le principal moteur de croissance ».
Or, si ces facteurs expliquent bien la faiblesse de la demande, ils n’éclairent pas les raisons d’un tel niveau de l’offre. En faisant de l’export une « réaction » d’entreprises à un marché domestique déprimé, l’article applique ainsi un prisme d’économie de marché à une offre largement façonnée par la politique industrielle, le crédit et les incitations publiques.
Plus gênant encore, les faits rassemblés par l'article démontrent pourtant l'inverse de sa thèse : la projection internationale des constructeurs chinois dérive consubstantiellement du modèle productif qui a généré leurs surcapacités. La vision d’une Chine fonctionnant comme une économie de marché a décidément la dent dure.
Et le lecteur dans tout cela ? Il comprend que le marché chinois ralentit et que les entreprises chinoises cherchent naturellement des débouchés ailleurs. La pression exportatrice apparaît comme une conséquence ordinaire du fonctionnement du marché mondial !
Cette lecture peut nourrir une forme de résignation : puisque « le marché » produit cette situation, il ne resterait qu’à s’y adapter. Elle est d’autant plus problématique qu’elle ne fait aucune place aux constats désormais formulés officiellement au G7 puis au G20 sur le rôle des politiques non marchandes, des déséquilibres structurels et des modèles de croissance. L’analyse du Monde va même à rebours de ce diagnostic : elle transforme en conséquence de marché ce que ces enceintes décrivent précisément comme le produit de choix de politique économique.
Ce type de lecture tend aussi à conforter les visions déjà enclines à présenter la Chine comme une planche de salut industrielle et commerciale ou financière. Si son expansion extérieure est perçue comme le simple résultat d’un marché plus efficace ou plus dynamique, la question des politiques qui la rendent possible passe au second plan.
5. PME technologiques : le Plan 2026-2030
Le 3 septembre, dix administrations, dont le MIIT, la NDRC, le ministère des Finances, la Banque centrale et les régulateurs financiers, ont publié le plan de promotion des PME pour la période 2026-2030. Le texte cible explicitement les nouvelles énergies, les nouveaux matériaux et la robotique, ainsi que le quantique, les interfaces cerveau-machine et l’intelligence incarnée. L’IA doit également être appliquée à la production, à la gestion et aux services des PME. (MIIT : 促进中小企业发展“十五五”规划)
Le plan prolonge un dispositif déjà important dans le XIVe plan : 17 600 « petits géants » et 400 clusters avaient été reconnus fin 2025. (十四五”促进中小企业发展规划). Pékin annonce parallèlement une seconde phase du Fonds national de développement des PME, dont les 46 sous-fonds représentent déjà plus de 120 milliards de yuans (cf. tableau infra). Sa doctrine : « Investir tôt, dans des entreprises de petite taille, à long terme et dans les technologies dures » (投早、投小、投长期、投硬科技).
Commentaire
L’objectif est de faire des PME sélectionnées les maillons spécialisés d’un avantage industriel durable, écosystémique en Chine et intégré à l’international. Les entreprises étrangères peuvent y accéder selon un principe de « traitement national », mais elles entrent ce faisant dans un dispositif très sophistiqué dont la finalité demeure l’apprentissage et l’internationalisation du tissu industriel chinois. Ce n’est pas à la portée de n’importe quelle entreprise.
Les zones d’atterrissage industrielles – économiques et technologiques - sont organisées - depuis plus de 20 ans - pour renforcer leurs partenaires et concurrents chinois. L’accès au marché et leur dispositif de « facilitation », business friendly, peuvent constituer une « opportunité » commerciale, mais elles constituent aussi de parfaits chausse-trappes technologiques.
Dans ces conditions, il est surprenant que l’on continue d’envoyer, aujourd’hui encore, nos PME et start-up (ainsi que nos élus !) en Chine sans les briefer sur la réalité des politiques et des écosystèmes en place. Nombre de nos dirigeants restent sous-informés, voire mal informés et c’est aussi et surtout aux pouvoirs publics et à leurs opérateurs spécialisés à l’international de leur donner les bonnes clés de compréhension.
▶ Politique extérieure
6. Les effets de bord de la rivalité sino-américaine dans l’IA
Le 8 septembre, la NSA, le FBI et la CISA ont publié conjointement un Cybersecurity Advisory consacré aux « campagnes de distillation à l’échelle industrielle » menées, selon eux, contre les principaux modèles américains (NSA and Others Warn China-Based AI Companies are Distilling U.S. Frontier AI Models > National Security Agency/Central Security Service > Press Release View). Les six entreprises nommées sont : DeepSeek ; Moonshot AI ; Alibaba ; MiniMax ; StepFun et Z.ai, anciennement Zhipu AI. Les modèles ou laboratoires visés seraient principalement Claude d’Anthropic, GPT d’OpenAI, Gemini de Google et Grok de xAI, désormais intégré à SpaceX. Selon le document, des opérations malveillantes (création de nombreux comptes frauduleux, recours à des intermédiaires, agrégateurs d’API et services mandataires…) auraient produit des milliards de jetons de données depuis au moins la fin de 2024. En outre, l’administration américaine soupçonne Moonshot d’avoir utilisé Claude Fable 5 pour accélérer le développement de Kimi K3. Elle affirme également que l’entreprise disposait d’une infrastructure interne permettant de changer régulièrement de méthode d’accès pour échapper à la détection.
( 3 309 signes. Mots-clés : intelligence artificielle : Z.ai ; Mistral ; Huawei)
Réaction de Pékin
Au mercredi 9, je n’ai pas identifié de réponse ciblée de Pékin à la suite de la publication du communiqué de la veille. En revanche, le contre-argumentaire est prêt (商务部新闻发言人就美宣称拟对中国人工智能企业开展调查并实施制裁答记者问). Le MOFCOM l’avait déployé au mois de juillet dernier, par anticipation, lorsque de hauts fonctionnaires américains avaient laissé filtrer de premiers éléments des recherches ouvertes dès le printemps dernier par l’administration Trump (White House : Adversarial Distillation of American AI Models)
Le dossier à charge de Washington comporte plusieurs aspects pouvant ensuite être exploités aux niveaux diplomatique et commercial. Les entreprises chinoises éviteraient une partie du coût nécessaire à la création d’un modèle de pointe et réduiraient ainsi plus rapidement l’écart technologique avec les laboratoires américains. Les capacités obtenues pourraient ensuite renforcer les moyens chinois dans les domaines militaire, cybernétique et du renseignement.
Commentaire
Le même jour, le 8, s’ouvrait à Brooklyn le procès pénal de Huawei. Il concentre en réalité presque tout le spectre des contentieux que Trump pourra opposer à Xi Jinping, alors que Pékin n’a pas encore confirmé officiellement sa venue à Washington : détournement de secrets industriels, fraude bancaire, contournement des sanctions contre l’Iran et la Corée du Nord, utilisation du système financier en dollars et fourniture d’équipements de surveillance à Téhéran.
Son ouverture, 15 jours avant la date du sommet, lui confère une forte charge politique. Aucun verdict ne sera rendu, mais l’accusation américaine déploiera publiquement, pendant les discussions, le récit d’un champion chinois dont l’ascension technologique aurait été alimentée par des pratiques illicites et dont les équipements auraient servi des régimes hostiles.
Le procès fournit ainsi à la Maison-Blanche un arrière-plan particulièrement pesant pour aborder en position de force les dossiers iranien, technologique et financier, au moment même où Pékin espère obtenir un assouplissement des restrictions frappant ses entreprises.
Analyse : Mistral AI peut-il être rattrapé par les décisions américaines ?
Depuis août 2026, Mistral propose sur sa plateforme le modèle ouvert GLM‑5.2 de Z.ai. Mistral le décrit comme un « modèle texte open source tiers », destiné notamment au raisonnement, à la programmation et aux usages agentiques.
Les documents publics établissent que Mistral héberge GLM‑5.2 sur son infrastructure et le commercialise par l’intermédiaire de sa plateforme. Ils ne permettent pas de déterminer la nature de l’accord conclu avec Z.ai : licence, partage de revenus, assistance technique, échange de données de performance ou accès à certains journaux d’utilisation. Pour l’instant aucune sanction, mais déjà un risque réputationnel.
Une inscription de Z.ai sur la liste du département du Commerce (Entity List) n’équivaudrait pas à l’interdire mondialement. Toutefois, ses partenaires seraient conduits à réévaluer leur exposition, ce qui pourrait imposer à Mistral de séparer ou de retirer GLM‑5.2 de certaines offres. S’il advenait que l’OFAC sanctionne Z.ai financièrement, par exemple par son inscription sur une liste de blocage, les conséquences pourraient être plus lourdes.
En 2025, plusieurs composantes du département du Commerce ont interdit DeepSeek sur leurs équipements professionnels. Un client américain de Mistral appartenant à l’une de ces catégories pourrait donc déjà être empêché d’utiliser DeepSeek, même si ce modèle était hébergé par une société française sur des serveurs européens. Pour Z.ai, l’avis du 8 septembre crée les conditions politiques permettant de transposer ce scénario à Z.ai. L’administration fédérale ou certaines de ses agences pourrait interdire le modèle GLM‑5.2 de Z.ai sur ses systèmes sans attendre son inscription sur l’Entity List.
7. UE–Chine : octobre rouge
Du 31 août au 2 septembre, Ling Ji, membre du groupe dirigeant du Parti au MOFCOM, vice-ministre du Commerce et représentant adjoint de la Chine pour les négociations commerciales internationales, et Denis Redonnet, directeur général adjoint de la direction générale du commerce et de la sécurité économique de la Commission européenne et responsable européen du respect des règles du commerce (Chief Trade Enforcement Officer), ont conduit à Pékin plusieurs séries de consultations économiques et commerciales.
Selon le compte rendu chinois, ces travaux préparaient la deuxième réunion du mécanisme UE–Chine de consultations sur le commerce et l’investissement. Elles ont surtout révélé la persistance d’un désaccord de fond : Bruxelles demande un rééquilibrage rapide des échanges et des résultats dans plusieurs secteurs sensibles, tandis que Pékin récuse le diagnostic européen sur les surcapacités et refuse toute négociation sous menace de fermeture du marché.
L’Union prépare simultanément un ensemble d’instruments portant sur les approvisionnements, l’origine des produits, les marchés publics et la traçabilité douanière.
Si un rapprochement franco-allemand peut encore se concrétiser et si le diagnostic européen gagne du terrain auprès de ses partenaires, l’Union abordera l’échéance d’octobre sans coordination transatlantique opérationnelle. Elle resterait alors directement exposée aux effets de bord d’un éventuel arrangement entre Washington et Pékin.
( 6 852 signes. Mots-clés : DG Trade : MOFCOM)
Relié : bulletin n°39, du 26 août « Bulletin n°38 : "The Guns of August", un air de déjà-vu
Des discussions intenses, sans aucun résultat rendu public
Le ministère chinois du Commerce (MOFCOM) indique que Ling Ji et Denis Redonnet se sont rencontrés du 31 août au 2 septembre et ont dirigé plusieurs séries de consultations techniques. Il décrit leurs échanges comme « approfondis, francs et constructifs » (深入、坦诚、建设性 ), sans mentionner la moindre proposition, concession ou échéance précise nouvelle. (MOFCOM : 商务部召开例行新闻发布会(2026年9月3日))
Dans le reste du communiqué, Pékin demande que les préoccupations des deux parties soient traitées sur un pied d’égalité, affirmant surtout que la Chine n’est pas à l’origine des difficultés européennes.
Du côté européen, il n’existe pas de compte rendu public détaillé propre à la mission Redonnet.
Ditte Juul Jørgensen, qui a remplacé Sabine Weyand à la DG Trade cet été, a néanmoins déclaré devant la commission du commerce international du Parlement européen que les discussions étaient ouvertes, mais « difficiles » (Les pourparlers en cours avec la Chine doivent fournir des résultats tangibles d’ici octobre).
D’après les observations rapportées au Parlement à la suite de la mission de la commission des Affaires étrangères (AFET) en Chine, les interlocuteurs chinois « acceptent le dialogue », mais refusent de reconnaître les préoccupations européennes relatives aux subventions, aux surcapacités et à leurs effets sur l’industrie européenne.
Non-papier commercial franco-allemand consacré à la Chine...sans la nommer
Le 17 juillet, Friedrich Merz a affirmé que la Chine mettait l’économie européenne à l’épreuve et annoncé une politique commerciale plus ambitieuse contre les pratiques déloyales des pays tiers. Emmanuel Macron a déclaré que Paris et Berlin n’avaient jamais été aussi proches sur la Chine. Les ministres des Finances, des Affaires étrangères et de l’Économie ont reçu mandat d’établir une feuille de route franco-allemande avant la fin de l’année. E. Macron a également demandé des avancées dès septembre sur la politique commerciale européenne envers la Chine. (Conférence de presse du chancelier Merz et du président Macron à l'issue du Conseil des ministres franco-allemand : Sicheres Europa gemeinsam voranbringen).
En parallèle, l’Union poursuit la construction de sa défense économique sur plusieurs fronts
La Commission élabore un instrument de diversification qui pourrait obliger les entreprises de secteurs critiques à multiplier leurs fournisseurs. Ditte Juul Jørgensen précise qu’il ne sera pas exclusivement dirigé contre la Chine. Le texte reste en préparation.
La commission du commerce international (ainsi que ITRE et IMCO) a examiné le 2 septembre les critères « Made in EU », les préférences bas-carbone et les conditions applicables aux investissements étrangers dans l’Industrial Accelerator Act (IAA). La proposition législative, présentée par la Commission le 4 mars, concerne notamment les marchés publics et les aides publiques.
La Commission a adopté le 31 août les modalités de preuve du pays de « fonte et coulée » de l’acier. À partir du 1er octobre 2026, les importateurs devront déclarer cette origine et produire un certificat d’usine — Mill Test Certificate — ou, pendant la période transitoire, certains documents équivalents. À compter du 1er octobre 2027, ces documents alternatifs ne seront plus recevables seuls et devront compléter le certificat d’usine. Cette mesure est déjà adoptée et vise les contournements ainsi que les effets des surcapacités mondiales. (Commission europeénne : Commission sets type of evidence to be provided by importers to prove country of ‘melt and pour’ of steel products subject to EU Steel Regulation
Enfin, alors que l’encre sèche à peine sur ce bulletin, le 9 septembre, la Commission a présenté une réforme générale des marchés publics qui permettrait aux acheteurs européens d’écarter certaines offres comportant moins de 50 % de contenu européen et de privilégier les entreprises de l’Union dans les secteurs stratégiques. Encore soumise au Conseil et au Parlement, cette proposition se distingue de l’Industrial Accelerator Act par son champ transversal, étendu à l’ensemble de la commande publique, hors défense
Caspar Veldkamp prend ses fonctions à Pékin
Caspar Veldkamp a pris ses fonctions d’ambassadeur désigné de l’Union européenne en Chine le 1er septembre. Ancien ministre néerlandais des Affaires étrangères, il a également exercé à Washington et à Bruxelles et siégé à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD).
Pendant ce temps-là, du côté de la relation franco-chinoise
La mise en œuvre du malus français sur l’ultra-fast-fashion offre à Pékin une cible nationale immédiatement identifiable dans un contentieux européen beaucoup plus large. Le MOFCOM accuse Paris de discrimination et menace de prendre les « mesures nécessaires », sans préciser leur nature ni annoncer à ce stade une procédure formelle ou une rétorsion sectorielle.
Pour les détails du dispositif et de la réaction chinoise, cf. Mon Post de mardi dernier : « La tension monte entre l’UE et la Chine »
Commentaire : l’Europe se retrouve-t-elle seule face à la Chine ?
Notre mémo sur les discussions sino-américaines d’Asheville, en préparation du sommet du G20, constatait une convergence entre les États-Unis, l’Union et la plupart des membres du G20 sur les effets des politiques non marchandes et de la faiblesse de la demande chinoise. Dix-neuf délégations sur vingt ont soutenu le langage proposé à Asheville, la Chine étant la seule à s’y opposer. Mais Scott Bessent demande aux partenaires des États-Unis de durcir leurs propres conditions commerciales, tout en maintenant avec Pékin des négociations bilatérales sur les droits de douane et l’intelligence artificielle. Washington veut donc conserver une gestion transactionnelle de sa propre relation avec Pékin.
Relié : notre bulletin n°39, du 3 septembre « À Asheville (G20) : Washington veut faire du déséquilibre chinois l’affaire de tous »
Analyse
Le sommet Trump–Xi prévu fin septembre intervient donc à un moment délicat à gérer pour Bruxelles. Une nouvelle escalade pourrait provoquer, par ricochet, de nouvelles restrictions chinoises et/ou une réorientation supplémentaire des exportations vers l’Europe. Inversement, une détente bilatérale ou une simple confirmation d’une stabilisation effective de la relation, pourrait renforcer politiquement la Chine et réduire son intérêt pour des concessions à Bruxelles.
Elle pourrait toutefois aussi rouvrir partiellement le marché américain à certains produits chinois et atténuer une partie du détournement des échanges. Quoi qu’il en soit, l’Union n’a pas intérêt à suspendre son calendrier au résultat de la rencontre sino-américaine. Mais elle devra en intégrer rapidement les conséquences.
Le dialogue transatlantique sur la Chine envisagé pour novembre*, s’il est confirmé, interviendra après la visite du commissaire européen Šefčovič en Chine au mois d’octobre et ne pourra pas structurer la phase actuelle de négociation. Dans ces conditions, la variable déterminante pourrait être, une nouvelle fois, le message de cohésion qu’envoie l’Europe. Un document commercial franco-allemand ambitieux réduirait la possibilité pour Pékin de mobiliser Berlin contre Paris et Bruxelles. Dont acte.
--—*Note : Allison Hooker, la sous-secrétaire d’État américaine aux Affaires politiques, titulaire de l’un des postes les plus élevés du département d’État, souhaiterait relancer le dialogue de haut niveau UE–États-Unis sur la Chine, à Bruxelles, en novembre, ce qui serait le premier de ce format sous le second mandat de Donald Trump. Or, ce calendrier peut compliquer la position européenne si ce calendrier conduit les États-Unis à rechercher l’alignement de l’UE après avoir négocié leurs propres intérêts. Néanmoins, l’interlocuteur européen naturel d’A. Hooker serait vraisemblablement Olof Skoog, secrétaire général adjoint du SEAE chargé des affaires politiques, et non des affaires commerciales.
8. Visite de Xi Jinping en Egypte : entre sécurité et développement
Les 1er et 2 septembre 2026, Xi Jinping a effectué au Caire sa première visite d’État en Égypte depuis dix ans, à l’occasion du 70e anniversaire des relations diplomatiques (习近平同埃及总统塞西会谈). Les deux présidents ont publié une déclaration conjointe et assisté à la signature d’accords portant notamment sur les nouvelles routes de la soie, l’industrie, les chaînes d’approvisionnement, l’intelligence artificielle et les technologies de l’information. Xi Jinping a également formulé quelques propositions pour la sécurité du Moyen-Orient. Elles veulent articuler la sécurité régionale au développement économique et à l’autonomie politique des États de la région. La visite consacre ainsi l’Égypte comme point d’appui pilote d’une politique moyen-orientale élaborée par Pékin depuis plusieurs années. ( 6 501 signes. Mots-clés : Egypte ; BRICS )
Un partenariat structuré
La déclaration conjointe organise le partenariat autour de plusieurs volets. Le premier formalise un soutien mutuel sur les intérêts fondamentaux, une coordination diplomatique aux Nations unies, dans les BRICS, au Forum sur la coopération sino-africaine et au Forum de coopération Chine–États arabes. Sur le plan industriel :le plan égyptien « Vision Égypte 2030 » et les « Nouvelles routes de la soie » devront s’articuler dans leur mise en œuvre. Le troisième domaine porte sur l’industrie et les technologies et l’ensemble se voit coiffé d’un volet collaboratif sur la sécurité (lutte antiterroriste, criminalité transnationale, coopération anticorruption, échanges militaires et policiers).
Les textes placent l’Égypte au centre d’un espace reliant l’Asie, l’Afrique et l’Europe au sein duquel s’opère une transformation d’une partie des flux chinois en capacités de production installées sur le territoire égyptien. Cette programmatique répond aux priorités présentées par Abdel Fattah al-Sissi.
Dans sa tribune du 1er septembre, le président égyptien décrit son pays comme une future base industrielle et un centre international de production, de commerce et de services. Dans son discours d’ouverture des entretiens, il place la localisation industrielle et le transfert de technologie au premier rang. Il annonce également une troisième phase d’expansion de la zone industrielle sino-égyptienne de Suez, orientée vers les énergies renouvelables, l’automobile, le textile et les fibres chimiques. La zone TEDA-Suez constitue le centre névralgique de cette ambition.
À la fin de 2025, la zone TEDA-Suez accueillait près de 200 entreprises. Des groupes chinois y ont notamment implanté des unités de production de fibre de verre, d’équipements électriques à haute tension, d’électroménager et de pneumatiques (Sailun). Ces données mesurent donc la base industrielle et logistique déjà constituée en Égypte autour des coopérations sino-égyptiennes avant la visite de Xi.
La petite phrase de Xi Jinping sur la sécurité maritime
La phrase attribuée à Xi Jinping et largement reprise dans les médias internationaux, figure bien dans le compte rendu chinois des entretiens :
« La partie chinoise est disposée à œuvrer, avec les pays de la région, au maintien de la sécurité des voies maritimes internationales » (中方愿同地区各国一道维护国际航道安全). (Xinhua)
Mais la formulation ne constitue pas l’annonce d’une intervention de la Marine de l’Armée populaire de libération ! Elle figure dans la troisième proposition de Xi, consacrée au développement (économique et commercial) comme fondement de la sécurité régionale. Le propos relève donc d’une offre générale de coopération économique, politique et sécuritaire autour des voies maritimes. La déclaration conjointe précise par ailleurs que la responsabilité principale de la gouvernance et de la sécurité de la mer Rouge appartient aux États riverains.
Néanmoins, les observateurs ont raison de « tiquer », mais pour une autre raison qui a davantage à voir avec la conception même de la politique extérieure chinoise.
Cette mention a une signification politique spécifique dans les textes du PCC. Comme évoqué, elle figure dans la proposition de Xi Jinping, consacrée au « développement comme fondement de la sécurité régionale ».
Dans le corpus du PCC, le principe de « coordination du développement et de la sécurité » (统筹发展和安全) organise une relation réciproque : le développement renforce les capacités de sécurité et cette dernière protège les conditions du développement économique. Cette articulation, qui peut nous paraître théorique et non opératoire, constitue depuis 2017 un principe d’action de la politique économique extérieure et a été inscrite dans ses orientations stratégiques dès 2021.
Pékin procède ainsi avec prudence dans sa relation avec le Caire. Il loge le développement de la coopération sécuritaire, voire militaire, dans l’approfondissement de la relation économique. Les investissements et les implantations industrielles créent des intérêts communs et des actifs à protéger. Leur sécurisation appelle ensuite des dispositifs policiers et accords judiciaires, une coopération antiterroriste, des contacts militaires et, à terme, des formes de coordination maritime. La coopération de sécurité apparaît ainsi comme le prolongement fonctionnel de la coopération économique.
C’est moins démonstratif et rapide qu’un accord strictement sécuritaire ou de défense en bonne et due forme, mais beaucoup plus discret et solidement ancré dans la relation.
Une doctrine de sécurité constituée depuis 2021
En septembre 2022, le vice-ministre des Affaires étrangères Deng Li formulait explicitement le principe suivant : « promouvoir la sécurité par le développement afin d’assurer une stabilité durable dans la région (du Moyen-Orient) » (以发展促安全,实现地区长治久安).

Le document-cadre de l’Initiative de sécurité globale (GSI), publié en février 2023, reprend cette articulation : « sécurité et développement sont indissociables » (安全与发展不可分割) et lui donne un contenu opérationnel (plateformes de coopération, mécanismes régionaux, formations, échanges entre académies militaires et policières, cybersécurité, intelligence artificielle et biosécurité). L’économie, la technologie et la sécurité s’emboitent dans le cadre bilatéral de la relation et sont amenés à préfigurer une architecture régionale commune.
L’Égypte comme pivot et poisson pilote d’une nouvelle architecture régionale
Dans sa tribune publiée le 1er septembre dans la presse égyptienne, Xi propose de faire des coopérations sino-égyptiennes qui ont déjà fait leurs preuves un modèle susceptible d’être reproduit au-delà du cadre bilatéral (扩展中埃成熟合作示范效应). Il entend s’appuyer sur la position particulière de l’Égypte, à la jonction du monde arabe et du continent africain, pour donner à ces réalisations une portée régionale.
Dans un article, publié par Xinhua le 3 septembre, la relation sino-égyptienne y devient un modèle de coopération collective sino-arabe et sino-africaine (中阿、中非集体合作的样板), ainsi qu’un « exemple de relations entre États du Sud global ». La coopération économique y doit produire des résultats visibles tandis que la relation politique et stratégique doit montrer qu’un cadre régional peut être organisé autour de concepts chinois, dont celui de « sécurité commune ».
Implications pour l’Europe
Ce positionnement recoupe les objectifs du partenariat stratégique et global entre l’Union européenne et l’Égypte (2024), qui prévoit d’attirer de nouveaux investissements industriels dans la zone du canal de Suez et de renforcer l’intégration du pays aux chaînes de valeur européennes. Les projets chinois et européens sont ainsi appelés à se déployer sur un même espace industriel et logistique. (cf. Joint Declaration on the Strategic and Comprehensive Partnership between The Arab Republic Of Egypt and the European Union
Mais est ce que l’Egypte, parmi d’autres pays et bailleurs tiers associés à des projets sino-européens, évitera de devenir un terrain d’affrontement entre chaines de valeurs fondamentalement concurrentes, au-delà d’une compatibilité contractuelle, provisoirement portée à bout de bras par les gouvernements, les fonds et les banques (exemple du projet Suez Wind) ?
Langage et pouvoir
L’article de Xinhua du 3 septembre ouvre un second champ d’analyse. Il analyse comment « l’accueil favorable » (积极回应) réservé par le président Sissi aux propositions de Xi Jinping, selon Pékin, doit d’inscrire dans le récit doctrinal chinois. Cette opération de ventriloquie diplomatique fait l’objet d’un mémo séparé en rubrique « influence et ingérences ».
9. Forum de Palaos : le Pacific Way face aux pressions chinoises
Le 55ᵉ Forum des îles du Pacifique (FIP) s’est tenu à Koror, aux Palaos, du 31 août au 3 septembre. Les dirigeants y ont adopté un plan régional pour la paix et la sécurité pour la période 2026-2030 et ont exprimé leur préoccupation concernant le récent tir chinois de missile balistique intercontinental (cf. Dissuasion : la Chine teste ses capacités et veut faire entendre sa voix , Bulletin n°35, 9 juillet 2026). Le communiqué final demande désormais un préavis d’au moins vingt-quatre heures pour la tenue de tels essais. Nauru s’est formellement désolidarisé de ce paragraphe ; Kiribati n’a pas participé à la réunion finale à huis clos des dirigeants, et le texte ne cite ni la Chine ni Taïwan. La Chine a été maintenue dans le premier cercle des partenaires stratégiques, tandis que le ministre taïwanais des Affaires étrangères et sa délégation ont pu participer à plusieurs événements associés au Forum.
( 5 981 signes. Mots-clés : Indopacifique ; Taiwan ; TNP)
Le FIP réaffirme la maîtrise de ses partenariats
Les paragraphes 7 à 11 du communiqué prennent acte de l’intensification de la compétition géopolitique. Ils affirment cinq principes :
- Les priorités régionales doivent rester au centre des relations avec les partenaires extérieurs ;
- Les membres du FIP disposent collectivement du droit de déterminer leurs priorités, de fixer leur agenda et de choisir leurs partenariats ;
- Les partenaires doivent respecter le leadership, les valeurs et les intérêts collectifs du Pacifique ;
- Ces partenariats doivent être « authentiques, durables et redevables » (genuine, durable and accountable) ;
- Leur comportement sera soumis, à partir de 2027, à un dispositif de suivi et de redevabilité, assorti d'une première révision au bout d’un an.
Le document ne mentionne ni Taïwan, ni la résolution 2758 des Nations unies, ni le principe d’une seule Chine. Il indique seulement que les partenaires ont été répartis entre deux catégories, sans toutefois rendre publique leur affectation individuelle. Le secrétaire général du FIP est chargé de leur communiquer directement la décision.
Selon les informations recueillies par ABC, treize partenaires ont été placés dans le premier cercle des Strategic Partners : Chine, États-Unis, Japon, France, Inde, Indonésie, Allemagne, Royaume-Uni, Union européenne, Canada, Singapour, Corée du Sud et Émirats arabes unis.
Ces « partenaires stratégiques » conserveront un accès annuel au dialogue avec les dirigeants. La seconde catégorie, celle des « partenaires sectoriels », est destinée aux acteurs dont la contribution se concentre sur des domaines précis, limitant leur accès aux seuls échanges techniques ou thématiques correspondants. Le communiqué ne publie pas leur liste. Il ne précise pas davantage si Taïwan, jusqu’ici doté du statut distinct de « partenaire de développement », a été intégré à cette seconde catégorie ou s'il conserve un régime particulier.
Le tir balistique chinois inscrit dans le communiqué
- Le paragraphe 29 exprime une « préoccupation » au sujet du récent essai d’SLBM (submarine-launched ballistic missile) ayant survolé plusieurs membres du Forum sans préavis suffisant. Il demande à tous les États procédant à de tels essais d’assurer transparence et réassurance, notamment en fournissant une notification préalable d’au moins vingt-quatre heures.
- Cette demande est rattachée à trois principes : le respect de la souveraineté des membres, le traité de Rarotonga instituant une zone dénucléarisée dans le Pacifique Sud, et la déclaration sur le Blue Pacific Ocean of Peace.
- Le compromis reste en retrait de la position initialement défendue par le président des Palaos, Surangel Whipps Jr., qui souhaitait une condamnation explicite de la Chine. Pékin n’est pas désigné et la formulation s’applique indifféremment à tous les États procédant à des essais d’SLBM.
- Nauru s’est formellement désolidarisé de ce paragraphe, ce que le communiqué consigne en note. Kiribati, représenté au Forum par un envoyé spécial, n’a pas participé à la réunion finale à huis clos des dirigeants.
Pékin semble ignorer le communiqué du Forum
La réaction chinoise s’est déroulée en deux temps :
- Le 3 septembre, avant la publication du communiqué, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a accusé les Palaos de chercher, avec de « mauvaises intentions », à « prendre en otage » la position des autres membres du FIP. Il a affirmé que cette tentative échouerait, puis a rappelé le caractère défensif de la politique militaire chinoise et son absence de volonté d’expansion.
- Le 4 septembre, interrogé explicitement sur la critique formulée par les dirigeants et sur l’éventuel respect d’un préavis de vingt-quatre heures, ce même porte-parole n’a répondu à aucune des deux questions. Il a repris presque mot pour mot la déclaration de la veille sur le développement pacifique, la politique de défense chinoise et la volonté de contribuer à la paix et à la prospérité du Pacifique Sud.
À ce stade, Pékin ne s’engage donc pas à respecter le préavis de vingt-quatre heures et ne prend officiellement acte d’aucune autre décision du communiqué. La Chine étant partenaire et non membre du FIP, elle n’a toutefois pas à endosser formellement le document.
Commentaire : l’architecture chinoise rêvée dans le Pacifique
La « communauté de destin Chine–États insulaires du Pacifique », slogan programmatique édicté en 2022, a été abondamment déclinée dans son position paper de 2022, puis relayée collectivement par les onze États insulaires reconnaissant la RPC dans la déclaration ministérielle de 2025. Depuis lors, cette vision bénéficie d’un soutien diplomatique constant de la part de Pékin. La déclaration de 2025 cherche à articuler la Belt and Road Initiative (BRI) avec la Stratégie 2050 du Blue Pacific et coordonne sept plateformes sectorielles, dont une consacrée à la formation policière.
Les Îles Salomon montrent comment les volets économique et sécuritaire peuvent être réunis. La déclaration bilatérale de juillet 2024 associe les sujets économiques (infrastructures, investissements, énergie, minerais, télécommunications et économie numérique) à la « protection conjointe » des personnels et des infrastructures critiques. La coopération sécuritaire et judiciaire contribue ainsi ouvertement à la protection de l’empreinte économique chinoise.
Analyse
Le FIP a réussi à préserver une façade d’unité, sans toutefois parvenir à un véritable consensus, et à soulager la pression chinoise sans pour autant la neutraliser.
De son côté, Pékin n’a pas empêché la participation taïwanaise, mais a démontré sa capacité à en accroître le coût diplomatique et économique potentiel pour ses hôtes : menace publique de « conséquences », avertissement touristique ciblant les Palaos, pressions alléguées sur les délégations et réouverture de la fracture entre États reconnaissant Pékin et partenaires de Taipei.
La présence de la Chine dans le premier cercle, tandis que le futur statut de Taïwan demeure inconnu, fait perdurer une asymétrie d’accès et d’influence. Il est encore trop tôt pour déterminer si cette pression procurera à Pékin un gain stratégique net, car elle a également renforcé la visibilité de Taïwan et conduit plusieurs membres à défendre publiquement l’autonomie décisionnelle du Forum.
Par ailleurs, le tir d’un SLBM ne contrevient pas à la lettre du TNP, du TICE (CTBT) et du traité de Rarotonga. Ces instruments juridiques n’interdisent pas en eux-mêmes l’essai d’un vecteur balistique dépourvu de charge nucléaire, une éventuelle atteinte à la souveraineté dépendant de la trajectoire et de l’altitude précises du missile. Son préavis très court s'avère en revanche difficilement compatible avec l’esprit de « sécurité commune, globale, coopérative et durable » revendiqué par Pékin dans son propre position paper de 2022, tout comme avec sa promesse de « respecter pleinement » (充分尊重) la volonté et la souveraineté des États insulaires. Aussi continue-t-il de siffler aux oreilles des dirigeants du Pacifique, et au-delà.
▶ Influence et ingérences
10. Chine-Egypte ou la rhétorique de la coercition
Le 3 septembre, au lendemain de la visite d’État de Xi Jinping en Égypte, Xinhua publie un article intitulé : « Xi Jinping résume les caractéristiques saillantes des soixante-dix années de relations sino-égyptiennes » (习近平主席总结中埃关系70年鲜明特征). L’article présente les principes qui doivent guider la relation future comme un socle susceptible de contribuer au règlement des problèmes contemporains. La parole du président Abdel Fattah al-Sissi est intégrée au cadre formulé par Xi Jinping, puis utilisée comme preuve de sa validité. Elle peut ensuite être invoquée pour demander au Caire de préserver la cohérence de ses positions.
Ce qui suit peut paraître assez abstrait, mais s’avère très concret pour le PCC. Cette dialectique enrobée d’une rhétorique ad hoc participe aussi de la guerre cognitive.
Un bilan à charge pour le partenaire et le Parti
Selon les textes du PCC, les réalisations de la relation sino-égyptienne sont le produit de soixante-dix années « d’expériences ». Celles-ci doivent ensuite « guider » l’approfondissement de « la communauté de destin sino-égyptienne ». Enfin, elles acquièrent une « valeur dépassant le cadre bilatéral » (超越双边关系范畴的时代价值). Leur réalisation suppose que l’Égypte accepte ces caractéristiques, les reprenne dans son propre discours et leur donne une traduction concrète.
La visite presque pontificale de Xi Jinping le présente en interprète autorisé de l’histoire et en détenteur du sens à lui donner. Sa venue ratifie la conformité de l’expérience égyptienne avec « sa pensée diplomatique ». Elle distribue ensuite les responsabilités nécessaires à la poursuite de cette trajectoire. Tout écart avec celle-ci doit être « corrigé ».
La charge principale pèse sur l’appareil chinois. Sa diplomatie, et ses grands médias notamment doivent maintenir la relation sur la ligne désormais consacrée. Le système doctrinal du PCC tend, en effet, à traiter les difficultés comme des problèmes d’exécution, de coordination ou d’environnement extérieur. Une fois la ligne fixée, elle se dote d’une infaillibilité quasi papale.
Territoire conquis par le dogme, l’Égypte conserve néanmoins ses intérêts propres et peut négocier les termes de son adhésion. La déclaration conjointe lui apporte notamment un soutien chinois sur la sécurité hydrique du Nil, le rôle des États riverains de la mer Rouge et le principe d’« équilibre stratégique » suivi par Le Caire. La visite de Xi Jinping montre que Pékin considère désormais le terrain égyptien comme suffisamment conforme à son cadre pour pouvoir l’ériger en « pays démonstrateur ».
L’Égypte comme faire-valoir
L’article de Xinhua s’adresse aux États du Sud global.
La relation avec l’Egypte fournit un modèle de « relations entre grands pays en développement ». La déclaration conjointe emploie précisément ce terme de « modèle » (典范) et rattache le partenariat à la transformation de l’ordre international.
Après avoir exposé ses quatre propositions sur l’architecture de sécurité du Moyen-Orient, Xi Jinping, par la voix de Xinhua, indique que le président égyptien leur a réservé un accueil favorable (积极回应). Puis, l’article enchaîne sur la volonté du Caire de renforcer la coordination avec la Chine et d’« explorer une architecture de sécurité régionale ».
Dans la déclaration conjointe, l’Égypte exprime une appréciation positive des quatre « initiatives » chinoises (pour le développement, la sécurité, les civilisations et la gouvernance), rebouclant ainsi la rhétorique performative du texte. Le président égyptien devient ainsi le narrateur extérieur consentant de la pensée diplomatique chinoise.
Analyse
Cette opération à la fois dialectique et rhétorique va bien au-delà de la ventriloquie (cf. mon mémo sur la visite de Xi Jinping au Caire, supra) car elle doit produire des résultats.
En inscrivant publiquement l’Égypte parmi les soutiens à l’exploration d’une nouvelle architecture de sécurité régionale, Pékin place le Caire dans une position délicate s’il venait à prendre ultérieurement ses distances avec une initiative chinoise présentée comme son prolongement.
Pékin accroît ainsi le coût diplomatique d’un changement de position du Caire. La diplomatie chinoise pourrait le présenter comme une contradiction avec les engagements antérieurs, avec l’esprit du partenariat ou avec les intérêts communs déjà reconnus par les deux présidents.
Relié : Bulletin n°28 du 21 mai 2026 : « Constructive Strategic Stability » : anatomie d’un piège cognitif
La contrainte la plus forte s’exerce toutefois à l’intérieur du système chinois. Dès lors que Xi Jinping a « résumé » l’expérience et fixé sa vision pour l’avenir, son interprétation devient une référence pour évaluer l’action des administrations et de leurs opérateurs.
Car la bureaucratie doit produire des résultats conformes ! Les médias doivent en démontrer la cohérence et la diplomatie doit obtenir du partenaire des formulations compatibles avec la ligne. L’Égypte est appelée à tenir son rôle ainsi défini et l’appareil de contrôle chinois doit créer la réalité annoncée par son chef.
L’article du 3 septembre montre que Pékin ne se trouve plus dans une phase d’exploration de sa politique arabe. Il estime disposer d’une expérience suffisante pour en dresser le bilan, en dégager une méthode et commencer à la généraliser au Moyen-Orient, à l’Afrique et au « Sud global », ce qui ne garantit ni l’adhésion durable de l’Égypte ni la réussite de chaque projet. Mais Pékin sait où il veut conduire la relation.
↑ Retour au sommaire11. La fabrique médiatique chinoise du combat aérien futur
Du 22 août au début septembre 2026, les forces aériennes chinoises et égyptiennes ont conduit en Égypte la deuxième édition de l’exercice conjoint « Aigles de la civilisation » (文明之鹰-2026). Le 23 août, des Shenyang J-16 chinois ont « affronté » des Rafale et des MiG-29M/M2 égyptiens en combat aérien un contre un, première confrontation d’un chasseur chinois avec l’appareil de Dassault Aviation, selon le Quotidien de l’APL.
Dans les jours qui suivent, des médias chinois diffusent un bilan de 7 à 1 en faveur du J-16, malgré l’absence de toute communication officielle chinoise ou égyptienne. La couverture médiatique chinoise s’est répartie sur trois niveaux, chacun remplissant une fonction distincte. Les médias officiels ont publié un compte rendu descriptif qui ne comporte aucun résultat chiffré et loue les pilotes égyptiens.
À l’étage semi-officiel, constitué d’experts cités par la presse d’État, une comparaison est dressée entre les deux appareils, visant explicitement les marchés d’exportation. Des comptes éditoriaux privés (自媒体) fabriquent un bilan de 7 à 1 en faveur du J-16 et le diffusent massivement. Une partie de la presse en ligne chinoise démonte ensuite publiquement cette version.
Ce qui est établi sur l’exercice
Le détachement chinois comprend des J-16, des ravitailleurs YY-20A (运油-20A), au moins un Y-9LG de guerre électronique et des hélicoptères Z-20. Le commentateur militaire Fu Qianshao, de la radio nationale Voix de Chine, en donne la composition complète, le 25 août 2026.
Selon le Global Times, confirmé par d’autres sources, au moins six J-16 se posent en Égypte le 21 août au terme d’un vol de plus de 6 000 kilomètres en environ neuf heures, avec ravitaillement en vol par YY-20A. Première projection de ce chasseur lourd sur le continent africain.
- Le 23 août, pour le premier jour de vol, un combat aérien un contre un oppose des appareils de types différents, à moyenne et courte portée. La phase suivante monte au deux contre deux, puis vers des scénarios interarmées.
- Le 31 août, un YY-20A ravitaille en vol un Rafale B égyptien. Le porte-parole des forces armées égyptiennes diffuse la photographie, marquant le premier cas documenté, selon Opex360, d’un ravitailleur chinois alimentant un chasseur de conception occidentale.
Cartographie d’une campagne
En parallèle, les réseaux de propagande habituels (NetEase, blogs WeChat liés à l’Armée populaire de libération…) ont lancé une campagne anti-Rafale sur cet exercice en réutilisant exactement le même « bilan » que pour l’opération Sindoor (Inde) : "7 Rafale abattus en simulation contre 1 J-16".
Certaines sources avaient alors revendiqué cinq à six appareils indiens détruits dont trois Rafale, une tentative de désinformation qui avait été dénoncée par le ministère des Armées. Une autre campagne visant l’Indonésie en janvier 2026 avançait de son côté quatre Rafale détruits.
1.Source primaire
Toute la chaîne part du compte WeChat de l’Armée de l’air qui publie, le 24 août, la vidéo du premier jour de vol, reprise par les grands médias institutionnels de l’APL, du ministère de la défense (MoD), de Xinhua et CCTV. Ce compte y décrit des courses au décollage, les règles de sécurité en vol, la gestion de l’espace aérien... Le pilote chinois, Ning Yiming, y fait l’éloge de ses homologues égyptiens dont il salue la rigueur d’entraînement et la « dextérité technico-tactique ».
2.Les commentaires semi-officiels
Portés par des « experts », les commentaires prennent forme : Wang Yanan, rédacteur en chef de la revue Connaissance aéronautique (航空知识), place le J-16 et le Rafale dans la même génération tout en attribuant au premier des capacités plus larges. Le Global Times dévoile certains des enjeux : éprouver le matériel chinois et appréhender concrètement les performances du Rafale. Song Zhongping, commentateur sur Phoenix TV* ajoute que l’étude de ces performances importe parce que le Rafale est déployé dans des pays voisins de la Chine, ce qui désigne l’Inde, seul pays limitrophe à mettre en œuvre l’appareil, et par extension l’Indonésie, autre client de Dassault Aviation dans la zone indo-pacifique
*Ancien officier de l'ex-Seconde Artillerie devenue Force des fusées, ex-enseignant à son académie de recherche sur les équipements, Song Zhongping est aujourd'hui expert militaire chez Phoenix TV - groupe hongkongais à capitaux majoritairement publics - et contributeur régulier du Global Times, avec une audience de masse sur Douyin.
3.Les comptes éditoriaux individuels, ou « auto-proclamés »
Le terme chinois (自媒体), littéralement « médias à soi», désigne des comptes tenus par des particuliers ou de petites structures commerciales sur les grandes plateformes. Ils vivent de l’audience publicitaire. Les trois textes ci-dessous sont hébergés sur NetEase, moteur de portail chinois qui rémunère ses contributeurs au clic.
Un premier billet* attribue le bilan à un « blogueur du web étranger », précise que les règles interdisaient l’armement au-delà de la portée visuelle et affirme que l’arbitrage était entièrement automatisé, et donc incontestable.
Une variante soutient que le Rafale a exposé son domaine de vol complet pendant que les paramètres sensibles du J-16, tels que les équipements de contre-mesures électroniques et paramètres radar, sont demeurés sous contrôle. Elle formule ensuite, de manière explicite, la finalité commerciale : « promouvoir la vente par le combat » (以战促销), afin de « percer le monopole occidental sur les marchés d’exportation »
Un troisième texte du même écosystème intègre à la campagne le déplacement au Caire du général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées françaises, le 24 août. Le titre annonce qu’un général français s’envole « de nuit » pour l’Égypte* à la tête d’une délégation et présente la visite comme une réaction d’inquiétude de Paris.
Remarque : l’article ci-après restitue plus finement le contexte : J-16 and Rafale, Followed by the French Military Chief’s Arrival in Cairo: Does the Timing Conceal a Strategic Message? | Defense Arabia
*je ne fournis pas ici les sources car elles pourraient rapidement disparaître de la toile…
Contre-feu interne
Mais, le 28 août, Tencent News relaie un article de la presse indienne établissant que le « 7:1 » est introuvable dans les communiqués officiels chinois comme égyptiens, et qu’aucun journaliste ni expert aéronautique crédible ne l’a confirmé. Le texte qualifie ses propagateurs, articles NetEase et blogs militaires WeChat, de « fabrique à palmarès bien connue » (著名的战果制造地). NetEase lui-même publie une reprise nuancée rappelant que le combat rapproché dépend des tactiques, du niveau des pilotes et des règles d’engagement.
Analyse
Une division du travail semble bien en place au sein de la fabrique informationnelle chinoise, avec ses couacs. L’appareil d’État produit, via ses canaux institutionnels, un matériau plutôt lisse et politiquement correct, mais explicite pour ses lecteurs. Les experts installent alors le cadre narratif.
Ensuite, les basses couches de l’écosystème commercial des pseudo-médias auto-portés (qui affichent de surcroit une compréhension dégradée des faits et de multiples biais) sonnent la charge offensive, avec un modèle économique fondé sur l’audience, ce qui explique la surenchère et le recyclage des bilans/ratio chiffrés des combats aériens.
Les plateformes concurrentes arbitrent enfin entre elles et, parfois comme ici, se désavouent les unes les autres. La transmission d’un étage à un autre reste opaque, constituant un coupe-circuit pour les autorités qui peuvent se désolidariser de certains excès et conserver un niveau de contrôle acceptable de l’ensemble.
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◇ Documentation
- Quantique
« Le quantique, nouveau front de la puissance technologique chinoise », juillet 2026, par Simon Menet, chargé de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) et doctorant en Science politique à l’INALCO et Tom Abram, chargé de recherche à la FRS et doctorant en Science politique au Centre de Recherches internationales (Sciences Po/CNRS), Réalités industrielles, Annales des Mines. La Chine a construit depuis les années 2000 un pôle quantique de premier plan, avec une avance particulièrement nette dans les communications. Sous Xi Jinping, le quantique est devenu un instrument explicite de souveraineté technologique, de sécurité nationale et de modernisation militaire. Le dispositif repose sur les universités et laboratoires publics, les financements étatiques, les clusters locaux, leurs entreprises dérivées et les conglomérats de défense. Les résultats chinois sont avancés mais inégaux : réseaux quantiques déjà déployés, calculateurs encore spécialisés et capteurs souvent au stade du prototype. Pékin cherche désormais à convertir cette avance scientifique en filière industrielle, malgré les composants importés, la pénurie de talents, la dispersion territoriale et une commercialisation encore étroite. Remarque : la note évoque le désengagement d’Alibaba et de Baidu au moment où China Telecom et les capitaux publics consolident les entreprises spécialisées et les débouchés. Il suggère le passage d’une première phase d’exploration dispersée, qui se termine avec le XIVe plan, dans laquelle chaque grande plateforme voulait posséder son laboratoire, à une phase de spécialisation et de consolidation du XVe plan, sous coordination du planificateur/Etat stratège.
- Taiwan
China’s Taiwan Tryst and The 2027 Question: Military Scenarios and Operational Realities, le 3 septembre 2026, par Anushka Saxena, chercheuse associée au programme géostratégie de la Takshashila Institution, spécialisée dans l’APL, les relations Chine–Taïwan et la politique étrangère indienne. La note souline que l’échéance de 2027 désigne un objectif global de capacités militaires, et non une date arrêtée pour l’invasion de Taïwan. Pour l’auteur, la principale difficulté d’une invasion ne serait pas de débarquer des forces, mais de les ravitailler et de s’emparer durablement des ports. Néanmoins, la pression chinoise n’est pas que d’ordre militaire : elle associe également des moyens diplomatiques, cognitifs et juridico-narratifs afin de gagner sans nécessairement débarquer. Pour l’Inde, une crise pourrait provoquer des perturbations économiques, une pression sur la LAC (Line of actual control) ou, inversement, des concessions frontalières destinées à obtenir sa neutralité. Le biais indien (« India angle ») est parfaitement assumé par l’auteur.
- Dissuasion
« Tir chinois de SLBM : la notification en question (1/2) », par Emmanuelle Maitre, maître de recherche à la FRS, spécialisée dans la dissuasion, le désarmement et la non-prolifération. et « Tir chinois de SLBM : La Chine teste sa composante nucléaire océanique (2/2), par Étienne Marcuz, analyste des armements stratégiques et chercheur associé à la FRS Observatoire de la dissuasion, Bulletin n° 141, août 2026, FRS, publié le 3 septembre. Le 6 juillet dernier, un SNLE chinois a effectué un tir à longue portée vers le Pacifique Sud, avec une charge inerte. Étienne Marcuz y voit probablement un tir de JL-2 à portée maximale et un exercice destiné à tester et à montrer la crédibilité de la composante nucléaire océanique chinoise. Emmanuelle Maitre analyse la déclaration de 41 États réclamant un préavis de 24 heures comme une mesure de réduction des risques, doublée d’une pression politique sur Pékin. La Chine cherche à rendre sa composante océanique visible et crédible aux yeux de ses adversaires, sans pour autant entrer dans un régime de transparence qu’elle ne contrôle pas.
- Guerre cognitive
« Convaincre pour vaincre. La France et la structuration d’une doctrine de guerre informationnelle », 7 septembre, par Laurent Bansept, Colonel de l’armée de terre qui commande le Centre interarmées des actions sur l’environnement (CIAE), dans Note de l’Ifri. Depuis 2022, la fonction stratégique « influence », la doctrine Influence et lutte informationnelle et le CIAE constituent les instruments d’un rattrapage encore incomplet. L’auteur préconise une doctrine française de guerre cognitive, une fonction J10 renforcée, davantage de capacités offensives et une résilience étendue à la société. Remarque : ce n’était pas le cœur de l’exposé, mais pour ce qui concerne la Chine, l’étude passe rapidement des « trois guerres », cadre doctrinal apparu au début des années 2000 et institutionnalisé dans l’APL en 2003, aux interfaces cerveau-machine et armes neurocognitives de 2040-2050, sans évoquer le cœur de l’évolution doctrinaire et opérationnelle chinoise à partir des années 2015.
◇ Conférences
Le 17 septembre, 9h-10h : Brewed in China 2035: How can Europe compete in the next industrial race? – European Council on Foreign Relations, avec Sofie Carsten Nielsen, Executive Vice présidente pour les relations internationales à la Confederation of Danish Industry, et Dirk van der Kley, Responsable du programme « Gènes et géopolitique » à la Australian National University’s National Security College ((ANU)
Le 10 septembre, 14h-15h, webinar : Current U.S. Trade Policy Dynamics and the Implications for Taiwan and Allies in the Indo-Pacific Region Avec Wendy Cutler, Kelly Ann Shaw et Riley Walters. Discussion sur la politique commerciale de Trump, Taïwan et les alliés dans l’indopacifique
◇ Agenda
- 12–13 septembre, 18e sommet des BRICS, Bharat Mandapam, New Delhi.
- 15-17 septembre à Pékin, le XIIIe Beijing Xiangshan Forum. Ce forum militaire chinois se tiendra au Beijing International Convention Center. Son intitulé est un condensé des formules-valise du moment : « Construire un consensus de stabilité, promouvoir ensemble la gouvernance de la sécurité ». Il se tiendra parallèlement au quatrième China–Africa Peace and Security Forum, suggérant une importante délégation africaine au Xiangshan.
A la semaine prochaine ! D'ici-là, écrivez-moi :
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